Budget 2016: Edouard Fritch veut « parler vrai »

 

Pour clore la discussion générale, première phase de l’examen du budget 2016, le président du Pays Edouard Fritch s’est longuement exprimé pour décocher quelques flèches en direction de ses détracteurs, répondant plus particulièrement à son « père politique » qui l’avait comparé à un ventilateur quelques jours plus tôt.

« L’année 2015 est une bonne année, nous sommes vraiment en relation de confiance avec le Pays qui a fait de gros efforts d’amélioration de ses finances. On voit des perspectives de développement positives. La stabilité politique retrouvée se traduit pour les investisseurs par un regain de confiance. On a une vision optimiste des années à venir ».

J’ai souhaité ouvrir mon propos par cette déclaration de Thierry Paulais, directeur de l’agence de l’AFD à Papeete, parce qu’elle tranche avec l’argumentation politicienne, voire mensongère, développée par une partie de cet hémicycle, selon laquelle l’avenir serait sombre.

La stabilité politique qui semblait précaire, nous l’avons confortée en constituant une majorité politique forte de 29 élus qui soutiennent désormais pleinement le gouvernement. Je souhaite remercier ici très chaleureusement ceux qui m’ont suivi depuis septembre 2014 ; je remercie également nos amis de l’ancien groupe ATP qui ont souhaité s’engager à nos côtés ; je remercie mes amis René Temeharo et Frédéric Riveta et je remercie les derniers soutiens de ces dernières semaines ou derniers jours qui, comme leurs prédécesseurs, ont fait le choix de la raison et de l’avenir du pays en venant constituer cette majorité. Merci à Charles Fong Loi, merci à Isabelle Sachet, merci à Joëlle Frébault.

Je les remercie d’autant plus qu’ils viennent conforter notre majorité, non pas pour moi, non pas pour obtenir des avantages particuliers, mais bien par l’ambition de constituer une majorité pour notre pays, avec l’envie de faire avancer notre pays sur la voie du redressement.

Je le redis clairement, parce que certains font courir des bruits malsains, des mensonges, il n’y a eu aucune tractation, aucune compromission, pour la constitution de cette majorité.

Ceux qui affirment le contraire pensent sans doute que j’agis comme eux, que j’agis comme ils ont toujours pratiqué. Ces temps sont révolus. C’est d’ailleurs peut-être parce que les élus ne veulent plus de ces anciennes pratiques qu’ils ont choisi de se regrouper dans une nouvelle majorité faite pour construire l’avenir de notre pays.

Face à cette nouvelle majorité avide de progrès, soucieuse de l’avenir de notre Pays, j’entends toujours le chœur des oiseaux de mauvais augure, ceux qui se complaisent dans la critique et la vision négative. Ceux qui sont tournés vers un passé révolu mais qui nous promettent des lendemains radieux après 2018.

Je veux leur dire qu’il ne faut pas se bercer d’illusions. Dans les deux ans qui viennent, la priorité n’est pas de se concentrer sur les futures échéances électorales, la priorité n’est pas de promettre des sièges de députés ou des places sur les listes des territoriales. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient…

La priorité, en tout cas c’est la mienne et celle de notre gouvernement et de notre majorité, c’est de poursuivre le redressement du pays. La priorité c’est de tourner la page de la morosité et de la sinistrose pour retrouver la voie du progrès.

Alors on vient dire de moi que je suis un ventilateur, que je brasse de l’air.

Mais qui n’a eu de cesse de brasser de l’air, de faire miroiter de grands projets pour faire rêver quand il était aux rênes du pouvoir ? Pour quel bilan ?

Récemment, un blog spécialisé dans la sinistrose se demandait où étaient passés les 20 milliards injectés dans l’économie par l’AFD. Je laisse le soin à Thierry Paulais d’y répondre s’il le juge utile. Moi, j’ai une autre question ? Où sont passés les centaines de milliards versés depuis vingt ans au travers du fonds de reconversion de l’après nucléaire, de la DGDE, de la dotation globale de développement économique ? Ont-ils contribués à la reconversion économique ? Ont-ils contribué au développement ?

