T. Rohfritsch devant l’ONU: « Notre combat est celui de l’économie et de l’emploi »

Le vice-président du gouvernement, Teva Rohfritsch, est également monté à la tribune de l’ONU pour donner son point de vue sur « la question de la Polynésie » et réaffirmer que son combat est « celui de l’économie et de l’emploi ». Voici son allocution.

Honorables membres de la commission, je m’appelle Teva Rohfritsch, réélu en mai dernier pour 5 ans par une forte majorité des Polynésiens et je suis Vice-Président de la Polynésie française. Recevez mes sincères et fraternelles salutations, iaorana.

Mon intervention de ce jour est à la fois emprise de gène, de révolte et de responsabilité.

Nous sommes gênés de venir devant vous exposer nos joutes politiciennes locales, quand nous connaissons la souffrance étouffante que subissent par ailleurs de nombreuses minorités.

Nous voici à 10.000 km de notre Pays, pour tenter de vous convaincre que nous ne sommes donc pas un peuple opprimé par une puissance administrante. Oui, notre peuple Maohi, cousin des Maori de Nouvelle Zélande, de Hawaii et de Rapa Nui, a été colonisé par le biais de traités mais aussi de quelques faits d’arme, il y a 138 ans, à une époque où les Etats, les commerçants et les religions chrétiennes faisaient causes communes sous couvert d’évangélisation. Nous n’avons pas été esclaves, ni accueilli de bagne. Notre Polynésie est née de ces brassages et les Polynésiens n’ont pas hésité à partir combattre pour libérer la France au siècle dernier.

Aujourd’hui, notre société est paisible, empreinte des valeurs chrétiennes. Notre PIB est parmi les plus élevés de notre région. Nous disposons d’infrastructures de santé de pointe et d’un système éducatif complet, accessible à tous, financé par la France. Comme partout le chômage et la pauvreté existent aussi. Elle reste relative. Est-ce le fruit de la colonisation ou celui d’une économie mondialisée tournée vers la croissance plus que le partage ? La question doit être posée en ces termes. Mais nous n’avons pas besoin de casques bleu, ni de mission humanitaire en Polynésie française !

La majorité incontestable des Polynésiens est attachée à la République française et le confirme à chaque élection ! Notre Statut de large autonomie nous est envié par de nombreuses régions de France. Nous avançons à notre rythme vers encore plus d’autonomie, en partenariat avec l’Etat, dans un dialogue intérieur franc et constant.

Notre combat est celui de l’économie et de l’emploi et nous en maitrisons les leviers essentiels. Notre énorme défi n’est pas de financer une armée mais de soutenir le développement durable de notre Pays de 270.000 habitants éparpillés sur un océan vaste comme l’Europe. Nous voulons que nos enfants puissent demain y vivre dignement, sans être contraints à l’exode que connaissent les autres pays du Pacifique!

Les essais nucléaires français à 1.600 km de Tahiti relevaient-ils d’un acte colonial ? L’histoire le jugera. Nous avons depuis obtenu la reconnaissance de ce fait nucléaire et l’œuvre de réparation certes perfectible est en cours. Mais où serions-nous tous aujourd’hui, si la France ne s’était pas dotée de cette arme de dissuasion ?

Fallait-il pourtant la concevoir à Moruroa ou aux pieds des Alpes françaises ? La question reste entière. Etre partisan de la République n’implique pas de soutenir aveuglément toute décision prise en son temps par l’Etat et nous sommes libres de poser le débat.

Nous nous battons avec le Forum des îles du Pacifique contre les effets du réchauffement climatique et la surexploitation des ressources halieutiques. La cupidité et l’arrogance de notre humanité nous préoccupe car elle va finir par noyer sous les océans nos peuples du Pacifique. Nous sommes sacrifiés à l’aune d’accords sur le climat et de protection des océans que personne ne finit par respecter. Sommes-nous à ce titre sous le joug de 7 milliards de colons ? Pardonnez mes mots provocateurs mais ces sujets-là sont cruciaux pour nous tous.

Chez nous, la zone économique exclusive est surveillée par la marine française et nous l’avons réservée aux Polynésiens pour une pêche durable. Elle constitue un sanctuaire des mammifères marins et des espèces protégées. C’est en Polynésie que vivront peut être demain les derniers thonidés de la planète. Cette cause doit être partagée par tous ou c’est sur la liste des Pays à sauver des eaux, des eaux sans poisson, qu’il nous faudra être inscrit !

Pour conclure, permettez-moi de vous affirmer que les Polynésiens sont attachés au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, tout comme la République française le consacre par sa Constitution. Nous savons ce que nous devons à la République française dans ses lumières comme dans ses ombres, nous savons aussi ce qu’elle nous doit !

Nous sommes fiers de notre identité et notre large autonomie est une réalité !

Cette autonomie convient à la très grande majorité des Polynésiens. C’est aussi notre droit fondamental et il faut respecter ce choix démocratique !

Mauruuru, merci de votre attention.

Télécharger l'article en PDF

Une pensée sur “T. Rohfritsch devant l’ONU: « Notre combat est celui de l’économie et de l’emploi »

  • 10 octobre 2018 à 20 h 05 min
    Permalink

    Voilà un discours de qualité, loin de l’arrogance d’Oscar Temaru et de ses copains, qui eux ne font qu’aboyer. Nous avons vu dans quel état ils ont mis notre fenua quand ils avaient le pouvoir. Nous ne voulons plus de ces gens là et nous l’avons fort démocratiquement fait comprendre lors des dernières élections. Alors cette mascarade onusienne doit cesser et laissez nous continuer notre chemin vers un avenir meilleur avec l’aide de la France.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En naviguant sur notre site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer une navigation optimale et nous permettre de réaliser des statistiques de visites. En savoir +

The cookie settings on this website are set to "allow cookies" to give you the best browsing experience possible. If you continue to use this website without changing your cookie settings or you click "Accept" below then you are consenting to this.

Close