Cocktail de départ: l’au-revoir et non « l’Adieu » de Lionel Beffre

A l’occasion de son cocktail de départ donné à la résidence de Papeete, le haut-commissaire de la République, Lionel Beffre, a prononcé une allocution reproduite ici dans son intégralité.

Chers amis, Ce soir, il est temps désormais, pour moi et Nathalie, de vous dire « au revoir ». J’ai dit « au revoir » ; je n’ai pas dit « Adieu ».

Tout simplement, parce qu’on ne quitte jamais vraiment la Polynésie française ou plutôt parce qu’elle ne nous quitte jamais tout à fait. Peut-être ne fait-on que descendre de la pirogue, l’espace d’un moment.

Je l’avais exprimé en arrivant, le 13 septembre 213 : le poste de Haut-Commissaire de la République en Polynésie française n’est pas un « poste comme un autre ». Je le confirme à l’heure du départ, enrichi de mon expérience parmi vous.

Le 13 septembre 2013, c’était il y a 2 ans et 8 mois. Mais c’était hier, en réalité, tant le temps m’a paru aller vite ici, tant ce séjour fut pour moi, riche et intense, tant les uns et les autres ont veillé à ce que je ne m’ennuie pas. Malgré les raisons, liées à la beauté et à la majesté des sites qui m’y auraient poussé, je ne crois pas être devenu, en Polynésie française, un contemplatif. Pourtant, ce soir, et ici, ce ne sera ni l’heure, ni le lieu pour établir un quelconque bilan.

D’abord, parce que le mot et la notion même de bilan ne seraient pas adaptés puisque le principe de continuité de l’Etat vise, d’une part, à poursuivre voire à achever le travail de ceux qui nous ont précédés et d’autre part, à défricher puis tracer un chemin sur lequel pourraient marcher celles et ceux qui nous succèderont. Ensuite, parce que je ne suis pas le mieux placé pour établir un bilan ; chacun le comprendra. Enfin, parce qu’il ne saurait être question pour moi de discourir au-delà du raisonnable.IMG_5256

Je me suis toujours efforcé de ne pas abuser de votre patience et ne vais pas, ce soir, sur le tard, au détour d’un dernier discours, tenter de déroger à ce principe, au prétexte que vous ne seriez pas assommé de soleil à cette heure-ci ou que votre journée de travail achevée vous laisserait désormais toute liberté pour m’entendre à satiété. Durant ces 32 mois, je me suis efforcé de veiller à tout instant, à ce que l’Etat, tout en exerçant avec la plus grande attention et la plus grande exigence ses compétences régaliennes, accompagne au mieux le Pays dans la tâche de redressement économique et social qui s’impose.

Je remercie vivement et très sincèrement l’ancien Président Gaston Flosse et l’actuel Président Edouard Fritch, d’avoir bien voulu s’inscrire dans cette orientation, celle d’une relation confiante, apaisée et fructueuse avec l’Etat. Je remercie, en outre, tous les responsables politiques, économiques, sociaux, culturels, sportifs et associatifs pour m’avoir accueilli et aidé dans l’exercice de mes fonctions et pour m’avoir, à travers nos échanges, toujours mieux fait connaître la Polynésie française, ses habitants et ses sujets de préoccupation. Vous m’avez tous, à votre manière, dans vos domaines d’action respectifs, épaulé voire inspiré, grâce à votre savoir et à votre savoir-faire.

Je crois, ce soir, pouvoir dire que le redressement que j’ai évoqué plus haut est en marche. Il est indispensable et il est engagé. Je ne rappellerai pas les quelques signes économiques positifs que nous observons aujourd’hui et qui confortent cette conviction. Ils existent. La route est désormais tracée pour repartir d’un bon pas mais elle sera nécessairement longue ; il faudra du courage, de la ténacité et de la continuité dans l’action. La stabilité politique retrouvée contribuera, j’en suis certain, à faciliter ce retour à meilleure fortune. Je ne doute pas que l’Etat saura, à sa place, dans le respect du principe d’autonomie qui régit ce territoire, contribuer à ces efforts pour garantir un bel avenir, celui qu’il mérite, à ce magnifique Pays. Pour qu’il retrouve des lendemains qui chantent. Et le chant, c’est important ici !IMG_5139 (1)

Ce soir, mon propos ne sera nullement administratif, pas davantage technocratique, pas davantage politique. Il ne sera pas poétique non plus, car je connais mes limites et ne voudrais en aucune manière me hisser au-dessus de ma condition. Il sera plutôt un propos d’affection, un propos venu du cœur, correspondant mieux, je crois, aux valeurs profondément enracinées chez les polynésiennes et les polynésiens. Le message simple que je souhaite vous délivrer tient en une phrase courte : Je n’oublierai pas. Et avec Nathalie, nous n’oublierons pas. Je n’oublierai ni les visages de celles et ceux qui m’ont chaleureusement accueilli, ni les images fortes que ma mémoire a pu saisir sur ces terres du bout du monde, ni les paysages qui m’ont partout ébloui, enchanté, transporté.

