Il y a vingt ans, Marcel Amaru tombait au champ d’honneur

Demain, mercredi 27 mai 2015, cela fera vingt ans qu’un enfant du Fenua, Marcel Amaru, est tombé pour défendre la Liberté et le monde Libre, écrit Philippe Leydet, directeur de l’ONACVG/PF.

 

Marcel Amaru est né le 20 décembre 1970 à Uturoa. Engagé au 3° RIMA, Marcel est affecté à la 4ème compagnie comme tireur à la mitrailleuse de 12,7mm à la tourelle d’un Véhicule de l’Avant Blindé. En mai 1995, il est à Sarajevo dans le cadre de la FORPRONU.

Depuis 1992, le mandat de la FORPRONU a été élargi et ses effectifs renforcés, afin qu’elle veille à la sécurité de l’aéroport de Sarajevo, en assure le fonctionnement et permette l’acheminement de l’aide humanitaire dans la ville et ses environs. En septembre 1992, son mandat a été une nouvelle fois élargi afin qu’elle appuie les efforts du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés visant à acheminer les secours humanitaires dans toute la Bosnie-Herzégovine et qu’elle protège les convois de prisonniers civils libérés si le Comité international de la Croix-Rouge lui en faisait la demande.

En outre, la FORPRONU doit contrôler le respect de l’interdiction des vols militaires dans l’espace aérien de la Bosnie-Herzégovine et suivre la situation dans les zones de sécurité instaurées par le Conseil de sécurité autour de cinq villes bosniaques et de Sarajevo. Elle a été autorisée à se défendre en recourant à la force en cas d’attaque de ces zones et à coordonner son action avec celle de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) si elle recourait à la force aérienne dans le cadre de l’opération Deny Flight.

En 1995, la nouvelle mission de la Forpronu est de surveiller la mise en place d’un accord de cessez-le-feu signé par le Gouvernement bosniaque et les Croates de Bosnie en février 1994. En outre, la FORPRONU doit surveiller les arrangements de cessez-le-feu négociés entre le Gouvernement bosniaque et les forces serbes de Bosnie, entrés en vigueur le 1er janvier 1995.

Au matin du 25 mai 1995, le capitaine François Lecointre, commandant la 1ère compagnie du 3°RIMA s’aperçoit que des Serbes, déguisés en soldats de l’ONU, se sont emparé durant la nuit du poste « Sierra Victor » sur le pont de Vrbanja, au centre de Sarajevo.

Onze Casques bleus français ont été capturés.  Jusqu’alors, l’ONU cherchait à résoudre les crises par la diplomatie. Mais fort de l’appui du chef de l’État, le général Hervé Gobillard, commandant le secteur, décide de reprendre le poste par la force.

Une décision difficile, explique, 18 ans plus tard, le général Gobillard : « J’ai essayé d’analyser les risques techniques, psychologiques, opérationnels, politiques, locaux. Je me suis mis dans la peau du capitaine qui allait conduire l’assaut ; ça pouvait très bien se terminer en carnage. Je me suis demandé si je n’étais pas en train de franchir la ligne qui sépare un Casque bleu d’un soldat en guerre, et puis je me suis dit que l’enjeu était trop important ».

La compagnie qui reçoit la mission de reprendre le pont est appuyée par un escadron du Régiment d’Infanterie de Chars de Marine.

En pointe se trouve la section du lieutenant Bruno Heluin (au centre sur la photo). « J’ai eu la tâche la plus facile, celle d’aller physiquement en avant faire mon métier de militaire », raconte le colonel Heluin, chef de corps du 2ème RIMa en 2013.Le lieutenant Heluin lors de la levée des corps de ses camarades tombés

Il se rappelle la demi-heure qui a précédé l’opération : « Au moment de lancer l’assaut, il y a eu un grand silence. Ensuite, l’action a semblé interminable. Mais en fait, le tout n’a duré que 40 minutes. Quant à moi, j’ai été blessé et inconscient à partir de la 20ème minute. » Le lieutenant Heluin est le premier à entrer dans le poste.

«Un Serbe me tirait dessus à partir d’une position retranchée. Ne pouvant pas riposter car j’avais un problème avec mon Famas, j’ai lancé une grenade. Mais celle-ci a fait éclater une bouteille de gaz, dont j’ai reçu un éclat au visage ».

Dix-sept soldats français ont été blessés durant l’action, et deux autres tués.

Le 27 mai 1995, les « marsouins » Marcel Amaru et Jacky Humblot sont tués à Sarajevo en Bosnie-Herzégovine.

Marcel Amaru est tué alors qu’il appuyait de son tir la progression de l’élément d’assaut. « Cet acte héroïque d’une poignée d’hommes décidés et bien commandés a permis de renverser le sens de la guerre, et de conduire in fine à la victoire dans les Balkans ! » affirme Jean Guisnel, journaliste spécialisé des questions militaires.

En effet, cet assaut a marqué le début de la riposte de la communauté internationale, à un moment où les Serbes de Bosnie avaient pris en otage des dizaines de soldats des Nations unies, utilisés comme boucliers humains.

Le président français, Jacques Chirac, a déclaré après ce coup d’éclat : « La reprise du pont de Vrbanja restera dans la mémoire de nos armées comme un symbole, celui de la dignité retrouvée, du refus de toutes les humiliations ».ExYougoslavie

Cette action d’éclat accomplie, sur ordre direct du Président de la République, par les éléments conjoints de la 9ème Division d’Infanterie de Marine conduisit les Serbes a ré-ouvrir les négociations. Elle permit à l’armée Française de montrer une fois de plus sa puissance, que l’emploi précédent sous commandement ONU avait conduit à l’humiliation des prises d’otages.

« … Les démocraties modernes, se construisent parce que leurs enfants sont capables de mourir pour la Liberté, pour l’Honneur, pour la Paix. Vous avez en mourant, les armes à la main comme des héros de France, redonné l’Honneur à la FORPRONU et l’Honneur à notre pays …» Général Gobillard, Sarajevo 26 mai 1995.

Aujourd’hui, Marcel Amaru, la Patrie reconnaissante et le monde libre se souvient de ton sacrifice.

 

 

 

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