Réforme de la PSG: pourquoi on ne peut plus attendre…

Dans une lettre ouverte qui circule sur les réseaux sociaux depuis jeudi, le président Edouard Fritch tente d’ouvrir les yeux de ses concitoyens sur l’indispensable réforme de la Protection sociale généralisée (PSG) que le gouvernement souhaite initier dans les plus brefs délais pour faire cesser l’hémorragie financière. Le chef de l’exécutif fustige au passage l’Intersyndicale qui, à ses yeux, « cherche à manipuler l’opinion » en faisant circuler de fausses informations sur les conséquences attendues pour la retraite. Aussi, toute la question est de savoir si le recours à la grève générale est bien nécessaire dans le contexte actuel ?…

Mes chers compatriotes,

Une intersyndicale a appelé les Polynésiens à faire grève pour protester contre le projet de loi du Pays portant réforme de la retraite qui a été transmis aux élus de l’Assemblée de la Polynésie.

D’abord, je ne veux pas être le fossoyeur de la protection sociale généralisée mise en place en 1995, car elle a constitué pour tous les Polynésiens, et pas seulement pour les salariés, une avancée et un acquis social majeur, à préserver au maximum de nos possibilités.

Ensuite, les discours des représentants syndicaux m’ont choqué, parce qu’ils ne disent pas la vérité et ils cherchent à manipuler l’opinion.

Vous le savez, les discussions avec les partenaires sociaux pour la réforme de la PSG ont débuté à mon initiative en février 2015, après que beaucoup aient mis la tête dans le sable pour éviter de voir les réalités et prendre des mesures courageuses.

Il y a donc eu 3 longues années laissées pour les échanges et le compromis. Hélas, elles ont souvent été marquées par la politique de la chaise vide et les rendez-vous manqués de la part de ceux qui aujourd’hui vous incitent à contester.

A un moment, il faut savoir arrêter de tourner en rond et prendre des décisions en toute responsabilité. C’est ce que j’ai fait, avec le gouvernement.

Pourquoi ne peut-on plus attendre pour prendre des décisions ? Parce que nous avons déjà trop tardé et que le régime de retraite ne pourra plus payer entièrement les retraites si nous ne faisons rien.

En novembre 2006, lors de la présentation du budget 2007 du RGS, le directeur de la CPS alertait les administrateurs sur la gravité de la situation : « l’équilibre structurel de l’assurance maladie est inquiétant puisque les produits sont inférieurs aux charges, tant en 2006, de – 1,7 milliard, qu’en 2007, de – 2,5 milliards, ce qui ferait fondre nos réserves de la branche à 632 millions fin 2007 ». Il ajoutait : « Il faut que l’assurance maladie dégage environ 8 milliards d’excédent pour éviter la compensation de cette branche par nos réserves de la retraite ».

La suite, vous la connaissez. Rien n’a été fait, ou presque. Le déficit de l’assurance maladie a continué de se creuser, passant de 2,1 milliards en 2006 à 4,1 milliards en 2007, pour aller jusqu’à 5,3 milliards en 2010. Pour compenser ces déficits, les administrateurs de la CPS, c’est-à-dire les partenaires sociaux, et non le gouvernement, ont décidé de puiser dans les réserves de la caisse pour boucher le trou de l’assurance maladie.

Alors qu’elle dégageait encore 545 millions de résultat positif en 2008, la caisse de retraite a commencé à être en déficit de 935 millions en 2009, puis de 2,1 milliards en 2010, pour atteindre un pic de 6 milliards de déficit en 2012.

Vous le savez, nous avons opté pour un système de retraite par répartition. Dans ce système, il revient aux salariés d’aujourd’hui de payer les retraites des anciens salariés. Or, depuis 2009, les cotisations des actifs ne couvrent plus les dépenses des retraites. Il manque environ 3 milliards chaque année. En 1995 il y avait 5,61 actifs pour un retraité. En 2003, il n’y avait plus que 4 actifs pour un retraité. En 2017, nous étions à 1,95 actif pour un retraité.

