Le 6 mai 2018, un « vote par défaut » pour Geffry Salmon – Tahitinews

Le 6 mai 2018, un « vote par défaut » pour Geffry Salmon

Retrouvez ci-dessous le discours de candidature de Geffry Salmon, prononcé ce matin à l’assemblée de la Polynésie française pour l’élection à la Présidence de la Polynésie française. 

Si ce n’est pas chose aisée et que l’exercice demande une certaine pratique, afin de pouvoir en mesurer les contours, c’est un immense honneur, que de me tenir devant cette noble assemblée à laquelle j’appartiens désormais et pouvoir ainsi, m’adresser à vous, chers collègues, mais également m’adresser à l’ensemble de la population, qui nous regarde ce matin, devant leur écran de télévision, ou par internet.

Même si ce n’est pas chose aisé et que l’exercice demande une certaine pratique, afin de pouvoir en mesurer les contours, c’est un immense honneur que de me tenir devant vous et pouvoir ainsi m’adresser à vous.

 Plusieurs d’entre vous ont consacré leur vie entière à la cause qu’ils estiment juste. Je les salue.

D’autres plus jeunes, entrent en politique, ou y sont entrés depuis peu d’années. Je salue leur courage et leur souhaite de rester fermes dans leurs convictions et leur volonté, de véritablement servir la collectivité et non pas des intérêts particuliers.

La Polynésie française, dans quelques moments, accueillera son nouveau Président. C’est un choix démocratique devant lequel il convient de s’incliner. Je veux donc lui souhaiter bon vol et bonne mer, au milieu des épreuves qui l’attendent. Je suis convaincu qu’au-delà de nos possibles convergences, il y a quelque chose de plus grand qui nous réunit. C’est notre Pays : La Polynésie.

Je veux ici remercier, les milliers de personnes qui ont accordé leur confiance au Tahoeraa Huiraatira, et plus largement à tous les citoyens, qui en leur âme et conscience, ont participé au scrutin.

Nous avons tout fait pour faire gagner les idées et valeurs qui étaient les nôtres, celles notamment d’une Polynésie sociale pour l’Homme et donc, nécessairement libérale pour l’entreprise.

Contre toutes les forces qui nous étaient opposées et Dieu sait qu’elles étaient nombreuses coalisées, nous n’avons pas ménagés nos peines. Mais, nous n’avons pas réussi à convaincre une majorité de polynésiens. Dont acte.

Les hommes et les femmes, auxquels les électeurs polynésiens ont majoritairement confié la responsabilité de conduire les affaires, pour les cinq années à venir, rendront compte, devant le peuple, le moment venu. La nouvelle majorité le sait.

Elle le sait tout autant que c’est pleinement avec conscience qu’elle se verra très certainement confronté à une situation particulièrement difficile. En effet sur la contrainte planétaire marché qui nous composent aujourd’hui en Polynésie, une démocratie de marché

Composent aujourd’hui, en Polynésie, une « démocratie de marché ».

Leur dynamique promeut une idéologie individualiste, impliquant un droit absolu et illimité de changer d’avis, s’exerçant au-delà de toute morale.

Par leur publicité ou leur propagande ils incitent les divers acteurs de l’économie et de la politique, qu’il s’agisse des électeurs, des travailleurs, des usagers, ou des consommateurs, à ne pas se sentir liés par une parole donnée, par un choix, par des désaccords passés, par des contrats et par des loyautés…

Les polynésiens, quel que soit leur rang social, se sentent ainsi, de façon générale, de plus en plus libres de toute attache, loyaux seulement à l’égard d’eux-mêmes, mettant sans cesse aux enchères leurs sentiments, toujours disponibles pour plus, pour mieux, pour autre chose !

La déloyauté n’est plus considérée comme un symptôme de désordre. Au contraire, elle est partout revendiquée.

La politique en est le lieu privilégié d’expression !

Devant de telles dérives, notre société, longtemps cohérente et structurée est prise de vertiges.

