Nucléaire: la réponse de l’association 193 au président Fritch

Dans un droit de réponse que nous publions ci-dessous, l’Association 193 donne la réplique à la lettre ouverte du président de la Polynésie française, en date du 28 juin 2016.

Monsieur le Président, En réponse à votre lettre ouverte du 28 juin 2016, l’Association 193 se réjouit de pouvoir enfin vous lire, et ne voit aucun inconvénient à ce que ce moyen de communication soit celui retenu pour une bonne avancée de ce dossier complexe du Fait nucléaire au Fenua qui nous concerne tous, et permettrait par ailleurs, une transparence des plus large possible vis-à-vis de nos populations, ligne de conduite que l’Association nourrit depuis sa création ; à ce titre, et par respect pour nos anciens, peut être qu’une traduction dans notre langue maternelle serait à envisager ?

Pour en venir à vos propos, vous introduisez votre lettre en rappelant qu’avant l’existence de l’association, bien d’autres se sont battus et ce durant de nombreuses années, pour une prise de conscience des conséquences négatives des essais nucléaires. Sur ce point, nous vous rejoignons puisqu’à aucun moment, nous nous sommes appropriés cette problématique, et que bien au contraire, partout où la situation se présente, nous ne manquons pas de remercier le Tavini Huiraatira et notamment son président, l’Eglise Protestante Maohi, et il en est de même pour ce qui concerne l’association Moruroa e tatou, avec qui nous avons signé une convention de partenariat le 02 juillet 2015 et que depuis, nous travaillons en étroite collaboration. Cependant, et nous assumons ce qui suit, nous émettons une réserve sur les objectifs de l’association Tamarii Moruroa, considérant ses fréquentes oppositions à celles de Moruroa e tatou et par ailleurs, s’était prononcée contre la présence de l’Association 193 au sein de la Commission consultative de suivi des conséquences des essais nucléaires (CIVEN).

Vous poursuivez votre lettre en évoquant des points auxquels, un droit de réponse s’impose comme dans toute Démocratie qui se respecte, et que nous formulons avec des recoupements chronologiques entre ceux-ci et les propos tenus par le président du conseil d’administration de notre association, Père Auguste Uebe-Carlson qui vous auraient réellement choqués, pour vous citer, notamment sur le silence étonnant des élus et du Gouvernement, et que nos demandes de rencontres sont restées lettres mortes.

Alors que cette demande recense aujourd’hui plus de 43000 signataires, vous nous voyez surpris que votre lettre l’aborde de manière très succincte en n’y consacrant un peu moins de 5 lignes, ce qui pourrait tendre à asseoir notre déduction du faible intérêt que vous portez à l’appel du peuple polynésien, avec pour simple conclusion, que l’Etat a bien une responsabilité en ce qui concerne les conséquences sanitaires, environnementales et sociales. Et là nous vous disons : Mais encore ? Sur ce point, et pour étayer les propos de notre président du conseil d’administration, lorsque, en sa qualité de porte-parole du millier de membres actifs des 43 sections de l’association, conforté par les 43000 signataires, tous conscients des freins connus à ce jour dus notamment à la complexité politique du sujet, il soulignait le 27 juin lors du journal télévisé sur Polynésie 1ère, le silence du Gouvernement, un rappel des faits paraît utile.

Depuis le 02 février 2016, journée de la Marche populaire durant laquelle, l’association 193, par courrier co-signé avec l’association Moruroa e tatou et la WILF, remettait copies des 27 000 signatures recueillies, aux autorités locales à savoir, l’Assemblée de la Polynésie française, et vousmême en votre qualité de président de la Polynésie française, représenté par deux de vos ministres, celui en charge de la Santé et celui en charge de l’Environnement, nous avons pu constater, un silence du gouvernement, à l’exception des propos tenus par le ministre en charge de l’Environnement, qualifiant notre démarche comme pouvant stigmatiser la population. Hormis cela, pas un seul signe ni un seul courrier accusant réception des 27000 signatures, si ce n’est que lors d’une de vos interviews sur Radio 1 en date du 26 février, vous disiez : « sur les demandes de l’association 193 notamment sur la mise en place d’un referendum. « Je n’ai jamais vu un référendum avec deux questions (…). Vous avez aussi des personnes qui se battent aujourd’hui contre les conséquences des essais nucléaires et on n’a pas besoin d’aller faire signer un papier ». Voilà apparemment à quoi vous associez la pétition et les signatures des 43000 Polynésiens, dont plusieurs dizaines de tavana, élus de l’Assemblée, et des ministres de votre Gouvernement ont signé un papier! Pour faire court, l’Histoire politique de ce Pays retiendra que le Gouvernement actuel a, d’une manière ou d’une autre, géré une pétition en faisant déjà son choix, celui de faire croire que le Nucléaire, c’est du passé et que tout va bien. !