Regardez le port fantôme de Faratea ; regardez le port fantôme d’Uturoa ; où est passée notre flottille de pêche construite en Chine ? regardez les plans de la route Te Ara Nui qui n’a jamais vu le jour. Combien de milliards investis sans aucun développement tangible ?

Mon gouvernement ne va pas assez vite dit-on. Nous avançons, sans brasser de l’air, sans belles annonces publiques qui sont rapidement démenties par les faits.

Oui, pour ce qui concerne les grands projets, notre gouvernement s’inscrit dans la continuité de ce qui avait été programmé par la majorité issue des urnes en 2013. Nous avons eu à cœur de concrétiser ce qui n’était que du vent.

Le vent, c’est quoi ? En février 2014, mon prédécesseur nous faisait de belles promesses sur l’installation d’une ferme aquacole à Makemo. Il n’hésitait pas à déclarer, je le cite, que « l’installation est concrète et les travaux vont commencer. Les premiers travaux vont démarrer en juin ». En fait, en ce mois de juin 2014, on apprenait surtout que le projet de Makemo était enterré pour des raisons de divergences politiques avec le maire de la commune et que la ferme aquacole se ferait finalement à Hao.

Moi, je ne change pas d’avis tous les matins en fonction de mon humeur ou de la couleur politique du maire. Ce projet de Hao, nous l’avons repris là où il avait été laissé, c’est-à-dire dans des cartons. Nous l’avons repris pour le faire avancer, en lien étroit avec l’investisseur. Les travaux qui sont à la charge du pays ont débuté et les travaux de la ferme débuteront au cours du premier semestre 2016.

C’est encore dans les cartons que nous avons trouvé le projet Mahana Beach. Là encore, mon prédécesseur a su faire rêver avec de beaux plans. Mais le problème, c’est qu’il n’y avait aucun investisseur pour concrétiser les esquisses. J’ai bien entendu l’ancien président dire qu’il allait tout faire pour trouver les financeurs, mais nous n’avons rien vu.

Encore une fois on nous dit que ça ne va pas assez vite. Mais nous avons dû tout reprendre à zéro, dans les règles et dans la transparence. Les investisseurs, c’est nous qui sommes allés les chercher pour les mettre en compétition. Et le 19 décembre, je signerais avec le lauréat issu de l’appel à manifestation d’intérêt pour la concrétisation de ce projet.

On peut toujours nous dire que le processus a été long, mais nous avons voulu que cette procédure soit juridiquement et économiquement sécurisée.

Je ne brasse pas de l’air comme d’autres ont brassé de l’argent public en pure perte ou pour satisfaire des intérêts personnels. Je ne vends pas du vent et je ne veux pas, comme certains, finir tous les mois à la barre du tribunal.

Je ne promets pas qu’avec Mahana Beach nous accueillerons un million de touristes chaque année. D’ailleurs, croyez-vous que les Polynésiens veuillent être envahis par autant de touristes ?

Un million de touristes, c’est encore du vent, venant d’une personne, d’un ancien ministre du tourisme qui s’est montré incapable de recevoir un seul touriste dans l’hôtel qu’il avait racheté au Taharaa. Mais quel intérêt de racheter cet hôtel pour le garder fermé ?

On dit que je ne fais rien, que je suis nul. Alors, on crée des commissions d’enquête, comme pour dire que l’Assemblée travaille pendant que le gouvernement se tourne les pouces.

Faut-il rappeler que la présidente de la commission d’enquête sur la réforme de la PSG a été elle-même ministre en charge de ce dossier et qu’elle avait, avec son mentor, organisé des consultations qui n’ont débouché sur rien.

