« Océanie », de Charles Belmont, un film d’art sur l’art…

« Il est rare de voir les peuples de l’Océanie tous réunis. Charles l’a fait ». C’est avec ces mots que Wallès Kotra, le président de l’AFIFO, a présenté le documentaire Océanie de Charles Belmont. Projeté dimanche soir lors de la deuxième soirée OFF du FIFO au Grand Théâtre de la Maison de la Culture, Océanie est un film d’art sur l’art. Mais aussi, et surtout, le témoin d’une réconciliation à venir…

 

Réalisé en 2000 lors du 8ème festival des Arts du Pacifique à Nouméa, il réunit deux figures féminines, à l’histoire et la culture aussi différentes qu’éloignées : Ariane Mnouchkine, metteur en scène et fondatrice du Théâtre du Soleil, et Marie-Claude Tjibaou, la veuve du leader politique Kanak, Jean-Marie Tjibaou.

Tout en poésie, le réalisateur filme ces deux femmes qui se rencontrent et se découvrent parmi les chants et les danses des vingt-six peuples du Pacifique réunis pour l’occasion. Parfois, elles s’arrêtent et observent ces spectacles vivants ; souvent, elles discutent et dialoguent avec les danseurs, les chorégraphes, les musiciens. A chaque fois, Arianne Mnouchkine tente de comprendre ce que ces gestes, ces chants racontent et représentent. A chaque fois, elle s’émerveille devant l’attachement de ces populations à leurs cultures. Des cultures qui tentent d’exister entre les « paroles d’hier, d’aujourd’hui et de demain », pour reprendre le thème du festival.

C’est ici le talent de Charles Belmont  : il a réuni ces trois paroles à travers l’échange d’Ariane Mnouchkine et Marie-Claude Tjibaou, un échange qui se passe sur une terre encore marquée par le drame récent de son histoire.

Fifo Doc 2

Si dimanche soir, presque quinze ans après sa réalisation, le film a été projeté « c’est pour rendre un dernier hommage à Charles Belmont ». Wallès Kotra qui, à l’époque, avait soufflé l’idée à Charles de réaliser un documentaire sur ce festival, a souhaité lors de son discours de lancement revenir sur un épisode important de l’histoire du film. Lors de la dernière scène, la veuve de Jean-Marie Tjibaou raconte à Arianne Mnouchkine avoir été approchée par le fils de l’assassin de son mari.

Elle explique alors envisager la réconciliation avec cette famille pour les générations futures, pour aller vers l’avenir…A l’époque, cette scène avait empêché la diffusion du film : la réconciliation n’ayant pas encore eu lieu, la situation était trop délicate. Le documentaire a donc dormi dans les cartons jusqu’en 2009, année durant laquelle il est passé discrètement sur France Ô et au cours d’une conférence au Quai Branly à Paris.

Largement applaudi par les spectateurs du Grand Théâtre, le documentaire a bien trouvé sa place parmi le Fifo. « C’est étonnant et enrichissant, confie Taimani, une jolie polynésienne de 34 ans, J’ai découvert que certains peuples avaient des danses, des légendes qui étaient similaires aux nôtres ». Son ami, Franck, 35 ans, un artisan d’Aix-en-Provence installé à Tahiti depuis deux ans, intervient en expliquant comment à travers le regard d’Arianne Mnouchkine: « On ressent la différence entre ces cultures du Pacifique et celles occidentales. Et je pense qu’il existe une certaine incompréhension entre elles. Ce film est une vraie découverte, et en plus, il est intemporel car il parle de coutumes et de traditions ».

Dehors, parmi les derniers spectateurs encore présents, Cécile, 44 ans, enseignante dans les Tuamotu, semble elle aussi tombée sous le charme du documentaire. « C’était très émouvant de voir ces peuples si différents, si éloignés mais si communs, réunis au même endroit ! C’était fascinant », raconte t-elle des étoiles encore plein les yeux. Christian, un retraité venu de la métropole avec sa femme pour passer quelques mois de vacances en Polynésie, émet juste un petit regret tout en soulignant la qualité du documentaire. « J’aurais préféré que le fil conducteur soit plutôt ciblé sur une partie de la culture du Pacifique et de la Polynésie, confie ce sexagénaire en avouant ne pas être tout à fait objectif, On vient d’arriver alors on découvre et on est avide de Polynésie… ».

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