Mais, où est le sens premier, inné, que chacun autrefois donnait à sa vie, ancrée dans une lignée, une tradition, un terroir, une culture.

Déçus, nombre d’hommes et de femmes succombent, ainsi, à la tentation du repli sur soi, ils s’abandonnent à leurs intérêts immédiats.

La délinquance grandit avec la montée de la précarité, la facilité l’emporte désormais l’effort, l’ambition personnel sur le destin collectif, l’opportunisme sur la fidélité.

L’écart se creuse jour après jour entre les plus jeune et les plus âgées, les premiers rejettent les vieilles certitudes tant dis que les seconds voit s’effriter les valeurs auxquels se raccrocher.

Le fossé entre les riches et les pauvres se creuse lui aussi devant cette déstructuration, les polynésiens s’accrochent à leur quête d’identité comme à une bouée de sauvetage alors que le temps s’accélère et se dramatise, s’installe chaque jour l’angoisse d’une perte de contrôle d’une des peurs ancestrales, la peur de l’immigration, peur du quotidien, peur de la maladie inexorablement le nombre de demande d’emploi augmente, les dépenses de santé et d’éducation progresse plus vite que la création de richesse, l’eau, les lagons et l’air se polluent et l’environnement se dégrade, le réchauffement climatique annonce la montée des eaux, la démographie celle du nombre. Tel est le monde aujourd’hui et ce que s’y annonce.

On aura compris que le défi qui sont les nôtres dépasse largement de la préservation de la douceur de vivre et qu’il s’agit bien d’éviter de se dissoudre, de se chercher à se prémunir, d’inventer un projet de société conciliant le besoin vitale, de sécurité et de dignité.

Et c’est parce que la Polynésie connait les aspirations d’une absence de futur peu à tout moment déchainé que le Tahoeraa Huiraatira à souhaiter osé, à souhaiter agir. Flosse, ayant été opportunément pour certains de nos adversaires rendu inéligible, j’ai à sa demande, conduit la liste du Tahoeraa Huiraatira pour ses élections Territoriales.

Il me revient donc l’honneur de porter ma candidature à l’élection du Président de la Polynésie française.

C’est dans ce contexte, que la Polynésie française va accueillir, dans quelques moments, son nouveau Président. C’est un choix démocratique, devant lequel il convient de s’incliner.

Quand bien même ma candidature a peu de chance de recueillir vos suffrages, puisque nous sommes désormais un groupe minoritaire de 11 élus et considéré de fait dans l’opposition, elle s’impose néanmoins comme un point final, au processus électoral, sans laquelle ce dernier ne serait pas complet.

Elle permet surtout à l’opposition, et c’est le seul espace qui lui reste désormais pour exister, de s’exprimer et de faire entendre son point de vue. Un point de vue qui diverge du concert de félicitations qui accompagne la victoire de toute majorité.

Nous serons dans ce cadre attentif à favoriser le débat même s’il est fort à parier, Notre présence ne se résumera pas à être une simple chambre d’enregistrement, même si notre assemblée s’apparentera malheureusement, je le crains, à une chambre d’enregistrement !

La victoire de la majorité est sans appel, le score est remarquable, je crois que cela doit être dit. Il faut bien reconnaître qu’avec 66.730 voix, le Tapura Huiraatira a bien réussi, mais à quel prix ?

Lorsque mon regard parcourt notre hémicycle et que je regarde tous ces visages, j’y vois ceux d’anciens compagnons de route, d’amis avec lesquels nous avons partagés les meilleurs et les pires moments, qui sont le lot de la politique, avec lesquels nous avons refait le monde, réinventé notre Polynésie. Chacun de nous lui doit quelque chose, ce qui n’enlève rien à la part que chacun lui a apporté.

On vous voyant tous ce matin, amis, anciens amis devenus adversaire, mes pensées vont vers cet homme que nous connaissons tous et que donc il aurait été juste et légitime qu’il soit devant nous, devant vous aujourd’hui !

