30 ans d’autonomie: « Ne coupez pas le cordon qui nous relie à la France », déclare G. Flosse

Parmi les nombreux intervenants appelés à témoigner sur le trentième anniversaire de l’autonomie interne et son évolution, le premier d’entre-eux n’est autre que le président Gaston Flosse. Voici, en intégralité, l’allocution qu’il a prononcée ce matin dans l’hémicycle de l’assemblée de la Polynésie française.

Mesdames et messieurs,

Je suis heureux de me trouver parmi vous aujourd’hui pour ce colloque consacré à l’Autonomie de la Polynésie française, dans le cadre des manifestations qui célèbrent ses 30 ans.

Je remercie Edouard Fritch, le Président de l’Assemblée de la Polynésie française, pour cette initiative.

Voici trente ans, s’accomplissait un acte fondateur. La République conférait à notre pays son premier statut d’autonomie. Une véritable révolution juridique et, au-delà, morale, intervenait, sans heurt, dans la paix, entre la République et la Polynésie française, 104 ans après que le Roi Pomare V ait fait don de ses Etats à la France, le 29 juin 1880.

En 1984 est créée l’autonomie, qualifiée d’«interne ». Elle était établie par une loi simple. Le Chef du Territoire, un fonctionnaire d’Etat, laisse place à un élu. C’est un Polynésien issu du vote de l’assemblée et pris en son sein qui préside l’exécutif. Les ministres reçoivent des attributions individuelles.

C’est seulement à partir de ce moment que l’on peut parler d’autonomie, de vraie autonomie ! Quand on connaît le poids du jacobinisme centralisateur en France, on mesure l’avancée considérable que représentait alors le statut de 1984 et le caractère indéniablement exceptionnel de celui-ci au sein de la République.

Les discussions ont eu lieu avec Georges Lemoine, ministre de l’Outre-mer, que je souhaitais inviter, mais dont l’état de santé n’a pas permis de faire le voyage.

J’ai une pensée émue à son égard aujourd’hui, son esprit d’ouverture et son humanisme. Le Président de la République François Mitterand arbitra à deux reprises en notre faveur à sa demande. Que son souvenir soit salué.

En 1996, le statut connaît une première évolution importante. Cette fois c’est une loi organique qui apporte à la Polynésie un statut d’« autonomie » tout court. La Polynésie « exerce librement et démocratiquement, par ses représentants élus, les compétences qui lui sont dévolues »… « La République garantit l’autonomie de la Polynésie française ». Elle doit agir dans le respect de l’identité et des intérêts propres de cette dernière. Les compétences de l’Etat sont limitativement énumérées. Ce renforcement de l’autonomie, cette fois, nous le devons à Jacques Chirac.

C’est encore à Jacques Chirac que nous devons la deuxième évolution de notre statut, en deux avancées considérables.

Le 28 mars 2003 tout d’abord la réforme par laquelle notre autonomie pour la première fois est gravée dans le marbre de la Constitution de la République. C’est la garantie de notre autonomie au plus haut niveau des institutions : l’article 74 de la Constitution.

Puis le 27 février 2004, le vote de la loi organique qui stipule, entre autres dispositions essentielles, que la Polynésie « se gouverne » et non plus « s’administre ».

Nos compétences sont élargies au-delà de celle d’un Etat fédéré. L’Etat partage certains de ses pouvoirs régaliens avec nous.

Il était difficile d’aller plus loin.

Jacques Chirac nous a fait confiance et le Parlement avec lui.

Il nous a donné la responsabilité de conduire notre Pays aux côtés de la République.

Au-delà des aspects juridiques et de la mise en œuvre des compétences qui feront l’objet de vos travaux, je voudrais souligner une dimension souvent sous-estimée.

L’autonomie nous apporte une satisfaction morale sans prix : la reconnaissance de notre identité et, au-delà, de notre maturité.

Et c’est encore Jacques Chirac qui nous a accordé les symboles officiels d’un Pays : son drapeau, son hymne et son ordre, celui de Tahiti Nui

Evidemment cette responsabilité, aujourd’hui et demain, implique que nous soyons capables d’assumer les compétences considérables que nous détenons.

Nous n’avons pas encore utilisé toutes les possibilités que nous offre l’article 74 de la Constitution.

Mais nous aurons à corriger les contraintes à relent bureaucratique et jacobin qui ont été introduites par saccades, jusque et y compris en 2011, dans le statut. Il est vrai que l’utilisation des instruments qui leur étaient donnés n’intéressait peut être pas nos prédécesseurs… En fait, ils ne souhaitaient manifestement qu’une chose, laisser l’Etat se substituer à eux.

Au-delà de ces indispensables corrections nous pourrons certainement aller plus loin dans l’autonomie, en fonction de notre capacité à nous prendre en charge. Faut-il parler de lien fédéral, de Pays associé (j’ai bien dit Pays, pas Etat) ? Ce pas, celui de Pays Associé, associé à la France, sera, à mon avis, le futur statut de notre Tahiti Nui.

Permettez en tout cas à un vieil homme politique qui n’a pas d’illusion sur la durée de gouvernance qu’il peut attendre de la vie, de laisser un message simple à son peuple : quelle que soit la forme du statut, ne coupez pas le cordon qui nous relie à la France.

Je vous souhaite de fructueux travaux.

 

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