Nicole Bouteau à propos de French Blue: « Oui, nous sommes en capacité d’accueillir 10% de flux touristique supplémentaire en 2018 »

En réponse à la question orale posée ce matin dans l’hémicycle de Tarahoi, s’agissant de l’arrivée prochaine de French Blue dans le paysage aérien polynésien, la ministre du Tourisme, Nicole Bouteau, a fourni de nombreux éléments d’information à la représentation territoriale.

Monsieur le Représentant,

Pour répondre à vos questionnements, le Pays a bien été sollicité par la compagnie French Blue, pour une demande d’exploitation de services réguliers de passagers, frets et courriers, sur la ligne Papeete/San Francisco ; le tronçon Paris/San Francisco étant du ressort de l’Etat.

Vous nous interpelez, en indiquant que la politique tarifaire de cette compagnie défie l’entendement. Vous vous inquiétez de l’impact de cette nouvelle offre, de cette concurrence, pour les compagnies qui assurent actuellement la liaison entre Papeete et Paris, à savoir Air France et Air Tahiti Nui. Vous vous interrogez sur la capacité réceptive de notre destination, et sur l’équilibre actuel existant entre l’offre de sièges dans l’aérien et l’offre de chambres en hôtellerie classée.

Sur cette première partie de votre question, French Blue, souhaite en effet exploiter, à partir de mai 2018 deux vols hebdomadaires depuis Paris Orly vers Tahiti, via San-Francisco. Une troisième fréquence est envisagée, en haute saison, de mi-juin à fin août. Les vols seront opérés en partage de code avec Air Caraïbes, au moyen d’aéronefs de type A350 (411 sièges, dont 35 Premium Eco et 376 Economique) et A330 (378 sièges, dont 28 Eco Premium et 350 Economique).

Il s’agira du troisième opérateur entre l’hexagone et la Polynésie, avec Air Tahiti Nui qui représente aujourd’hui 63% de parts de marché, et Air France, qui achemine les 37% restant. En 2016, toujours sur cette ligne, nous avions quasiment 243 000 sièges offerts. Les taux moyens de remplissage avoisinent les 90% pour Air France, et dépassent les 80% pour Air Tahiti Nui sur cette ligne.

L’offre de French Blue, pour 2018, représenterait une augmentation de moins de 30% avec 66 000 sièges. Les prévisions qui nous ont été transmises par la compagnie font état de 22 000 passagers A/R transportés pour 2018, et 34 000 en année pleine en 2019. Soit une augmentation maximale prévisionnelle, pour 2018, de l’ordre de 10% du nombre de touristes, et de l’ordre de 17% en 2019 par rapport à aujourd’hui. Il s’agit là, vous en conviendrez, d’une opportunité notable d’accroissement du flux touristique, sans constituer non plus une vague subite et démesurée.

S’agissant de la politique tarifaire, French Blue annonce un prix d’appel qui se situerait à 20% en dessous du tarif actuel des compagnies existantes. La compagnie propose par ailleurs un tarif « à la carte », en fonction des options et des services souhaités par le passager. Les dirigeants de French Blue qualifient eux-mêmes leur compagnie non pas de « low cost » mais de « smart cost ».

Sur la pertinence et l’opportunité que constitue le positionnement de cette nouvelle compagnie sur la Polynésie, sachez que dès le dépôt de la demande d’autorisation déposée par French Blue, j’ai organisé une série de consultations. J’ai ainsi rencontré les représentants les plus représentatifs du secteur touristique polynésien (Hôtellerie classée, Hôtellerie familiale, Agences de voyages et agences réceptives, Transport aérien domestique) ainsi que le MEDEF et la CPME. Ils sont unanimement favorables à la venue  de French Blue.

J’ai également entendu Air France et Air Tahiti Nui qui considèrent French Blue comme un concurrent sérieux. C’est vrai que ce nouvel entrant va provoquer une mise en tension des 2 compagnies desservant actuellement cette ligne.

Le marché le plus exposé étant le marché hexagonal, où French Blue est déjà positionné — avec le soutien notable d’Air Caraïbes. C’est donc sur ce marché que les efforts de croissance devront se concentrer dans un premier temps.

Sur le marché américain, il va falloir un peu de temps pour que cette nouvelle compagnie intègre un réseau de commercialisation et un réseau d’alliances aériennes et de code-share, dont disposent déjà Air Tahiti Nui avec notamment la force de frappe du réseau American Airlines et Air France grâce à son alliance puissante avec Delta Airlines et Delta Vacations.

Le choix de French Blue de desservir la Polynésie via San Francisco permettra une diversification des marchés sources et nous pensons, à ce sujet, au nord-ouest des Etats-Unis et au marché Canadien qui représente un potentiel de croissance avéré à moyen terme.

Sur la clientèle, vous l’avez également évoqué, une compagnie proposant un tarif plus bas devrait attirer de nouveaux venus. En dehors du flux familial et affinitaire, cette nouvelle clientèle devrait donc majoritairement s’orienter vers de la petite et moyenne hôtellerie (2 à 3 étoiles et les pensions de famille), voire vers des types d’hébergements alternatifs, comme les meublés du tourisme et les locations saisonnières de type AirBnB qui se développent également.