Voyez-vous, je crois Mesdames et messieurs, il y a une grande misère dans les hommes en ce qui concerne et qui savent si bien et due et savent si peu ce qu’ils doivent aux autres !

Le Tahoeraa Huiraatira demeure un grand parti reste un grand parti, qui présida aux destinées de notre beau Pays. La Polynésie d’aujourd’hui nous la voulons aussi au Tahoeraa Huiraatira,

Il jeta les fondements de notre autonomie et de notre émancipation, sans rupture avec la France et la plupart d’entre nous ici présents, sont issus de son école.

 Je ne ferais pas un long discours sur la situation de notre Pays, je l’ai d’une certaine manière déjà évoquée lors de mon allocution ! Notre pays ne va pas bien et vous me pardonnerez, monsieur Fritch, de ne pas partager l’optimisme que vous avez affiché durant cette campagne et que vous allez probablement nous redire dans un instant. Je ne saurai trop vous inviter à rester lucide et à ne pas voir dans ce résultat des urnes, un satisfecit aveugle.

En réalité, les électeurs ont souhaité la stabilité. Mais, ils n’ont pas cautionné, pour autant, votre bilan, ni votre immobilisme. Entre nous, que retiendront les Polynésiens, des cinq dernières années sous votre gouvernance ?

On ne saurait trop rappeler, également, que votre victoire est aussi celle des Maires, qui occupent les positions éligibles et dont vous avez su, vous garantir utilement les fidélités. Plus que votre bilan, se sont les Maires qui ont fait la différence.

Ne m’en veuillez pas, monsieur le Président, si je dis que votre élection est un vote par défaut.

Je rappelle que près de la moitié des électeurs ne s’est pas exprimée, avec 68.511 abstentionnistes, soit plus que d’électeurs qui ont voté pour vous.

L’abstention est en réalité la grande gagnante de ces élections et ce chiffre qui va croissant, d’élection en élection, doit nous interpeller tous.

Au final, sur 206.496 électeurs inscrits, le score de la majorité actuelle représente un tiers du corps électoral, comme ce fut notre cas en 2013.

Ce n’est donc pas un plébiscite, même si le Tapura Huiraatira peut s’enorgueillir d’être arrivé en tête, loin devant les autres.

Car aujourd’hui, les problèmes sont les mêmes qu’hier. Aucune solution réelle n’a été apportée à la crise de l’emploi. La misère qui gagne du terrain.

Dans sa dernière note expresse relative à la situation économique de notre pays, l’IEOM observe, je cite, « une situation propice à la création d’emploi ». Ces améliorations, que nous ne nions pas, sont toutefois loin du compte, il me semble que vous êtes loin de répondre aux attentes de nos concitoyens, qui galèrent toujours par milliers, par dizaines de milliers, dans la pauvreté et le chômage.

Il va vous falloir faire vite, pour répondre à leurs attentes, car vous n’aurez pas d’état de grâce. Vous êtes dans la continuité de votre inaction, vous allez représenter, devant notre assemblée, une réforme essentielle, celle de la PSG, devenue nécessaire et qui n’a que trop tardée ! Or, les fondements de votre loi de Pays ont largement été contestés dans la rue.

Si, par malheur, ce que vous avez envisagé était appliqué, ne vous étonnez pas des conséquences catastrophiques, qui pourraient résulter de votre entêtement, de votre obstination.

Ce passage en force rien ne l’empêchera, puisque vous avez une majorité docile pour l’approuver ! vous savez comme moi que la seule et véritable réponse, celle qui préserve l’avenir et les avantages acquis pour ceux qui ont cotisé durant toute une vie de labeur réside dans la création d’emploi durable et là l’une des richesses du développement économique et des grands chantiers ainsi comme l’avait prévu le Tahoeraa Huiraatira dans son programme de 2013.

Mais, rassurez-vous, chers collègues, le Tahoera’a Huira’atira ne fera pas d’obstruction. Il vous laissera gouverner et travailler, tant que les textes que vous présenterez, iront dans l’intérêt de nos populations.

