L’allocution d’Albert Solia sur l’organisation du transport interinsulaire

Retrouvez l’allocution du ministre de l’équipement, de l’urbanisme et des transports intérieurs, Albert Solia, prononcée ce matin dans le cadre de l’examen du projet de Loi de Pays relatif à l’organisation du transport interinsulaire maritime et aérien.

 

Monsieur le Président de l’Assemblée de la Polynésie française,

Mesdames et messieurs les ministres,

Mesdames et messieurs les élus de l’assemblée de la Polynésie française,

Mesdames et messieurs,

Le projet de loi du pays qui est soumis à votre vote ce matin est un projet essentiel de politique publique pour l’avenir de notre Pays. En effet, le transport interinsulaire est un élément fondamental pour la Polynésie, non seulement compte tenu de la taille du territoire, mais aussi parce qu’il s’agit de l’avenir de la population, et plus particulièrement la population des îles.

Ce texte a été rédigé dans l’intérêt de notre population et non pour satisfaire les intérêts privés de quelques uns. Ce texte a également été rédigé pour préparer l’avenir des transports interinsulaires, pour améliorer la situation existante et permettre un meilleur développement de nos archipels.

Nous vous avons présenté ce texte, ainsi que tous les détails du schéma directeur des transports interinsulaires, et je tiens à ce que votre assemblée n’oublie pas l’essentiel : la satisfaction de l’intérêt général par un meilleur transport à un coût acceptable.

C’est pourquoi le gouvernement consacre les missions de service public du transport interinsulaire qui ne sont pas définies dans la réglementation existante : le transport des passagers des résidents des îles vers une autre île, le transport des marchandises et l’approvisionnement des îles qui dépendent totalement de Tahiti, et les missions particulières de service public, à savoir le transport scolaire et le transport sanitaire. Ces missions de services publics sont réalisées par voie aérienne (essentiellement le transport de passagers) et par voie maritime (le transport de fret), et elles sont indissociables pour notre population.

Afin d’assurer le respect de ces missions essentielles pour nos populations, le gouvernement a choisi de mettre en place une organisation intermodale, aérien et maritime du transport et de mettre en place des obligations de service public que les opérateurs devront réaliser afin que les tavanas de nos îles ne vivent plus le diktat actuel des opérateurs : arrivée simultanée de deux goelettes, suppression intempestive de rotations ou changement dans les dessertes, pas de ramassage du coprah, etc….

Le gouvernement a également fait le choix des obligations de service public parce que le transport interinsulaire est également une activité commerciale classique, telle le transport touristique ou les voyages d’agréments des résidents vers nos destinations touristiques. Dès lors, nous avons du tenir compte des échecs du passé (trois tentatives de mise en place de délégations de service public et trois échecs), mais aussi des réalités économiques et budgétaires de notre pays. Ainsi, je rappelle que le financement du transport en Polynésie coute plus de 10 milliards par an (infrastructures, gestion des aérodromes, et 4 milliards d’aides directes et indirectes représentant 56% du chiffre d’affaires des armateurs) et nous devons absolument contrôler et optimiser ces coûts pour la collectivité.

Le gouvernement a également eu le courage d’intégrer dans ce texte, la possibilité de solliciter l’Etat pour qu’il participe à la continuité intérieure, comme il l’a fait, notamment, en Guyane, en participant financièrement au désenclavement des îles les plus éloignée et isolées.

Ce texte, tel qu’il vous est présenté aujourd’hui, est le fruit d’un travail considérable, puisqu’en parallèle le schéma directeur a été engagé et il vous a été présenté dans le détail avant même d’être acté par le gouvernement, ce qui est la meilleure preuve de la transparence à laquelle notre Président, mais aussi les élus sont attachés.

Ce projet de loi de pays est aussi le résultat d’une concertation jamais vue en Polynésie jusqu’à ce jour : concertation avec les opérateurs, les tavanas, les élus, et les secteurs d’activité concernés par le transport inter-insulaire. Il est presque inutile de vous rappeler les centaines de réunions réalisées depuis le mois de mars sur le schéma directeur – auxquelles votre assemblée était représentée par des élus désignés par le Président de l’Assemblée, mais aussi les réunions auxquelles nous avons participé avec vous, notamment lors des deux commissions.

