Compte-rendu détaillé de la mission du Médef à Paris

Défiscalisation, aménagement numérique et transition énergétique. C’est autour de ces trois priorités que le MEDEF PF avait organisé sa mission à Paris, qui s’est achevée vendredi dernier.

L’intervention au Sénat du président de l’organisation patronale, Olivier Kressmann lors de la conférence-débat « Entreprises et dynamiques sectorielles des collectivités françaises du Pacifique » en présence du Sénateur Nuihau Laurey, comptait parmi les temps forts de ce déplacement. Séquencé en quatre tables rondes suivies de questions-réponses avec la salle, l’événement au Palais du Luxembourg accueillait, aux côtés de leurs homologues calédoniens, une délégation polynésienne de sept personnes conduite par M. Kressmann.

Plusieurs entrepreneurs locaux ont ainsi pu exprimer devant les élus nationaux les réalités économiques propres à notre Pays et les enjeux du maintien du dispositif de défiscalisation. La première table ronde « Contraintes et opportunités » était l’occasion pour le président du MEDEF PF de mettre en avant les potentiels de croissance en Polynésie tout en soulignant les difficultés liées à l’éclatement géographique de notre territoire et l’impérieuse nécessité, dans ce contexte, d’entamer au plus vite une révolution numérique….

En l’état, l’internet dans nos îles cumule deux faiblesses : il est à la fois vulnérable et insuffisant. La continuité territoriale n’est donc pas assurée partout et, sur le plan du développement extérieur, les acteurs locaux ne peuvent, malgré une situation géographique très favorable, se positionner sur le marché international du transit et du stockage des données, pourtant stratégique. Un deuxième câble sous-marin trans-pacifique s’impose pour sécuriser notre connexion au net mondial et pourrait nous relier à la Nouvelle Calédonie, qui partage les mêmes besoins.

Dans le cadre de la table ronde n° 2 «Caractéristiques et perspectives des entreprises du Pacifique», JeanPierre Gosse, Managing Partner de la société d’audit, d’expertise et de conseil BDO-FITEC a présenté, sur la base de sa large expérience en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française, les contrastes marquants de la démographie entrepreneuriale dans la région, les atouts des entreprises, mais aussi leurs difficultés en matière de structure financière, de recrutement et d’accès à la compétence.

Stéphane Chin Loy, président de la Chambre de commerce, d’industrie, des services et des métiers (CCISM) de Polynésie française et Franck Adraï, directeur du groupe SDA-Premium Water et membre du Syndicat des industriels de Polynésie française (SIPOF) intervenaient pour leur part sur le sujet « dynamiques sectorielles alliant tradition et innovation».

La troisième table ronde portait sur l’évolution des sources de financement des entreprises. Nicolaz Fourreau, président du conseil d’administration de la Société de financement du développement de la Polynésie française (SOFIDEP) a pu présenter le modèle « unique » de la SOFIDEP. Depuis sa création en 1999, la Société d’Economie Mixte a financé plus de 650 projets et ses interventions ont permis de créer ou de sauvergarder 6000 emplois polynésiens. M. Fourreau a également présenté les dispositifs d’Etat SOGEFOM et BPI ainsi que les possibilités de financement par la Banque Européenne d’Investissement. Philippe Wong, président de la Compagnie polynésienne de transport maritime (CPTM) et Franck Adraï ont ensuite abordé les « politiques publiques de soutien à l’investissement productif ». Pour pallier le caractère encore trop aléatoire de la procédure d’octroi en agrément par Bercy, le SIPOF suggère notamment une meilleure prise en compte des avis des services de l’Etat présents en Polynésie (pôle économique du HautCommissariat) qui sont davantage au fait des réalités économiques locales.

La dernière table ronde était consacrée aux « potentiels de l’économie verte et bleue ». Franco Lanza, conseiller auprès du président directeur général d’Air Tahiti Nui (ATN) et Vaima Devimeux, représentante du groupe Pacific Beachcomber se sont exprimés sur le thème du tourisme durable, tandis que Olivier Kressmann rappelait l’engagement du MEDEF PF à porter la croissance bleue, à travers les activités intersectorielles du nouveau Cluster Maritime de Polynésie et la défense de projets à la fois innovants et structurants, en faveur des énergies renouvelables notamment.

Dans ses conclusions, le président de la Délégation sénatoriale à l’Outre-mer Michel Magras a souligné l’importance de l’aide fiscale à l’investissement outre-mer et s’est félicité du caractère collégial des interventions des délégations polynésienne et calédonienne, dans la continuité des travaux qu’elles avaient déjà menés de concert l’an dernier lors du colloque des COM du Pacifique.

Comme prévu, le reste de la semaine était consacré pour MM. Kressmann et Ochida, co-président du MEDEF-NC aux réunions de travail avec les représentants du gouvernement central. Ces rendez-vous à l’Elysée, à Matignon et au Ministère des Outre-mer ont permis d’insister sur l’urgente nécessité pour les entreprises polynésiennes et calédoniennes d’être rassurées sur l’ «après 2017 ». Les responsables politiques nationaux semblent avoir pris aient pris la mesure de cette urgence : leurs conseillers ont assuré aux deux élus régionaux du MEDEF que, dès le troisième trimestre, des dispositions sur la défiscalisation seraient proposées pour le Projet de Loi de Finances 2016, avec plusieurs aménagements qui restent à définir.

Concrètement, le MEDEF souhaite que le dispositif LODEOM soit prorogé jusqu’en 2025, 2020 a minima. Ce report permettra de répondre aux urgences économiques de nos territoires et de disposer du temps nécessaire pour mener sereinement les travaux de concertation prévus par le gouvernement sur les futurs outils d’aide outre-mer. Le MEDEF souligne la double problématique de l’échéance du 31/12/2017 qui ne concerne plus seulement le « délai de réalisation » mais aussi au « délai d’initialisation» lequel englobe la période nécessaire au montage et à l’instruction du dossier de défiscalisation. Pour certains projets d’envergure, cette période initiale peut en effet représenter déjà trois à quatre années.

Sur le volet des financements européens sollicités par le Pays avec le concours du MEDEF PF, la réunion avec Laure Philippe-Kagan du Bureau des Affaires Européennes à Paris marque un point d’avancement puisque la représentante a confirmé l’éligibilité au Plan Juncker de trois dossiers polynésiens, pour un montant global de 18 millions d’euros. L’ambition numérique défendue au Sénat par M. Kressmann était également à l’ordre du jour de sa rencontre avec Bertrand Vandeputte et Eric Delanoye, qui ont notamment évoqué leur intérêt pour un partenariat avec l’organisation professionnelle polynésienne OPEN. Partout dans le monde, les initiatives visant le déploiement des réseaux à très haut débit s’accélèrent, à l’instar de la métropole qui s’est dotée du Plan France Très Haut Débit (PFTHD) pour assurer la couverture intégrale de l’hexagone d’ici sept ans.

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