Budget 2016: l’analyse de Nicole Bouteau sur les Ressources propres

Perliculture, pêche-aquaculture, agriculture, sans parler du tourisme, telles sont les richesses dont la Polynésie française dispose pour se développer et apporter à sa population la prospérité attendue. Voici l’analyse de Nicole Bouteau telle que présentée cet après-midi à Tarahoi.

Nous le savons tous, la Polynésie achète plus qu’elle ne produit … La question que se posent les gouvernants depuis quelques décennies maintenant c’est comment réduire ce déséquilibre ?

Pour cela il nous faut mieux exploiter nos richesses que sont le tourisme et nos ressources propres qui rassemblent les secteurs de l’agriculture, de la pêche et l’aquaculture, de la perliculture mais aussi de l’artisanat et nous en parlons de plus en plus désormais, nos ressources minières.

Il nous faut parvenir à nous doter des outils qui nous permettront de développer durablement nos filières porteuses, nos ressources propres. C’est ce à quoi s’attache le gouvernement conduit par Edouard Fritch et le budget 2016 soumis à notre discussion et approbation va dans ce sens.

Dans le secteur de la Perliculture

Après ses succès du début, « la perliculture polynésienne a connu une longue période de baisse en valeur, malgré l’augmentation des volumes exportés. »

Pourtant, beaucoup nous envient le savoir-faire transmis par quelques pionniers qui ont donné naissance à la première greffe en 1961. S’en est suivie une véritable ruée vers cet « or noir » des Tuamotu avec, à la clé, près de 7000 emplois. Rappelons le, au début des années 90, la Perliculture générait un chiffre d’affaires d’environ 20 milliards de Fcfp.

Pour quel résultat aujourd’hui ? Un secteur complètement désorganisé, une production dont nul ne connaît le tonnage exact et des lagons, à terme, qui sont menacés. Mais la crise démarrée en 2000 n’est pas terminée. Pour preuve, de janvier à septembre 2015, la commercialisation de produits perliers a rapporté un peu plus de 5 milliards de Fcfp, en baisse de 20% par rapport à 2014.

C’est pourquoi il est temps de remettre un peu d’ordre. Une tâche qui a été confiée en mai dernier à notre ministre de la relance économique en charge de l’économie bleue, Monsieur Teva Rohfritsch, déjà en charge de ce dossier en 2009 mais durant un laps de temps trop court (quelques mois) qui ne lui a pas permis d’aller jusqu’au bout des réformes qu’il souhaitait engager et qui étaient pourtant nécessaires. Les discussions ont donc été reprises sous son égide avec l’ensemble des professionnels du secteur. Les tavana et les élus de notre assemblée sont également concernés par les problématiques auxquelles doivent faire face les pressionnels, problématiques qui impactent plus particulièrement l’archipel des Tuamotu. Une réforme est attendue pour 2016 et des moyens accrus ont été inscrits au budget 2016.

Toujours au niveau de l’économie bleue, la pêche, hauturière en particulier, est également en quête d’un cap mais aussi et surtout d’une stratégie plus productive. Par le passé, le Pays a investi des milliards pour de la rouille encore visible sur les quais de Fare-Ute. Nous pensions alors qu’il suffisait d’acheter des navires exploités par des entités du Pays pour décrocher le graal. Mais le volet humain de ce dossier avait été oublié. On a mis la charrue avant les bœufs.

Notre Zone Economique Exclusive est un formidable atout pour notre Pays, d’autant qu’elle est plus préservée ; les armements coréens et japonais n’y ayant plus droit de cité.

De janvier à septembre 2015, les ventes de poisson sur les marchés extérieurs ont rapporté 1 milliard 200 millions de Fcfp, en hausse de 32% par rapport à 2014.

Le potentiel à l’export reste énorme à deux conditions : d’une part, obtenir un label correspondant à notre technique de pêche éco-responsable ; d’autre part, doter notre Pays d’une véritable école des métiers de la mer.