Ainsi, en 2017 le déficit cumulé de la caisse de retraite est de 33,5 milliards, celui de 2018 est estimé à 3 milliards de plus et les années suivantes compris entre 3,5 et 4 milliards compte tenu des nouvelles cohortes de départs .Dans très peu de temps nous aurons totalement épuisé les réserves, ce qui veut dire qu’on ne pourra même plus payer les retraités actuels. On ne parle pas des retraités futurs.

Quant à l’assurance maladie du régime général des salariés, fin 2010, son déficit cumulé s’élevait à 14,7 milliards. A cette époque, l’Assemblée, sur proposition du gouvernement Tong Sang, a créé un Fonds pour l’amortissement de la dette sociale (FADES) pour combler les déficits. Le FADES, alimenté par les taxes sur l’alcool et les boissons sucrées, verse chaque année 800 millions à la CPS. Grâce aux mesures d’économies sur les dépenses de santé, la spirale du déficit de l’Assurance maladie est inversée. Mais même avec des économies, il faut savoir que la population vieillit ce qui nécessite de dépenser plus.

On voit bien que l’assurance maladie reste fragile. Or, que proposent les syndicats ? De faire des économies sur les dépenses de santé pour financer les retraites. Ce n’est pas réaliste et on voit ce qu’a donné le financement de la maladie par les réserves et pour la plus grosse part celles des retraites. La faillite du régime de retraite !

Ces mêmes syndicats disent que le Pays doit rembourser 9 milliards qui ont été puisés dans la caisse de retraite (sur décision des partenaires sociaux) et qu’il prenne en charge les salaires des personnels hospitaliers, soit 12 milliards par an.

Mais le Pays, c’est qui ? C’est vous ! Ce sont tous les Polynésiens. Ce sont vos impôts qui financent les dépenses. Etes-vous prêts, comme le veulent vos syndicats, à payer plus pour que les agents du CHPF soient payés par le Pays ?

Le gouvernement ne vous demande pas de payer plus.

Le gouvernement vous demande de travailler un peu plus longtemps, comme c’est le cas partout dans le monde. Au lieu de partir à la retraite à 60 ans, ce n’est qu’à compter de 2021 que vous prendrez votre retraite à 62 ans. C’est cet effort qui vous est demandé pour sauver notre régime de retraite alors que de nombreux Polynésiens souhaitent déjà rester en activité après 60 ans puisqu’ils gagnent plus en étant salariés qu’en étant retraités.

L’autre modification concerne le calcul du salaire moyen qui sert de référence au calcul de la retraite. Il sera calculé sur les 15 meilleures années au lieu des 10 meilleures années. Mais le retraité touchera toujours 70% de ce salaire de référence. Et c’est un mensonge de dire qu’en 2019 une personne qui touchait 176.000F n’aurait que 76.200F de retraite.

C’est vrai qu’avec ce nouveau mode de calcul, les toutes petites pensions peuvent perdre jusqu’à 2800 francs. C’est pourquoi le gouvernement a prévu un fonds de compensation pour verser un complément de retraite, afin que ces retraités ne soient pas perdants.

Enfin, pour les retraités actuels, rien ne change. Ils gardent leur revenu actuel. C’est l’application du principe d’intangibilité de la retraite liquidée.

Le choix est simple. Soit nous ne faisons aucune réforme de la retraite, comme le propose l’intersyndicale, et nous ne pourrons plus payer les retraites. Soit nous réformons, comme le propose le gouvernement, et nous préservons l’avenir des retraites actuelles et celles de nos enfants.

Ce n’est pas dans la rue ou en paralysant l’économie que nous sauverons les retraites. Je vous demande de bien réfléchir et d’agir vraiment pour que nos enfants puissent bénéficier de la solidarité que nous avons collectivement instituée avec la protection sociale généralisée.

 

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