Votre question sur nos capacités d’hébergement trouve donc une réponse. Oui, nous sommes en capacité d’accueillir 10% de flux touristique supplémentaire en 2018, parce que nous sommes sur des segments de clientèle différents, des circuits de commercialisation différents, et un positionnement différent. L’enjeu tient aussi en notre capacité à disperser ses flux tout en permettant l’évolution de notre offre hôtelière. Nous soutenons aussi les pensions de famille dans ce nouveau défi, au travers d’un programme d’accompagnement qui vise à renforcer leur capacité à accueillir, comme il se doit, cette clientèle supplémentaire.

S’agissant de Air Tahiti Nui, est-ce que cette arrivée bouleverse leur stratégie ? C’est une évidence. 

Est-ce que cette nouvelle concurrence représente un défi supplémentaire pour ces équipes ? Oui, c’est un fait.

Est-ce que Air Tahiti Nui saura adapter sa stratégie ? Je n’en doute pas.

Vous avez tous pu entendre récemment les propos du PDG de la compagnie au journal télévisé de TNTV qui indiquait qu’Air Tahiti Nui se préparait à l’arrivée de French Blue et que la compagnie était tout à fait armée pour résister. La stratégie qu’elle propose de déployer sera d’ailleurs très prochainement présentée au conseil d’administration.

Nous avons confiance dans les femmes et les hommes qui sont au cœur d’Air Tahiti Nui, le personnel et les dirigeants. Nous connaissons leur détermination, leur professionnalisme. ATN est une compagnie d’excellence, elle continuera de l’être. C’est par l’excellence, reconnue, récompensée maintes fois, qu’elle continuera à accompagner le Pays dans sa volonté de développement et de croissance économique et touristique.

Je voudrais ajouter que refuser l’accès d’une nouvelle compagnie à notre destination, au prétexte qu’elle viendrait bouleverser et bousculer « notre » compagnie, serait un très mauvais signal envoyé à l’industrie du tourisme, aux investisseurs, à l’international. Cela signifierait que nous nous satisfaisons de ce que certains qualifient de « bulle de confort ». Ce n’est en tout cas pas le signal que notre gouvernement souhaite envoyer.  

Je voudrais terminer mon propos sur la seconde partie de votre intervention car, Monsieur Geros, je trouve que vous allez très, trop loin en agitant l’épouvantail du péril extérieur qui menace notre Pays.

Sur votre question concernant une convention liant le Pays avec la compagnie aérienne, je vous la retourne Monsieur le Représentant. La Polynésie a-t-elle signé des conventions avec Air New Zealand, Hawaian Air Lines, Latam, Air Calin, ou même avec Air France ? Jamais ! Mais selon vous il faudrait le faire avec French Blue ? Parce que vous en avez peur ? Parce que vous n’aimez pas ce qui est nouveau ? Parce qu’elle vient de France ?

Vous nous dites que les « ressortissants nationaux » devraient être « contrôlés » par des mesures administratives exceptionnelles — uniquement ceux de French Blue, pas ceux qui sont transportés par ATN ou Air France ? Il faut, à vous entendre, qu’ils soient fichés. Il leur faudrait des garants, des surveillants individuels. Ce sont vos mots. Il faudrait un « registre de domiciliation ». Et pourquoi pas un tatouage au poignet. Une puce électronique. Un suivi permanent. Et puis quoi encore ? Big Brother, jusqu’où souhaitez vous emmener ce Pays ? Accepteriez-vous que de telles mesures nous soient appliquées lors de notre entrée sur le sol d’autres territoires français ou en Métropole ? On va où, là ?

Vos questions sont édifiantes, leur tournure reflète un état d’esprit que je n’ose qualifier.

Alors oui, Monsieur le Représentant, nous organisons et continuerons d’organiser la croissance touristique et la croissance économique de notre Pays, pour que notre Population puisse en bénéficier, pour que l’emploi continu de se développer.

Nos visiteurs, nos Manihini, ont toujours été accueillis avec chaleur et ils ne cesseront de l’être. Qu’ils descendent d’un avion bleu tiare ou blue frenchie.

Ia ora na, Manava e Maeva — les mots ont un sens, Monsieur Géros.

Te aroha ia rahi.

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Une pensée sur “Nicole Bouteau à propos de French Blue: « Oui, nous sommes en capacité d’accueillir 10% de flux touristique supplémentaire en 2018 »

  • 10 novembre 2017 à 10 h 44 min
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    Voilà une belle réponse à l’encontre de Mr Geros. Ce qu’il a dit à l’assemblée est totalement inacceptable et d’ailleurs la justice devrait le poursuivre pour incitation à la haine raciale. Quand serons nous débarrassé de cette bande d’incapable de l’upld qui ne pense qu’à réduire notre fenua à la misère et non pas à chercher son développement.

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