La Loi Morin comme sus évoqué, une de nos revendications, porte sur l’inefficacité de la Loi Morin avec une demande d’une profonde modification voire radicale, de celle-ci. Par invitation électronique en date du 13 mai, et dans le cadre de la préparation de votre déplacement à Paris pour un point de situation sur les annonces faites par le Président de la République, vous avez convié les associations militant contre le nucléaire, à un déjeuner de travail, le 17 mai. Par conviction de pouvoir œuvrer ensemble, citoyens et politiques, sur ce dossier complexe qui nécessite l’adhésion de toutes les forces vives du Fenua, nous avons répondu favorablement à votre invitation, et pour éviter tout quiproquo, nous tenons à vous faire remarquer que contrairement à ce que vous écrivez dans votre lettre ouverte, ce n’est pas vous qui avez répondu à une de nos demandes, mais nous qui avons répondu à la vôtre ! En ce qui concerne la teneur de la rencontre, nous émettons des réserves sur l’objectivité de celle-ci, car des positions semblaient déjà arrêtées et qu’il n’a pas été simple pour ne pas dire possible, de faire réentendre nos revendications et ressentis. !

La demande de subvention de fonctionnement au titre de 2016, nous semble pleinement justifiée et légitime, car contrairement à une campagne politique, est de mise l’intérêt commun et non d’un parti, et quand bien même chacun de nous, membres bénévoles, nous y mettons du bon cœur et de la conviction, la participation financière du Pays semble évidente, considérant les dépenses qu’engendre la sensibilisation des différentes générations de notre peuple des cinq archipels sur, les conséquences de ces 193 essais nucléaires et que le Fait nucléaire au Fenua doit être reconnu d’intérêt général ! Lassociation 193 vous a transmis le 1er avril 2016, une demande de subvention d’un montant d’1 500 000 F représentant un ratio qui nous semble raisonnable considérant ce qui se pratique par ailleurs, de 18% de son budget prévisionnel annuel, avec pour principales dépenses, des frais liés au volet Communication et aux déplacements, dans le respect des objectifs sus cités. Par le biais de votre lettre ouverte, vous clamez tout haut que vous avez répondu favorablement à notre demande de subvention à concurrence d’1 million et là, à notre tour de clamer tout haut : mensonge ! Car, sans réponse à notre courrier transmis comme évoqué tantôt, une relance électronique vous a été adressée par le biais d’un de vos collaborateurs en date du 09 mai, avec une sollicitation d’une réponse écrite sur la suite réservée. Or, au 28 juin (date de votre lettre ouverte), aucune correspondance en ce sens n’a été réceptionnée à notre boîte postale, tout comme aucun courrier électronique ne nous a été adressé à ce jour. Aussi, comment ne pas y voir une manœuvre politique, pour reprendre l’esprit d’un passage de votre lettre, et un dédain de votre part, lorsque vous utilisez les réseaux pour nous annoncer cette aide financière légitime, alors que certains, se voit notifier en bonne et due forme administrative, doublée d’une annonce médiatique au sortir du Conseil des Ministres, sans pour autant revendiquer cette dernière ?

Enfin et pour conclure, vous nous voyez stupéfaits lorsque vous nous re-citez des propos de votre discours du 22 février par lesquels vous disiez au Président de la République : « Cette page doit être définitivement tournée ». Comment est-ce possible ? Comment pensez-vous pouvoir tourner définitivement cette page, et pour reprendre vos propos, à moins d’une défaillance mémorielle ou d’une sérieuse méconnaissance de ce dossier que vous portez devant le Gouvernement central sachant que la durée de vie du plutonium est estimée à des centaines de milliers d’années, avec une réelle présence sur l’atoll de Hao et que le peuple polynésien en subira les conséquences sanitaires et environnementales pour encore des générations et des générations, propos que nous fondons sur des analyses de médecins et scientifiques renommés, et l’on vous passe des risques d’effondrement de l’atoll de Moruroa et de ses conséquences! Comment est-ce possible lorsque des pathologies graves touchent nos enfants (des dires d’un de vos ministres, « depuis janvier 2016, plus de 18 enfants atteints de leucémie ont ? Comment est-ce possible lorsque des témoignages de souffrance liés à la maladie sont entendus ici et là ? Comment est-ce possible lorsque cette enquête interne à la C.P.S estime plus de 7.000 personnes (entre 1992 et 2012) pouvant entrer dans cette liste des 21 pathologies ? Vous ne pouvez pas ne pas voir ce qui se passe concrètement, d’ailleurs en privé, vous êtes tous d’accord avec cette réalité accablante de notre Pays et de la responsabilité de la France dans ce drame, mais en public, c’est autre chose. Le courage d’un élu est celui de défendre son Pays, spécialement les plus petits et les plus faibles parmi les habitants. Il n’y a aucune «croisade politique » de notre part, rassurez-vous, seulement des citoyens qui dérangent du confort tellement habituel d’une certaine conception sacrale de la politique.

Soyez assuré, Monsieur le Président de la Polynésie française, de toute notre fraternité et de notre volonté d’œuvrer pour tous les habitants de ce Pays.

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