Notre opposition sera constructive. Le Tahoera’a Huira’atira et les élus qui le composent ici à l’Assemblée, entendent se mettre au service du bien commun.

Nous resterons des sentinelles vigilantes. Nous soutiendrons les propositions qui soutiendront les plus faibles de notre société, étudierons dans l’intérêt général. Nous formulerons des objections et nous proposerons des amendements à celles que nous estimons devoir améliorer. Nous combattrons celles que nous considérons être contraires aux intérêts de nos concitoyens.

Observateurs attentifs et constructifs, nous nous donnons rendez-vous dans cinq ans.

Encore une fois, bon vol et bonne mer monsieur le Président.

Je vous remercie.

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4 pensées sur “Le 6 mai 2018, un « vote par défaut » pour Geffry Salmon

  • 19 mai 2018 à 17 h 21 min
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    « Je veux donc lui souhaiter bon vol et bonne merde…. En effet sur la contrainte planétaire marché qui nous composent aujourd’hui en Polynésie, une démocratie de marché… Composent aujourd’hui, en Polynésie, une « démocratie de marché »… Voyez-vous, je crois Mesdames et messieurs, il y a une grande misère dans les hommes en ce qui concerne et qui savent si bien et due et savent si peu ce qu’ils doivent aux autres ! »

    C’est quoi, ce charabia ?

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  • 19 mai 2018 à 22 h 25 min
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    Extrait du discours de Jeffry Salmon (publié en haut):
    >>La Polynésie française, dans quelques moments, accueillera son nouveau Président. C’est un choix démocratique devant lequel il convient de s’incliner. Je veux donc lui souhaiter bon vol et bonne merde,<<
    Si Jeffry Salmon a vraiement dit cette phrase, je me demande vraiement, dans quel pays nous vivons…
    Si Jeffry Salmon voulait dire "bon vol et bonne mer", je me demande à quel école il a fait ses études…
    Dans notre pays on dit "bon vent et bonne mer"!

    Répondre
  • 19 mai 2018 à 22 h 25 min
    Permalink

    Extrait du discours de Jeffry Salmon (publié en haut):
    >>La Polynésie française, dans quelques moments, accueillera son nouveau Président. C’est un choix démocratique devant lequel il convient de s’incliner. Je veux donc lui souhaiter bon vol et bonne merde,<<
    Si Jeffry Salmon a vraiement dit cette phrase, je me demande vraiement, dans quel pays nous vivons…
    Si Jeffry Salmon voulait dire "bon vol et bonne mer", je me demande à quel école il a fait ses études…
    Dans notre pays on dit "bon vent et bonne mer"!

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  • 20 mai 2018 à 3 h 01 min
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    « Entre nous, que retiendront les Polynésiens, des cinq dernières années sous votre gouvernance ? »
    sans doute sous-entend-t-il : RIEN …
    Je lui retourne gentiment cette question : « Qu’ont’ils retenu les Polynésiens, de 2004 à 2014 ??? » :
    BEAUCOUP DE SOUFFRANCES GENEREES PAR TOUTES LES FOMENTATIONS ORGANISEES PAR GASTON FLOSSE !!!!

    Ce sont ces 10 années de souffrances que les Polynésiens ont retenus et n’ont pas souhaité revivre en votant une STABILITE LA PLUS FORTE, UN NOUVEAU MODE DE GOUVERNANCE, UNE VERITABLE PAIX (PAS CELLE FAUSSE DU 07/07/07) …

    C’EST TOUT VERITABLEMENT UN VOTE DE RAISON !!! ET NON UN VOTE PAR DEFAUT comme le prétend Geffry SALMON … un minimum d’honnêteté intellectuelle !!!

    Si nous aimons notre Nunaa … Si nous aimons notre Fenua … il n’y a plus de temps à perdre, on en a assez perdu … nous devons tous soutenir ce gouvernement élu par le Nunaa afin qu’il réussisse pour le grand bien de ce Nunaa et particulièrement de ce Nunaa qui a tant souffert et qui souffre encore depuis 2004 …

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