Importation de miel: « l’irradiation n’est pas fiable à 100% » estiment les opposants

Grâce au relais d’Eliane Tevahitua, représentante UPLD à l’assemblée de la Polynésie française, les opposants au projet gouvernemental d’importer du miel disposent d’une tribune inespérée. Voici donc la question écrite posée officiellement au gouvernement et en particulier, à son ministre de l’agriculture, Frédéric Riveta.

Monsieur le ministre de l’agriculture, de l’artisanat et du développement des archipels

Vous venez d’autoriser1 l’importation de 20 tonnes de miel et de gelée royale traités par irradiation ainsi que l’importation de pollen d’abeilles et ce, «quel que soit le statut sanitaire du pays d’origine » d’où ils proviennent. Vous justifiez votre décision par la pénurie en miel et la cherté du miel local, mais aussi par votre souhait de satisfaire les consommateurs polynésiens. Vous assurez que toutes les précautions sanitaires par rapport à la loque américaine et au miel synthétique seront prises. Pour le varroa – non introduit à ce jour dans notre pays – vous affirmez : « Nous ne voulons pas l’introduire ici. Si un pays est touché par cet acarien, nous ne pouvons le faire introduire sur le territoire ». Vous concluez par « Il vaut mieux ouvrir et contrôler plutôt qu’il y ait des introductions frauduleuses sur lesquelles nous n’avons pas de contrôle ». Quant au syndicat des apiculteurs de Polynésie, il « condamne » votre décision et se dit fermement opposé à « l’importation d’un miel bas de gamme, sans traçabilité ». Plus que la présence de la loque américaine, c’est l’arrivée possible du varroa qui inquiète les apiculteurs professionnels.

Monsieur le ministre, de telles déclarations venant de votre part ne devraient pas vous réjouir ! A moins que ce ne soit la perspective pour le gouvernement de percevoir la TDL de 34 % sur le miel importé qui vous satisfasse ! Ou à moins que votre décision n’ait été prise sous la pression du lobby des importateurs de la place qui lui peut se réjouir d’avance des bénéfices juteux qu’il fera sur le dos des consommateurs polynésiens sans forcément obtenir une baisse du coût prohibitif du miel, et surtout au détriment des apiculteurs locaux et de la filière agricole, une fois nos abeilles décimées par l’introduction de nouvelles épizooties présentes dans les miels importés ! Votre annonce triomphante résonne comme un aveu d’échec de votre ministère, à promouvoir l’apiculture alors que cette activité et niche économique présentent toutes les caractéristiques susceptibles de fixer nos populations dans leurs archipels au lieu de venir grossir le rang des familles SDF dans les rues de Papeete et augmenter le nombre de chômeurs.

Vous assurez que l’irradiation détruira tous les germes de maladies des abeilles. Or, cette technique présente des inconvénients majeurs dont les principaux sont la difficulté d’identifier et de contrôler les aliments irradiés, une sécurité sanitaire des aliments traités jugée incertaine, une résistance des toxines présentes dans l’aliment avant traitement et une diminution de la qualité nutritive des aliments. Cela veut dire en pratique que l’irradiation que vous vantez comme l’arme absolue contre les épizooties touchant les abeilles, n’est pas fiable à 100% ! Comment comptez- vous pallier à ces inconvénients de taille ? Comment allez- vous vérifier la traçabilité des miels importés ? Sachant que vous autorisez les importations de miels « quel que soit le statut sanitaire du pays d’origine », quelle sécurité sanitaire êtes vous en mesure d’assurer ? Quelles garanties pour les consommateurs polynésiens que les miels importés ne soient pas frelatés ? Quelle assurance donnez-vous aux consommateurs polynésiens qu’ils ne risquent aucune intoxication alimentaire grave voire mortelle du genre botulisme avec vos miels importés? N ’engagez-vous pas votre responsabilité et celle de votre gouvernement en cas de plaintes de consommateurs intoxiqués ?

De plus, l’ionisation alimentaire est un procédé complexe qui comporte des étapes critiques nécessitant une analyse des risques et une maîtrise des points critiques. C’est ainsi que le système HACCP6 adopté depuis 1993 par la Commission du Codex Alimentarius7, contraint les industries de la production et de la transformation des aliments « à se conformer à des processus particuliers, spécifiques à chaque secteur ou gamme de produits, notamment par l’identification des points critiques où des vulnérabilités peuvent exister et où un resserrement des mesures de contrôle pourrait être nécessaire. » Quelle assurance pour les consommateurs polynésiens que les pays exportateurs de miel auxquels les importateurs locaux feront appel appliquent bien la norme HACCP ?

