Ile Sacrée mais potentiellement dégradée…, de l’avis d’un visiteur de passage

Un métropolitain, en voyage en dans nos îles, a souhaité partager avec les lecteurs de Tahitinews un petit épisode de sa visite de la magnifique île de Raiatea, pointant du doigt des atteintes à l’environnement non conformes aux ambitions de l’Unesco.

Parti en direction du marae de Taputapuatea, je souhaitais découvrir cet endroit incontournable, recommandé par les guides et dont l’actualité fait les éloges, notamment grâce à un futur classement au patrimoine mondial de l’humanité.

En chemin, je traverse la baie de Faaroa, indiquée comme étant la plus grande rivière navigable en Polynésie, qui propose une excursion passionnante et sauvage parmi la végétation et les parcelles agricoles.

En sortant de la baie, je découvre au loin un lieu se démarquant particulièrement de ce paysage aux nuances de vert et boisé. Il s’agit d’une sorte de colline toute blanche, austère et sévère, au sommet de laquelle se distingue une construction, telle une tour de guet surveillant l’accès à la baie.

Surpris de voir ce monticule aux pentes abruptes se dresser là, en opposition totale avec la végétation environnante, je m’étonne qu’une telle destruction puisse avoir lieu dans la même commune postulant à l’Unesco. Un jeune Polynésien passant à vélo, je lui demande. Celui-ci me répond que cette colline a été rasée, dépouillée de ses arbres il y a à peine quelques mois.

Un aménagement est-il prévu à cet endroit ? Des arbres vont-ils être replantés ? Un tel talus ne représente-t-il pas un risque pour les maisons contrebas ? Le jeune Polynésien ne sait quoi me répondre, et me souhaite une bonne journée en repartant paisiblement sur son vélo, dans l’insouciance qui semble caractériser la population.

Continuant ma route, j’arrive au bout de plusieurs kilomètres à proximité du lieu sacré tant attendu.Plusieurs indices sur mon chemin me faisaient cependant craindre ce que je pouvais y trouver.

En effet, ponctuellement en bord de route, des enrochements, servant certainement à “sécuriser” le bord de mer ont été réalisés, probablement récemment puisque la terre rouge et à nu ne présente que peu de végétation.

A ces endroits, le beau lagon bleu prend une teinte rougeâtre, témoignant d’écoulements de cette terre vers le lagon. Les habitants sont-ils au courant que cette terre agit comme un poison dans la mer (?) recouvrant, asphyxiant les coraux, troublant l’habitat et la reproduction des poissons, cette destruction du corail pouvant même favoriser, selon les scientifiques, le développement d’algues toxiques ? Où sont les ingénieurs, les conseillers, qui laissent faire ces techniques rudimentaires, d’un autre âge car nullement réalisées dans les règles de l’art ?

Pourtant, les techniques de protection du littoral existent, même avec des enrochements, sont facilement applicables et peuvent permettre au lagon de garder sa pureté naturelle. En ce lieu important, sont-elles si peu connues que l’homme revient à s’empoisonner lui-même?

A quelques centaines de mètres de ma destination, d’autres travaux d’enrochement et de remblais sont encore en cours. Au bord de l’eau, des cailloux se dressent à la verticale, face au lagon, comme pour le défier. Vu la manière dont le géotextile est posé, ceux-ci n’attendent qu’une pluie pour diffuser lentement et régulièrement leur “poison de particules” dans l’eau. Une petite plage naturelle, de sable blanc, survie encore. Mais des rochers à l’air menaçant à proximité indiquent qu’il ne lui reste que peu de temps avant de disparaître sous leur poids.

Peut-être a-t-elle disparu à la date où j’écris ces lignes? qui sait… Je souhaite la paix à cette nature qui s’est forgée pendant des centaines, voire des milliers d’années, qui a vu passer des générations d’hommes, de “tupuna” comme le disent les Tahitiens. Cette plage naturelle sera bientôt remplacée par la main de l’homme, je l’espère replantée abondamment d’espèces locales, mais par la même occasion devenue juste “artificielle”.

A ce moment, je me remémore la dizaine de critères de sélection indiqués par l’Unesco. Trois d’entre eux parlant de nature et du naturel :

 – Représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles.

 – Être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes.

 – Contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique

Ces aménagements ont-il été réfléchis en ce sens? Bien que la volonté d’aménager et de s’apprêter à accueillir des visiteurs du monde entier soit louable, ces observations y mettent un doute.Les Polynésiens ne sont-ils pas en train de s’éloigner de ce qui pourrait être une chance pour le tourisme ? N’ont-ils pas encore compris que la beauté réelle de leur île se situe, non pas autour d’un moule artificiel, mais dans ce qui est naturel et ce que contient leur culture si riche? Toutefois, je comprendrai que les aménagements peuvent donner une touche magnifique et moderne, du moins s’ils sont faits en synergie avec la nature environnante..

Finalement, l’arrivée au marae révèle un lieu splendide et emprunt d’une histoire et d’énergies que l’on peut ressentir en le traversant. Que deviendra-t-il par la suite ? Sera-t-il aménagé en lieu de vie ? A l’image de “fare hape” à Tahiti dont certains m’ont parlé ? Gardera-t-il ce silence, cette sérénité, ce calme que peuvent rechercher beaucoup de gens ? Seule la volonté et les projets de l’homme sauront, je l’espère encore, lui donner la magnificence qu’il mérite.

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Une pensée sur “Ile Sacrée mais potentiellement dégradée…, de l’avis d’un visiteur de passage

  • 19 janvier 2017 à 23 h 32 min
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    La Polynésie toute entière est en mal d’identité, les polynésiens s’inventent des histoires pour le tourisme désormais !

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