Les visages, ce sont ceux : De ces nombreux enfants, souriants et colorés, qui entonnaient les hymnes à mon arrivée dans vos communes puis déclamaient des oreros passionnés à mon intention et à l’intention de celles et ceux qui m’accompagnaient ; Ceux aussi, de ces vigoureux sportifs, épuisés mais heureux, qui franchissaient comme des flèches la ligne d’arrivée de l’Hawaiki Nui, sur la plage Matira de BoraBora par les fins de matinée baignées de soleil du mois de novembre ; Ceux, enfin, de ces valeureux artisans, hommes et femmes, à juste titre fiers de leurs œuvres, lorsqu’ils me présentaient le fruit de leur travail à l’occasion des différents salons que j’ai eu la chance de visiter avec les élus et les différentes autorités ou lors de mes séjours dans les archipels. Les images désormais gravées dans ma mémoire sont innombrables.

Quelques-unes émergent parmi tant d’autres : Celle du stade de Toata, enthousiaste et enflammé, soutenant avec force l’équipe des Tiki Toa à l’occasion de la coupe du monde de beach soccer, en octobre 2013, ou celle de ce même stade, admiratif du talent et du travail des troupes de danse et des chorales, lors de chaque Heiva de Juillet ; Images aussi, de l’arrivée majestueuse et cadencée des différentes délégations marquisiennes lors des festivals de Ua Huka (2013) et de Hiva Oa (2015), arrivée qui nous plongeait avec fureur et ferveur dans la culture si singulière mais si puissante de cet archipel ; Images enfin, de ces foules nombreuses et expressives, massées dans la rue ou le long de la route, à Papeete et à Raiatea, au passage du Président de la République, le 22 février dernier, affirmant et confirmant ainsi, par leur présence chaleureuse et leurs sourires lumineux, leur profond attachement à notre République. Les paysages aperçus ne quitteront pas de sitôt mes yeux.

J’ai quelques scrupules, bien entendu, à en citer quelques-uns, ne voulant froisser, ni décevoir personne. Ce sera néanmoins, ce soir, et en fin de parcours, ma petite part de subjectivité : acceptons là et supportons là ensemble. La baie des vierges, à Hanavave (Fatu Hiva), en fin de journée, au départ de l’Aranui m’a époustouflé et il en fut de même de l’allée de la reine Mahakatauheitani à Hapatoni (Tahuata) ; Les soleils couchants, sur la passe de Tiputa, à Rangiroa seront toujours sublimes, surtout si les dauphins acceptent d’y organiser longtemps encore leur spectacle de ballets ; Les pandanus qui flottent dans l’air de l’île de Rimatara et qui donnent un cachet supplémentaire à cette perle des Australes, flotteront très longtemps dans ma tête. Si ce séjour fut pour moi aussi marquant et prenant – j’en avais l’intuition avant même de fouler votre sol – c’est à vous tous et à vous toutes que je le dois. Je tenais donc à vous exprimer, ce soir, ma profonde gratitude.

J’aurai bien entendu, un mot particulier, et vous le comprendrez, pour tous mes collaborateurs du Haut-commissariat, quels qu’ils soient, et pour les services de l’Etat dont j’ai apprécié, à chaque moment, la compétence, la disponibilité et la loyauté. Qu’ils soient tous et toutes chaleureusement et amicalement remerciés ce soir. Je souhaite à mon successeur, René Bidal, que je connais depuis longtemps, de connaître les mêmes satisfactions dans l’accomplissement de sa mission que celles qu’il m’a été donné de vivre. Je formule à son intention des vœux de pleine réussite en Polynésie française et des vœux de bonheur personnel pour lui et sa famille. Ces vœux, je les formule aussi, bien évidemment, à l’endroit de la Polynésie française et de toute sa population. Je l’ai déjà indiqué : j’ai confiance en son avenir parce que l’énergie et la combativité sont et seront au rendez-vous.

La Polynésie française saura relever les défis qui se présentent à elle et se montrer à la hauteur des enjeux de notre temps, ceux d’aujourd’hui et de demain. Je conserverai toujours un œil et une oreille attentifs pour ce territoire que je me suis efforcé de servir au mieux et qui m’a beaucoup apporté. Nous allons, à présent, regagner la métropole et plus particulièrement l’Isère et son chef-lieu Grenoble, la « capitale » des Alpes. Lorsque les premières neiges apparaîtront en fin d’automne, lorsque les premières brumes tarderont à se dissiper, lorsque nous aurons, depuis Grenoble, des difficultés à apercevoir la mer, il nous restera alors la possibilité d’imaginer des terres lointaines, ensoleillées, empreintes de chaleur humaine et de chaleur tout court…. situées en plein cœur de l’Océan Pacifique. De rêver à la Polynésie française et de penser, finalement, à vous toutes et à vous tous.

Alors, 18 000 km s’effaceront d’un coup. Ce sont vos visages qui nous éclaireront. Et puisque nous approchons des dates du baccalauréat, j’aurai à suggérer ce soir un sujet de réflexion ou de dissertation pour l’épreuve de philosophie – sociologie – nostalgie : y a-t-il une vie après la Polynésie française ? Je vous livre en même temps une esquisse de réponse, sous forme de plan en deux parties, ainsi que mes maîtres me l’ont appris à Sciences PO : oui, il y a une vie, mais elle ne sera plus tout à fait la même. Vive la Polynésie française ! Vive la France ! Maururu roa

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