Nos dispositions réglementaires et sanitaires strictes ont jusqu’à présent permis de protéger nos colonies d’abeilles des épizooties présentes ailleurs dans le monde. Aujourd’hui, les abeilles de Polynésie ne sont menacées que par la loque américaine alors que dans le Pacifique, le varroa fait déjà des ravages. Un apiculteur de Moorea affirmait : “On a un trésor dont personne, ici, ne semble prendre la mesure, La Polynésie française pourrait devenir une réserve biosphère pour les abeilles.» Ne craignez-vous pas que votre autorisation d’importer différents miels ne soit la porte ouverte à ces fléaux qui ruineraient la filière apicole locale et affecteraient tout le secteur agricole en compromettant la pollinisation des plantes et arbres cultivés (cocotiers, manguiers, citronniers, bananiers…) ? Ne craignez-vous pas un désastre écologique sans précédent avec la destruction prévisible de nos colonies d’abeilles et sans commune mesure avec la satisfaction égoïste de quelques consommateurs et l’appât du gain de quelques importateurs ?

L’idée force d’un rapport d’audit de la filière apicole réalisé par deux consultants reconnus dans le domaine de l’apiculture en novembre 2012 était la protection sanitaire de notre filière apicole. Outre la création de conservatoires d’abeilles, ces deux experts proposaient de : -mettre en place une réglementation interdisant l’introduction de matériel génétique dans notre pays et entre les îles ; -développer l’élevage des reines pour satisfaire le marché local, afin d’éviter les importations ; -sensibiliser les apiculteurs aux alternatives à la cire gaufrée car le risque sanitaire est important par l’introduction de cire gaufrée (pesticide, varroa) ; -former et informer aux risques d’introduction de maladies, auprès de la douane, dans les ports, aéroports, par des panneaux explicatifs ; -anticiper l’arrivée de varroa en mettant en place un laboratoire de pathologie et nutrition apicole, pouvant faire des diagnostics rapides ; -mettre en place des labels de qualité des miels locaux permettrait de protéger l’origine du Miel polynésien. Est-ce que ces mesures simples, préventives et qualitatives préconisées depuis 2013 ont été suivies et mises en place par le SDR ? Notre pays est le dernier endroit au monde encore indemne de maladies. 70% de nos fruits et légumes sont pollinisés par les abeilles. Votre décision d’importer du miel est le prélude d’une catastrophe agricole aux effets dévastateurs et un acte irresponsable dont les conséquences seront irréparables.

J’espère que vous reviendrez à la raison Monsieur le ministre !

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2 pensées sur “Importation de miel: « l’irradiation n’est pas fiable à 100% » estiment les opposants

  • 5 août 2015 à 8 h 39 min
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    Je trouve effarant de constater à quel point nous sommes spécialistes du sciage de la branche sur laquelle on est assis ! Je suis le premier à râler parce que le miel coûte cher, mais si c'est le prix à payer pour garder nos abeilles saines, pour élever des reines et les exporter dans le monde entier(et donc assurer la survie d'une espèce, sans compter sur les revenus financiers), pour assurer la pollinisation des arbres fruitiers et autres légumes, pour permettre de développer le nombre d'apiculteurs (et donc donner un emploi formidable que beaucoup aimeraient avoir), et bien je l'accepte !
    Va-t-on recommencer l'épisode des fourmis de feu qui a su démontrer par son exemple la pauvreté intellectuelle du gouvernement de l'époque, incapable d'agir au bon moment !
    Il vaut mieux prévenir que guérir, une fois le varroa introduit il sera trop tard.

    Maintenant il faut bien avouer que notre ministre a raison en parlant d'introduction frauduleuse, c'est une réalité car la communication n'est pas assez relayée et la plupart des voyageurs en rapporte pensant que l'interdiction est là pour protéger les apiculteurs et préserver leurs gains. Mais encore faut-il mettre en place un système de contôle efficace …

    Une mine d'or effectivement, à croire que nous sommes tous suffisamment dans l'opulence, ou tout simplement suffisants.

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