Parallèlement, nous notons avec satisfaction que le gouvernement a annoncé la relance du projet d’aménagement global de la zone de Faratea et de ses infrastructures portuaires, en vue d’y créer un « seafood hub ».

Il s’agit de réaliser plus particulièrement, un hub de Pêche internationale (congelé), disposant des services nécessaires : ravitaillement, réparation navale, police, douane, immigration, business center, transformation, négoce, transbordement… et aussi l’avitaillement,

Ces activités nouvelles sont générées par la présence des armements étrangers, recherchant du service, et qui profitent de l’escale pour transborder, transformer et exporter leurs marchandises.

Le double objectif est la création d’activités nouvelles à Faratea permettant le lancement effectif du second pôle de développement économique de Tahiti.

Ce projet passe par un Appel à Manifestation d’Intérêt auprès d’investisseurs, à l’instar de ce qui a été fait pour le Tahiti Mahana Beach qui constitue un gage de sérieux et de transparence. Sur ce projet, l’établissement Tahiti Nui Aménagement et Développement (TNAD) met en œuvre le même mode de gouvernance que pour Tahiti Mahana Beach.

Toujours dans le domaine du grand bleu, il y a bien entendu l’aquaculture et la ferme de Hao. Comme l’a indiqué le président du Pays, si la production atteint 10% de l’objectif final recherché, soit un tonnage de 5 000 tonnes par an, ce sera déjà très bien. L’investisseur est plus que jamais déterminé à aller jusqu’au bout de ce projet à Hao avec des extensions sur d’autres atolls.

L’agriculture pour laquelle le défi est important : celui de la souveraineté alimentaire. Il nous faut pour cela, notamment améliorer les circuits de commercialisation, du producteur à l’assiette du consommateur. Principalement au départ des Archipels.

C’est l’une des missions assignées à la société Kai Hotu Rau.

A partir de septembre 2015, de nouveaux investisseurs, tous agriculteurs, ont souscrit au capital aux côtés du Pays et je veux croire que cette entité jouera un rôle déterminant dans l’achat et la vente, mais également le collectage, le tri, le calibrage et le conditionnement des produits moyennant une convention passée avec les coopératives qui le voudront bien.

Parallèlement, le Pays poursuivra en 2016 ses actions classiques en termes d’aménagement des domaines territoriaux ou d’aides financières aux professionnels.

Enfin, dans ce projet de budget, je retiens la volonté affichée de soutenir l’apiculture face à une demande de plus en plus croissante.

Quant au Tourisme et quoi qu’en disent certains, le secteur donne des signes de reprise très encourageants pour l’avenir.

Au niveau des chiffres, tout d’abord. De janvier à août 2015, le nombre de touristes progresse de 1,5% comparé à la même période de 2014, pour atteindre 119 517 personnes dont 24 358 croisiéristes. Ce qui laisse à penser que nous ne devrions pas être très éloignés de l’objectif des 200 000 touristes à la fin de l’année. Quant à faire des plans sur la comète, et d’envisager les 1 million de touristes à l’horizon de 2030, nous laissons cela à d’autre qui manie bien l’art du « brassage d’air »…

Pour être une destination attrayante, trois conditions doivent être réunies : disposer d’une capacité d’hébergement suffisante à Tahiti comme dans les îles ; offrir davantage de sièges d’avion en diversifiant nos liaisons avec le reste du monde et enfin, maintenir un niveau de promotion tel que Tahiti et ses îles soient en haut de l’affiche.

S’agissant de l’hôtellerie et du transport aérien, les contacts noués avec des investisseurs étrangers et chinois en particulier sont très prometteurs.

Pour ce qui est en particulier du Tahiti Mahana Beach, il n’y a pas de place au doute. Oui, c’est une formidable opportunité de booster notre tourisme. Oui, il se fera ! Le gouvernement y travaille avec méthode et conviction. Le choix du candidat pressenti est en cours. La 2ème quinzaine de décembre sera consacrée aux négociations et à la signature d’un protocole d’accord. Le 1er semestre 2016 aboutira à la signature d’un bail à construire.

