Faut-il avoir peur de French Blue et ses voyageurs « low cost » ?

Jadis, les promoteurs de Tahiti et ses îles lançaient le slogan « Mets un sourire à ton accueil » pour séduire les visiteurs du monde entier. Les temps ont décidément bien changé…Aujourd’hui, on aurait plutôt tendance à faire la fine bouche, voir carrément à poser des barrières! Le pire, c’est quand le mauvais exemple vient d’en haut! Alors, faut-il avoir peur des voyageurs « low cost » ? Eléments de réponse.

Prenez le cas de French Blue, cette compagnie low cost long courrier dont on dit, depuis quelques semaines, qu’elle pourrait bien proposer une alternative de transport aérien sur la ligne Paris(Orly) – Papeete, via San Francisco, en offrant notamment une prestation à un prix du billet bien moindre que celui pratiqué jusqu’ici. Toujours est-il que l’annonce de son hypothétique arrivée à Tahiti-Faa’a – non encore confirmée officiellement – a été plébiscitée par nos lecteurs et autres internautes sur les réseaux sociaux.

Mais en attendant, que n’a ton pas entendu dire sur la filiale d’Air Caraïbes dont l’implantation à Saint Denis de la Réunion a été couronnée de succès ? « Boite à sardines », « service minable » etc. Et dernièrement, un ancien haut responsable polynésien est sorti de sa tanière pour crier au loup contre cet opérateur avec des arguments pas toujours très convaincants malgré l’importance qui lui ont été accordés. En résumé, French Blue est fortement soupçonnée de vouloir « déverser » sur notre sol des milliers de touristes par très fréquentables compte tenu de leur supposée classe sociale. Pire, que la plupart d’entre eux, en l’absence de coupon retour, viendraient « échouer » sur nos plages, à la charge financière de la collectivité.

Or, nous savons tous que l’absence d’allocation chômage, d’aides au logement ou simplement d’auberge de jeunesse comme il en existe partout dans le monde, mais plutôt une préférence locale à l’emploi bien comprise par tous, n’incitent guère les Européens en général (Français y compris) à prendre racine dans nos îles, et ce en dépit de leur charme légendaire. Il faut arrêter de fantasmer!

Quoiqu’il en soit, certains voudraient (encore) réveiller les vieux démons indépendantistes par crainte d’invasion étrangère, comme à la belle époque de la construction européenne, qu’ils ne s’y prendraient pas autrement ! C’est vrai que les élections territoriales approchent et tout est bon pour mettre des bâtons dans les roues du gouvernement Fritch… Mais tous ces procès d’intention sonnent mal dans la bouche de celui-là même qui, il n’y a pas si longtemps (décennie 90), déroulait le tapis rouge à Jacques Maillot, le patron de Nouvelles Frontières – Corsair, pour faire venir davantage de métropolitains. Au début des années 2000, il usera du même stratagème avec les paquebots Renaissance, version low cost de la croisière, sans imaginer un seul instant que les attentats du Word Trade Center (septembre 2001) suffiront à anéantir tous ses efforts.

Qu’il s’agisse de Corsair ou des Renaissances, le gouvernement d’alors n’avait, lui aussi, qu’un seul et même objectif: gonfler les chiffres de la fréquentation touristique bien au-delà des 200 000 visiteurs. Sauf que les professionnels le savent bien: peu importe le nombre d’individus comptabilisés à l’arrivée, ce qui compte avant tout, c’est la somme des dépenses laissées dans nos îles, au restaurant, dans les magasins ou à la pension de famille du coin. Autant de richesses synonymes d’activités, pour ne pas dire d’emplois!

Enfin, nous avons replongé dans une étude très sérieuse faite à cette époque pour constater les bienfaits de Corsair, avant même qu’elle ne soit remplacée par ATN.

Il en découle que, « toutes compagnies aériennes confondues, le prix moyen d’un A/R  Papeete-Paris est passé de 253 000 Fcfp en 1992 à 193 000 Fcfp en 1996 , soit une diminution de 24% en quatre ans. Le marché français a connu un essor spectaculaire (+147%) durant cette période. Parallèlement, l’économie réalisée sur le trajet  a permis aux touristes de rester plus longtemps sur le territoire. Le nombre de nuitées  a cru de 53% pour approcher les 2 millions en 1996 (…) De 1995 à 98, la métropole a constitué le premier marché émetteur du tourisme en Polynésie. Elle procurait en moyenne par an sur les trois années d’étude 52 723 touristes, devançant le marché américain pourtant bien plus important et proche ».

Seule ombre au tableau: les programmes hôteliers promis par le groupe Nouvelles Frontières -Corsair n’ont pas résisté aux impératifs de la finance et les établissements Paladien et autres ont fermé leurs portes les uns après les autres. Auquel cas, la Polynésie devra impérativement veiller au sérieux de l’implantation de French Blue pour s’inscrire dans le développement durable cher à notre ministre du Tourisme, Nicole Bouteau.

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Une pensée sur “Faut-il avoir peur de French Blue et ses voyageurs « low cost » ?

  • 29 octobre 2017 à 8 h 16 min
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    j’ai compris que le Pays ne veut pas de sac à dos,j’ai connu des sac à dos qui sont revenus au fénua apres avoir fait fortune ailleurs ce qui veut dire qu’il ne faut pas juger trop vite les gens, ceci dit le PDG d’ATN avait dit que ce n’est pas le prix des billets qui stoppait les touristes,grosse erreur de dire de telle choses

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