La situation du système des retraites en quelques chiffres par Emile Vernier

Nous publions in-extension cette libre opinion du président du Sdiraf, Emile Vernier, devenu au fil des ans intarissable sur la question des retraites en Polynésie française.

Ce qui se passe en Grèce depuis plusieurs années et surtout ces derniers temps ne peut que nous inquiéter ici, en Polynésie française. La détresse des retraités fait mal. Pas question de voir ces situations là chez nous.

Car qu’on ne s’y trompe pas. Comme pour la Grèce, c’est depuis des années que les dirigeants n’ont pas pris leurs responsabilités et ont menti des années à leur population. En Polynésie française, c’est pareil. Les dirigeants de quelque bord que ce soit, n’ont pas pris, eux non plus leurs responsabilités, rejetant toutes mesures à prendre aux suivants.

Heureusement, depuis septembre dernier, nous avons un nouveau président, Edouard Fritch, qui a bien compris les enjeux de notre PSG.

Depuis fin février 2015, des réunions se tiennent régulièrement sous l’expertise de Luc Tapeta, avec le ministre Patrick Tahiata Howell d’abord, puis avec la ministre Tea Frogier.

Les rencontres touchent à leur fin, des propositions se font jour pour sauver la retraite, d’abord pour les retraités actuels, mais aussi pour ceux à venir.

Pour comprendre la situation actuelle, il faut se rappeler les années passées.

Ainsi, le nombre des retraités est passé de 13 087 en 1995 à 31 900 en 2014 et les dépenses de la retraite sont passées de 9,2 milliards en 1995 contre 42 milliards en 2014. Donc, pour plus du doublement du nombre de retraités, les dépenses elles, ont augmenté de 450%. Ces deux chiffres indiquent simplement que la retraite CPS est un régime très favorable, facile d’accès et que les pensions versées sont très intéressantes, surtout depuis que le régime a 35 ans d’existence, soit entre 1968 et 2003.

Il faut savoir aussi que la masse salariale de notre pays a diminué de 1,1% par an entre 2008 et 2014. Ce constat signifie que de nombreux emplois ont été perdus sur la période. Souvent, les pertes d’emplois ont été amorties pour les salariés concernés, par une mise à la retraite qui sert en quelque sorte d’amortisseur social, alors que ce n’est pas du tout son rôle.

On ne peut pas ne pas regarder du côté de l’espérance de vie qui est passée de 61,7 ans en 1985 à 75 ans en 2013, soit un gain de près de 8 années. On vit plus longtemps dans notre pays et c’est tant mieux. Cette espérance de vie a une forte incidence sur les retraites puisque la CPS devra payer des pensions plus longtemps. Et il faut pourtant souhaiter que cette espérance de vie des polynésiens va continuer d’augmenter.

Ce qui précède a une influence sur le ratio cotisants/retraités. Ainsi, ce ratio était de 5,6 salariés pour 1 retraité en 1995. Il est passé à 3,2 en 2008 et moins de 2 en 2014, c’est à dire qu’il y a moins de 2 salariés pour 1 retraité, alors qu’il en faudrait plus de 3. Moins il y aura de salariés, plus il y aura de retraités, plus grandes seront les difficultés de nos régimes de retraite.

Les régimes de retraites CPS sont des régimes par répartition, c’est à dire que ce sont les actifs qui cotisent pour financer les pensions des retraités. Ce système nécessite d’avoir suffisamment d’emplois qui vont générer suffisamment de recettes chaque année. Ainsi, pour 2014, il faudrait près de 72 000 cotisants avec un salaire moyen de 190 000 F pour équilibrer les dépenses. Fin 2014, il n’y avait que 59 700 cotisants et ceci explique les déséquilibres actuels.

Le code du travail actuel, qui date des années 80, est le code des années du CEP, c’est à dire des années pendant lesquelles l’argent coulait à flot. Ces temps sont révolus désormais. Il faut revoir ce code pour favoriser l’emploi privé, car avec le code en vigueur, les employeurs ont peur d’embaucher, sans problème quand il y a du travail, mais gros problèmes quand il n’y en pas.

Chaque semaine, des rencontres ont lieu. Le SDIRAF représente et défend les retraités.

Pour ne pas faire comme la Grèce, le gouvernement devra prendre ses responsabilités. Et il y a le feu.

Le SDIRAF demande des mesures pour sauver nos régimes de retraite jusqu’à l’horizon 2030. Entre 2015 et 2030, il sera capital de revoir régulièrement la situation pour imaginer nos retraites pour l’après 2030.

On va demander aux retraités de faire des efforts, les salariés devront eux aussi, en faire, pour toucher leurs pensions de retraite le moment venu.

Faaitoito. Ne recommençons pas les erreurs du passé.

 Le 27 juillet 2015.

Emile Vernier

NB : bien sûr, tous les chiffres cités peuvent être vérifiés.

 

Télécharger l'article en PDF

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En naviguant sur notre site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer une navigation optimale et nous permettre de réaliser des statistiques de visites. En savoir +

The cookie settings on this website are set to "allow cookies" to give you the best browsing experience possible. If you continue to use this website without changing your cookie settings or you click "Accept" below then you are consenting to this.

Close