Territoriales : qui paie et combien les mesures sociales du Tahoeraa ? 

En ce début de campagne des Territoriales, le président du Tahoeraa, Gaston Flosse, martèle avec soin les mesures d’urgence, notamment à caractère social, que la majorité orange, une fois revenue au pouvoir, entend mettre en oeuvre d’ici à 2021.

Malgré la reprise économique constatée par tous les observateurs (ISPF, IEOM…), avec à la clé quelques milliers de créations d’emploi – certes encore en nombre insuffisant…, le Tahoeraa a beau jeu de vouloir prendre sous son aile protectrice les plus petits, les sans-emplois, les mal-logés, bref les oubliés de la société. Comme si lui seul avait le monopole du cœur…

Raison pour laquelle son programme, très ambitieux, s’articule autour d’un certain nombre de promesses électorales visant à soulager les plus démunis d’entre nous. Sont-elles bien réalistes ? Qu’est-ce qu’il en coûtera à la collectivité ? Et comment les financer ? Telles sont les questions auxquelles nous allons tenter de répondre.

Le Tahoeraa espère remettre au travail un grand nombre de Polynésiens avec la création du Contrat d’apprenti salarié (CAS), en remplacement du CAE (Contrat d’accès à l’emploi) qu’il avait pourtant appelé de ses vœux dés 2013. Objectif : accroître le nombre de cotisants à la Caisse de prévoyance sociale (CPS), autant d’argent supplémentaire pour conforter la branche retraite, ce qui devrait diminuer d’autant le nombre de ressortissants du RSPF.

Des CAS à la place des CAE

Une démarche de bon sens à laquelle s’emploie également le gouvernement Fritch avec quelques résultats. Précisons quand même qu’un tel dispositif existe déjà au travers l’ACT Pro pour un travail en entreprise avec formation en alternance payé à 80% du Smig la première année, et 100% la deuxième année. Là aussi, et comme le prévoit le Tahoeraa, les charges patronales sont payées par le Pays. Aussi, pourquoi déshabiller Paul pour habiller Jacques si aucune valeur ajoutée n’est apportée ?

Plus largement, en faveur des familles, le parti orange remet sur le tapis la « fameuse » allocation de la mère au foyer que l’UPLD en son temps n’a jamais pu concrétiser. Trop coûteuse, disait-on à l’ époque…Dénommée Te Ora Utuafare, il s’agit d’allouer 50 000 Fcfp par mois, sans compter les allocations familiales, à toute mère de famille ayant un enfant et plus. Seraient éligibles tous les foyers dont les revenus sont égaux ou inférieurs à 152 914 Fcfp. Mais là encore, combien seraient-ils à pouvoir y prétendre ? Mystère.

Troisième mesure phare privilégiée par Gaston Flosse : l’instauration de la cantine gratuite pour tous les enfants du Primaire, sans conditions de revenus. L’actuel gouvernement n’a pas attendu Gaston Flosse pour rétablir un peu d’équité dans l’accès au repas du midi. C’est ainsi que depuis la rentrée 2016, le fonds d’action sociale (FAS) prend en charge les frais de cantine des enfants du RSPF et depuis juillet 2018, pour ceux du RNS (Régime des non-salariés). Avec l’aide à la rentrée scolaire versée aux familles les plus modestes, ces deux mesures ont coûté 921 millions de Fcfp l’an dernier.

Enfin, reconnaissons quand même que le coup de pouce accordé à celles et ceux qui empruntent régulièrement les transports en commun terrestres, moyennant un trajet facturé 100 Fcfp, aurait le mérite d’être examiné par nos futurs gouvernants. Ne serait-ce que pour les demandeurs d’emploi qui n’ont même pas de quoi se rendre au Sefi…A condition bien entendu de repartir sur des bases saines, après un renouvellement du matériel roulant (bus), des horaires adaptés et réguliers car en l’état actuel des choses, ça ne marche pas !

On paie comment ?

Mais alors qui prend en charge toutes ces nouvelles dépenses ? Gaston Flosse a la réponse facile : « En 2013, nous avons créé le Fonds pour l’emploi et pour la lutte contre la pauvreté (FELP). Ce fonds est financé par des taxes sur l’alcool et le tabac qui rapportent 32 milliards de Fcfp par an. Ce fonds va nous permettre de financer nos douze mesures urgences », a t-il déclaré dimanche soir (25 mars) sur le plateau de Polynésie 1ère.

Ce que le « vieux lion » oublie de dire, c’est que l’intégralité de cette enveloppe est aujourd’hui entièrement consommée. Dans le budget primitif 2018 du Pays adopté à l’assemblée, un peu plus de 27 milliards de Fcfp est déjà consacré au RSPF, c’est-à-dire à soigner celles et ceux, ainsi que leurs ayant-droits, qui ne travaillent pas. Au nom de la solidarité, et c’est normal. Les actions pour l’emploi (CAE et autres) constituent l’autre grand volet du financement par le FELP pour un montant de 4,2 milliards de Fcfp. Depuis cette année, les bénéficiaires du corps volontaire au développement (CVD), de jeunes Polynésiens diplômés en quête d’une première expérience, émargent également sur cette enveloppe à hauteur de 700 millions de Fcfp par an.

Quant à espérer « gratter » quelques dizaines de milliards du côté de l’Etat français, au titre par exemple du remboursement des maladies radio-induites (54 milliards de Fcfp) ou sous prétexte de vouloir faire payer un loyer annuel de 12 milliards de Fcfp pour l’occupation des atolls de Moruroa et Fangataufa, le « vieux lion » est pris en flagrant délit de comptabiliser des recettes pour le moins insincères. A plus forte raison dans la perspective d’une possible dégradation des relations Etat-Pays…

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