Le compte administratif 2015 du CHPf à la loupe des élus de l’assemblée

La représentante marquisienne du Tapura huiraatira à l’assemblée de la Polynésie française, Jeanine Tata, a livré son analyse du compte administratif 2015 du Centre hospitalier de Taaone, ce matin à Tarahoi.

Chers collègues,

Les apparences sont parfois trompeuses…

Il en va ainsi du compte administratif 2015 du Centre hospitalier de la Polynésie française et de ses budgets annexes soumis à l’approbation de notre assemblée.

A première vue, le tableau semble plutôt flatteur. En effet, il résulte du fonctionnement des entités concernées que seulement deux résultats sur sept sont légèrement déficitaires, à savoir : l’incinérateur de Nivee pour 6 millions 865 mille 600 francs et l’Ecole de Sages-femmes pour un peu plus de 2 millions de francs pacifique correspondant dans ce cas précis à un simple rattrapage de salaire.

S’agissant du navire amiral, je veux parler du CHPf, qui concentre à lui seul 80% de l’offre de soins dans notre pays, il a dégagé en 2015 une marge bénéficiaire de 70 millions 344 mille 235 francs. Faut-il s’en réjouir ? Pas si sûr…

D’abord, parce que ce résultat est bien inférieur à celui des années 2013 et 1014 où l’on avait comptabilisé un résultat respectif de 886 et 673 millions de Fcfp. A défaut de pouvoir emprunter, ce matelas peut s’avérer utile pour renouveler des équipements médicaux parfois très coûteux. Mais surtout, si l’on rapporte les 70 millions au chiffre d’affaires de 21 milliards, le ratio de 0,3% est plus que marginal. En tous cas, bien en deça de la norme attendue dans une entreprise privée pour le versement de dividendes.

Voilà pour une rapide analyse comptable où, visiblement, les marges de manœuvre sont de plus en plus faibles.

Il faut dire que l’hôpital général enregistre, encore en 2015, une activité soutenue dans l’ensemble des secteurs pour un total de 467 476 consultations. Une véritable « usine », passez-moi l’expression, qui doit cependant veiller à garantir une bonne qualité de soins et d’accueil des patients.

Si le taux moyen d’occupation du CHPf à hauteur de 82% est conforme aux recommandations en vigueur pour ce type d’établissement, en revanche, quatre départements sont six tournent à flux tendu avec, pour conséquence, des difficultés d’obtenir de la place.

Aussi, nous ne sommes pas surpris d’apprendre que c’est le service d’oncologie qui décroche la palme de la « surchauffe » avec un taux d’occupation de 153% et des consultations en hausse de 61% en quatre ans.

Avec ou sans les conséquences des expérimentations nucléaires, la Polynésie n’échappe malheureusement pas au fléau mondial du cancer, principalement celui du sein pour les femmes et de la prostate pour les hommes. D’où les moyens mis en œuvre durant l’année 2015 avec l’ajout courant mai de huit lits supplémentaires en hospitalisation complète ainsi que la constitution en août d’une équipe mobile de soins palliatifs.

Par ailleurs, à la suite des annonces faites ici même par le président de la République, François Hollande, une nouvelle convention liant l’hôpital du Taaone au CHU de Bordeaux est en gestation. Elle devrait se traduire par une amélioration non négligeable des conditions de recrutement d’internes.

Les départements de la dialyse et de la psychiatrie font également l’objet de toutes les attentions. Dans le premier, le nombre de patients traités en en baisse de 12%, principalement du fait des greffes rénales qui constituent l’une des dernières avancées médicales majeures dans notre pays.

Et puis, il y a les sujets récurrents, en l’occurrence celui des Urgences où l’attente d’une prise en charge serait toujours plus longue. Méfions-nous des « on dit » ou des jugements tout faits. Ce qui n’empêche pas les responsables de se remettre en cause avec le projet en cours de réorganisation du service afin d’identifier en amont les cas les plus sérieux. Car, nous le savons tous, le problème est ailleurs : les gens viennent plus facilement à l’hôpital car il n’y a pas besoin de payer !

Tout ça pour dire que le Centre hospitalier de la Polynésie nous renvoie cruellement à l’image de notre société et de son état général de santé. Face à une population vieillissante et à la montée en puissance des pathologies dites « comportementales », les moyens doivent être au rendez-vous.

Or, une fois de plus, la représentation territoriale a été alertée par les difficultés actuelles de gestion courante auquel est confronté l’établissement du Taaone.

La différence avec les exercices antérieurs (2012, 2013 et 2014), c’est que le CHPf a pu obtenir de la part du Pays des avances en trésorerie pour un montant global d’environ 3 milliards de francs pacifique. En 2015, l’établissement a même rempli ses obligations en remboursant 1 milliard. Mais malgré le retour de l’Etat au financement du Régime de solidarité – soit 1,4 milliard par an versé en deux tranches – la situation de trésorerie reste des plus précaires.

Selon les informations qui nous ont été communiquées en commission au moment de l’examen du dossier, le 19 septembre dernier, le restant dû, au titre de 2016, pour le RSPF, dépassait les 3 milliards de Fcfp, sans compter les 290 millions provenant du régime des non-salariés. Mais peut-être la situation a-t-elle évolué depuis ?

Plus préoccupant encore, les dettes fournisseurs enflaient dangereusement. Elles sont estimées à 1,5 milliard dont 604 millions très exactement de charges à caractère médical. Rien que les factures EDT, elles n’ont pas été honorées depuis le mois d’avril. Alors même que nous sommes dans l’attente de voir sortir de terre le fameux projet Swac susceptible de faire économiser à l’établissement près d’un tiers du coût global annuel. Il en va de même pour plusieurs contrats de maintenance comme avec Newrest par exemple.

Seule certitude et non des moindres, c’est que les salaires, hors charges sociales, seront assurés d’ici à la fin de l’année, ce qui représente globalement 750 millions par mois.

Voilà donc mes chers collègues le tableau pas très idyllique que je souhaitais dresser devant vous, en toute objectivité, mais consciente également que tout est fait, avec les moyens dont nous disposons, pour garantir à notre hôpital un niveau de fonctionnement optimum.

Je vous remercie de votre attention.

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