Ce texte a, par ailleurs, obtenu les avis favorables du CESC (15 janvier 2015), du Haut-Conseil de la Polynésie (12 février 2015), et le gouvernement a tenu compte des principales recommandations formulées par ces deux institutions.

Enfin, ce texte a fait l’objet de deux amendements qui reflètent la volonté d’ouverture du gouvernement : le premier, que j’ai pris l’initiative de déposer, vise à rappeler que le schéma directeur constitue des orientations actées par le gouvernement, mais que ce sera vous, les élus de l’assemblée, qui ont la compétence et qui auront la charge de le mettre en œuvre, en totalité ou en partie.

Le second amendement, déposé par le groupe Tapura, fait écho aux inquiétudes exprimées notamment par les armateurs, sur le maintien des licences en cours avant l’octroi de nouvelles licences. Ce délai, qui serait porté de 12 à 24 mois, permettra au gouvernement et aux élus de définir, après concertation avec les opérateurs bien entendu, les nouvelles licences de sorte que l’intérêt général de nos populations soit satisfait au mieux, mais aussi afin de donner la visibilité nécessaire aux opérateurs, aérien et maritimes.

Au total, Mesdames et Messieurs les élus, ce projet de loi de pays, largement débattu avec les professionnels et avec vous, est effectivement un texte courageux et ambitieux, car il est la concrétisation d’une politique publique axée vers nos populations, il est un texte destiné à l’intérêt général.

Vous savez comme moi que rien n’a été fait dans ce secteur depuis des années, et que la situation de la Polynésie d’il y a 30 ou 40 ans a changé. La Polynésie ne peut plus constuire ou financer des infrastructures sans programmation pluriannuelle, elle ne peut plus subventionner largement un secteur d’activité sans pouvoir contrôler le service rendu à la population, bref la Polynésie doit être courageuse pour répondre aux attentes d’aujourd’hui et de demain de sa population.

Notre gouvernement a tout mis en œuvre pour bâtir un texte qui doit, au-delà des querelles politiciennes, porter l’avenir de la population des îles, en concertation avec votre assemblée, les institutions et les opérateurs.

Il est aujourd’hui de votre responsabilité de l’adopter par une large majorité. En effet, le vote favorable de ce texte constituera un message fort et essentiel à la population qui vous a élue : « malgré nos clivages politiques, nous représentants du peuple avons choisi l’intérêt général ».

A l’inverse, vous pourriez être tentés d’avoir une vision politicienne pour montrer que le gouvernement n’a pas de majorité, ou pour satisfaire quelques intérêts privés et ce malgré les attentes des tavanas et des populations des îles. Dans ce cas, le message que vous leur adresserez est le suivant : « l’avenir de nos archipels et de notre population ne nous intéressent pas, ce qui compte c’est le parti politique et empêcher le gouvernement d’agir pour vous ». C’est votre responsabilité, car si vous rejetez ce texte, ce n’est pas le gouvernement que vous allez pénaliser, c’est la population, ce sont celles et ceux qui vous ont fait confiance et qui vous ont mandaté pour porter leur voix, leurs attentes, l’intérêt général.

Pour autant, je ne crois pas un seul instant que vous soyez dans un tel état d’esprit, je suis convaincu que la population qui vous a élu et que vous représentez aujourd’hui a eu raison de vous faire confiance et que vous aurez le courage de lui adresser le message suivant « vous nous avez élus pour vous représenter et voter dans l’intérêt général et malgré nos clivages politiques, nous travaillons pour l’intérêt général ».

Je souhaite que ce soit le message que nous toutes et tous, membres du gouvernement et de votre assemblée, nous adressions aujourd’hui à notre population, et c’est bien de votre responsabilité que d’adresser, à la majorité la plus large possible, ce message aux polynésiennes et aux polynésiens.

Je vous remercie de votre attention.

 

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