Mais, de grâce, cessez de répéter que cela n’avance pas assez vite et qu’avec le prédécesseur d’Edouard Fritch, les travaux auraient déjà commencé. C’est FAUX.

Nous le savons tous, aujourd’hui: au delà des esquisses architecturales présentées il y a plus d’un an, le Tahiti Mahana Beach n’était qu’une coquille vide. Le foncier n’était pas entièrement maîtrisé ; il ne l’est d’ailleurs toujours pas. Il en va de même pour les financements. Compte tenu de l’investissement en jeu, on parle de 2 milliards de dollars, le candidat qui sera retenu devra impérativement apporter la garantie que le chantier ira bien jusqu’à son terme.

Les études ont été menées pour ce qui relève de l’intervention du Pays. En 2016, il lancera les travaux d’aménagements routiers (3ème voie à Outumaoro), les travaux de réseaux de collecte des eaux pluviales du bassin versant en amont du projet et de réalisation d’une passerelle piétonne au rond point du Taina.

Face aux milliers d’emplois que ce projet va générer, le Pays est dans l’anticipation. D’ici le premier coup de pioche, début 2017 selon les prévisions, la transversalité ministérielle entre Education, Culture et Formation professionnelle va redoubler pour préparer les Hommes.

Parallèlement, le ministère du tourisme a su remobiliser toute l’équipe du Tahiti Tourisme malgré des moyens humains et financiers bien inférieurs à ce qu’ils étaient par le passé.

La stratégie est inédite. Elle porte davantage sur l’homme et sa culture, plutôt que les paysages et les bungalows sur pilotis que l’on trouve désormais ailleurs. Au budget 2016, une subvention exceptionnelle est allouée au Groupement, ce qui porte à 900 millions de Fcfp le volant de crédits disponibles. Si besoin, une rallonge sera versée une fois que sera connue l’ampleur de l’excédent 2015 d’Air Tahiti Nui.

A ce propos, réjouissons-nous de la bonne santé retrouvée par notre compagnie pour la troisième année consécutive. Preuve en est que le Pays a eu raison d’accompagner la société sur la voie du redressement. Dans ce contexte favorable, notre compagnie s’apprête à renouveler sa flotte pour partir à la conquête de nouveaux marchés, en particulier vers la Chine et le Canada.

Mais séduire les touristes est une chose, les combler durant leur séjour en est une autre. Raison pour laquelle nous devons investir dans des infrastructures modernes et adaptées aux attentes.

S’il ne fallait en citer, citons du côté de Moorea, le projet d’Eco-Musée « Fare Natura » qui va voir le jour. Une enveloppe de 700 millions de Fcfp est consacrée à ce projet.

A destination des croisiéristes maintenant, le Pays travaille à l’amélioration des conditions d’accueil et de traitement des passagers avec la construction d’une nouvelle gare maritime à Papeete. Il faut dire que le nombre d’escales de paquebots est passé de 450 en 2013 à plus de 700 cette année. Quoiqu’on en dise, cette clientèle de passage consomme des prestations à terre lorsqu’ils ne décident pas de prolonger leur séjour dans les îles. Ce chantier est entre les mains du Port autonome.

Enfin, notre destination a une carte à jouer dans les nouvelles technologies. Nous devons nous adapter à cette nouvelle génération de touristes toujours très connectés qui choisissent leur destination de vacances en fonction des facilités d’accès à l’Internet.

Au-delà de la promotion classique, il s’agit d’offrir à nos visiteurs de passage la possibilité de télécharger via leur smartphone, depuis leur pays de départ, une application qui leur permettra en arrivant à destination d’être immédiatement connecté gratuitement à Internet. Le ministre du tourisme a annoncé récemment le lancement en 2016 d’un appel d’offre afin de confier ce projet à un opérateur.

L’objectif est de :

– transformer nos visiteurs en promoteurs ;

– comprendre les usages de nos visiteurs pour mieux orienter nos stratégies ;

– créer un écosystème durable et innovateur.

Voilà mes chers collègues ce que m’inspire le budget 2016 du Pays auquel notre groupe apporte tout son soutien.

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