Macron va rendre l’acte de possession de la Nouvelle-Calédonie

A quelques mois du referendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, lequel devrait être gagné par les partisans du maintien dans la France, les leaders indépendantistes demandaient un « geste fort » du Président de a République : Emmanuel Macron a décidé de rendre aux Calédoniens l’acte de possession unilatéral de 1853. Symbole.

Stanislas Cazelles et Stéphane Sejourné n’auront pas chômé. Depuis l’Elysée, voici plusieurs semaines que le conseiller à l’outre-mer et le conseiller politique du Président de la République préparent la visite d’Emmanuel Macron dans le Pacifique : en Australie d’abord, en Nouvelle-Calédonie ensuite. Avant leur voyage sur place il y a quelques jours, les « sherpas » du président n’ont donc pas manqué de s’entretenir avec tous les experts du dossier ainsi qu’avec les principaux leaders politiques du territoire. Les uns après les autres, ils ont en effet tous été tenus au courant de la teneur du discours du Chef de l’Etat mais aussi des différents gestes symboliques que celui-ci entend effectuer dans la perspective de la tenue du référendum d’autodétermination. Et si, à Paris, les responsables du dossier nient toute corrélation avec les évènements qui se sont déroulés autour d’autres scrutins de ce type – notamment l’échec du référendum en Catalogne – l’Etat macronien entend bien réussir cette étape électorale, quitte à bousculer les lignes. Pour se faire, l’Elysée va enchaîner les séquences symboliques de façon à (surtout) contenter les leaders indépendantistes et plus généralement le monde kanak. L’objectif étant de créer un climat politique serein afin de rendre les résultats du futur scrutin « sincères », de sorte à ce que personne au sein du FLNKS ne les conteste au lendemain du vote.

Redonner aux Calédoniens les clés de leur souveraineté

Au début du mois, Daniel Goa, le porte-parole du FLNKS, avait demandé au nom des indépendantistes un « geste fort » de la part du Président de la République, suivi plus tard par des responsables coutumiers. D’un autre côté, tous les leaders loyalistes ont fait savoir qu’ils attendaient du Chef de l’Etat qu’il déclare officiellement sa préférence personnelle quant à l’avenir de la Nouvelle-Calédonie : que celui-ci soit au sein de la République ou dans l’indépendance. Une position que le Chef de l’Etat ne prendra pourtant pas, affirme-t-on du côté de l’Elysée. Partisan du désormais célèbre « En même temps », Emmanuel Macron ne se serait donc pas donné, cette fois-ci, pour ambition de contenter tout le monde. C’est ainsi que s’agissant du « geste fort », l’Elysée a annoncé que, durant sa visite, Emmanuel Macron remettra solennellement au gouvernement collégial calédonien l’acte de possession par la France de la Nouvelle-Calédonie de 1853. Le geste, naturellement vu de façon bienveillante par les indépendantistes et de façon quasi-neutre par les non-indépendantistes, devra symboliquement montrer que, d’une part, le « temps des actes unilatéral est révolu » et que, d’autre part, la France redonne aux Calédoniens le choix de leur souveraineté puisque « les Calédoniens ont maintenant leur destin en main », affirme l’Elysée. Lors du référendum du 4 novembre prochain, ces derniers pourront en effet choisir librement de rester dans la France ou choisir de la quitter. Un droit constitutionnel qu’aucun autre territoire ou population ne détient au sein de la République Française.

Histoire, symboles et contacts

S’agissant de l’acte en lui-même, il était jusque-là précieusement conservé au service des Archives Nationales d’Outre-mer. Signé le 24 septembre 1853 par le contre-Amiral Febvrier-Despointes, il marque quatre-vingt ans après la découverte de l’archipel par James Cook l’annexion de la Nouvelle-Calédonie à la France sur ordre de l’Empereur Napoléon III. Au-delà de contrecarrer les volontés d’expansion de l’Angleterre dans le pacifique, il s’agissait à cette époque pour la France de répondre à un besoin pressant : celui de trouver une nouvelle terre pénitentiaire éloignée de l’Europe et disposant d’un climat plus clément que celui de la Guyane. Le document d’une page, âgé de 165 ans, outre les signatures des officiels, ne comprend en tout et pour tout qu’une dizaine de lignes :

“Mille huit cents cinquante-trois à trois heure de l’après-midi.
Je soussigné auguste Febrier Despointes contre amirale commandant en chef la force navale française dans la mer pacifique, agissant d’après les ordres de mon gouvernement, déclare prendre possession de l’île de la Nouvelle-Calédonie et de ses dépendances au nom de sa Majesté Napoléon III, empereur des français.
En conséquence, le pavillon français est arboré sur la dite ile Nouvelle-Calédonie qui à compter de ce jour, 24 septembre 1853 devint, ainsi que ses dépendances, colonies françaises.
La prise de possession est faite en présence de messieurs les officiers de la corvette à vapeur, le Phoque et en présence des missionnaires français qui ont signé avec nous. Fait à terre, à Balade Nouvelle-Calédonie, les heures, jour, mois et an que dessus. (Extrait de l’acte de possession du 24 septembre 1853) “

C’est ainsi que l’un des temps forts de la visite présidentielle aura lieu le 5 mai prochain à Nouméa, au centre culturel Jean-Marie Tjibaou : avant son discours en fin d’après-midi, Emmanuel Macron remettra alors solennellement au président du gouvernement local l’acte de possession par la France. Le document sera ensuite la propriété de la Nouvelle-Calédonie et vraisemblablement exposé dans un lieu public. Un geste qui suivra son déplacement sur Ouvéa le matin même. Preuve que la méthode Macron ne transige pas en la matière, malgré les conseils des services de renseignement qui auraient préféré éviter que le Chef de l’Etat ne se rende sur l’île et malgré les critiques de certains indépendantistes (notamment habitants de l’île) outrés par sa venue, le Président de la République a décidé de se rendre tout de même à Ouvéa à l’occasion des trente ans du drame. Il doit, là-bas, participer à une cérémonie commémorative à la gendarmerie de Fayaoué et se recueillir au mémorial dédié aux militaires et aux militants kanak morts en 1988 durant la tragique prise d’otage, ainsi qu’à celui rappelant les assassinats le 4 mai 1989 des leaders indépendantistes Jean-Marie Djibaou et Yeiwéné Yeiwéné. Fidèle à l’image d’autorité qu’il entend construire, nul doute qu’Emmanuel Macron ira, comme il le fait souvent, au-devant de ceux qui pourraient alors l’apostropher. Selon l’Elysée, le Chef de l’Etat se veut en effet sur le caillou : “passeur d’histoire et de mémoire”. Vaste programme !

Source: www.caledosphere.com

 

 

Télécharger l'article en PDF

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En naviguant sur notre site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer une navigation optimale et nous permettre de réaliser des statistiques de visites. En savoir +

The cookie settings on this website are set to "allow cookies" to give you the best browsing experience possible. If you continue to use this website without changing your cookie settings or you click "Accept" below then you are consenting to this.

Close