Faut-il rappeler qu’une des conseillères auprès de cette commission a également été ministre en charge de ce dossier, sous une quasi tutelle de son mentor, et qu’elle n’a rien fait non plus. Il aura suffi que mon gouvernement s’attelle à ce chantier pour que ceux qui n’ont rien fait hier se sentent investis d’une nouvelle mission.

Ceux qui n’ont rien fait veulent s’ériger en juge de notre action ! Ceux qui n’ont rien fait réclament aujourd’hui une vision politique de la réforme que nous avons engagée sans avoir daigné participer aux réunions auxquelles ils étaient conviés.

La pratique de l’inaction ou de la chaise vide ne peut justifier a posteriori des commissions d’enquête dont le but inavoué, mais bien réel, est d’entraver la politique réformiste du gouvernement.

Je ne suis pas opposé aux commissions d’enquête. Je l’ai déjà dit, à l’aube du 50ème anniversaire du premier tir nucléaire, enquêtons, allons interroger des témoins de premier ordre qui étaient à Rikitea ce jour-là pour leur demander pourquoi ils ont fui précipitamment l’île quand le nuage atomique approchait ? Pourquoi ils ont fui alors qu’ils nous ont toujours assuré de l’innocuité des expérimentations nucléaires ? Pourquoi ont-ils toujours refusé de dire la vérité sur cet épisode ?

Toujours pour tenter de nous prouver que l’Assemblée travaille, le président de l’institution, extrêmement actif et volubile, vient de vous demander de passer en force, à la veille de notre séance, des textes qui trainaient dans les tiroirs.

Commerce de l’or, profession de comptable, voici des propositions inachevées alors que le gouvernement va vous soumettre des textes correctement bâtis. Et que dire de la proposition de résolution sur le FIP qui n’a pas été concertée avec les communes, pourtant intéressées au premier chef ? On croirait un dialogue de Michel Audiard dans le célèbre film « les Tontons Flingueurs » : « Moi, quand on m’en fait trop, je correctionne plus : je dynamite, je disperse, je ventile » ! Effectivement, à vouloir en faire trop, à faire dans l’outrance, on se disperse, on ventile…

On dit aussi que nos parlementaires sont nuls ! Mais c’est vrai, tout le monde est nul, sauf le gourou de la secte, le sauveur, le messie !

Dans une certaine schizophrénie, on vient critiquer nos députés parce qu’ils n’auraient pas pu s’opposer au coup de rabot sur la DGA. On glorifie le député qui a voté contre le budget de l’outre-mer sans prononcer un mot. Et quelques jours plus tard, les mêmes viennent stigmatiser nos sénateurs qui ont réussi à rétablir la dotation par voie d’amendement. Où est la cohérence politique de nos détracteurs ?

Aujourd’hui, comme au cours des dix dernières années, ce parti n’a qu’une seule ligne politique : casser, détruire. Je sais de quoi je parle, j’ai participé hier à ce travail de sape des gouvernements de Gaston Tong Sang et d’Oscar Temaru. Ces gouvernements de nuls selon celui qui se croit indispensable.

Une question écrite a été adressée par nos sénateurs au Premier ministre pour clarifier la position de l’Etat sur la DGA après trois baisses consécutives. Trois baisses qui constituent un reniement de la signature de l’Etat. Nous attendons les explications budgétaires du chef du gouvernement sur les déclarations de la ministre des outremers devant le Sénat quand elle s’était engagée devant l’Assemblée sur le rattrapage de 4 millions d’euros.

Mais je veux vous dire que s’il y avait bien un moment où il aurait fallu que nos sénateurs interviennent avec vigueur, c’était en 2013 lors de la première baisse votée en loi de finances pour 2014. Qu’ont fait nos sénateurs de l’époque ? Surtout celui qui nous critique le plus aujourd’hui et qui a passé moins de temps au Sénat durant la totalité de son mandat que nos deux sénateurs actuels en 6 mois. Où était ce sénateur quand il fallait contester ce premier coup de rabot ?

Qu’ont dit ou fait nos deux autres sénateurs lors du vote de la loi de finances 2015 qui a consacré un deuxième coup de rabot ? Avons-nous entendu notre sénatrice de l’époque, membre de la commission des finances ?

Et on vient nous dire que nous brassons de l’air ! Quelle énergie déployée dans l’immobilisme par ceux qui nous ont précédé !

Vous avez en face de vous, un gouvernement qui travaille, qui se bat avec sa majorité et ses parlementaires pour que notre pays et son économie puissent produire de la richesse.

Je vous le disais au début de mon discours, les signes sont encourageants. Mais, nous ne sommes pas encore totalement sortis de nos problèmes.

Notre optimisme, ce n’est pas de la méthode Coué comme l’a dit l’opposition lors du débat d’orientation budgétaire. La méthode Coué c’est de croire que l’on est indispensable.

Nous étions, ces dernières années dans un tunnel noir. Beaucoup de familles sont tombées dans le chômage et la précarité.

Aujourd’hui, les indicateurs sont passés au vert, mieux que dans l’orange. Nous devons donc garder le cap.

Nos grands groupes locaux ont repris leurs investissements. Le groupe WANE, le groupe MALMEZAC, le groupe MOUX, le groupe AUROY, le groupe FOURCADE-SOLARI ont repris leurs investissements.

Par ailleurs, à ce jour, nous avons identifié plus de 7 milliards de francs prêts à être injectés dans notre économie, par la TEP, par le projet de la nouvelle Clinique de Punaauia, des projets immobiliers et plusieurs projets économiques plus modestes que nous soutenons. Oui, nos investisseurs locaux sont courageux et ont confiance en notre pays.

Quand des politiques nous bercent de leurs pseudo-désillusions, cherchent chaque jour à instiller le pessimisme en espérant ainsi en tirer profit, les investisseurs ont confiance en l’avenir.

Aux côtés de ces investissements privés, le projet de budget, qui s’inscrit toujours dans un contexte d’apurement des finances publiques, continue de mettre l’accent sur la commande publique pour soutenir l’activité et relancer l’emploi.

C’est le cas en matière de logement social. A fin 2013, 33 logements nouveaux créés. Dans notre bilan, en une année, notre ministre du logement, Tearii ALPHA, aura attribué un total de 284 logements nouveaux et près de 650 aides à l’habitat dispersé de 400.000 à 800.000 francs pour la rénovation des maisons particulières. C’est un résultat concret. Ce n’est pas du vent. La semaine prochaine, nous serons en capacité de lancer 3 autres projets financés par Contrat de projets.

En matière d’équipements et d’infrastructures, en matière d’aménagements touristiques, en matière de télécommunications, nous progressons.

Certes, on nous reproche amicalement de ne pas suffisamment communiquer.

Je communique avec prudence parce que je veux parler vrai. Je vous ai dit, je veux de la transparence ; de la transparence dans la gestion des affaires publiques, de la transparence dans la gestion des fonds publics, de la transparence dans nos propos. Parler vrai et transparence relèvent du même état d’esprit.

C’est ma manière d’agir, c’est mon style de gouvernance. La confiance ne se bâtit pas sur du vent. Dans ma conception, elle doit se bâtir sur des réalités.

C’est vrai, notre population attend des emplois. Seules des réalisations concrètes pourront les créer. Le chômage est un sujet grave. C’est un sujet qui touche la dignité des personnes.

Je ne veux pas jouer avec la dignité des gens. Je ne veux pas donner de faux espoirs à nos jeunes et à nos demandeurs d’emploi. Je ne veux pas mentir à ceux qui souffrent. Je ne veux pas manipuler la souffrance des gens pour me maintenir au pouvoir. Je veux travailler au redressement du pays.

(…)

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