Toute la Passion de Clipperton

L’île de la Passion (alias Clipperton) mène à tout ! Après quatre expéditions sur cet atoll français du Pacifique oriental, suite à ses travaux scientifiques sur le sujet depuis vingt ans et aux actions initiées via l’association « Clipperton – Projets d’Outre-Mer » (www.clipperton.fr).dont il est le président, le géographe Christian Jost a été reçu, mercredi 8 juin dernier au palais de l’Elysée, avec Philippe Folliot, député de la première circonscription du Tarn (81) et membre de la commission Défense à l’Assemblée Nationale.

L’occasion pour le géographe et le député de s’entretenir, deux heures durant, au palais de l’Élysée avec Marc Vizy, conseiller outre-mer du président de la république, de la récente mission PASSION 2015 qui s’y est déroulée à Clipperton du 14 au 29 avril dernier et de la question de l’avenir de ce territoire.

Placée sous le Haut patronage de Monsieur François Hollande, Président de la république, du patronage de Madame George Pau-Langevin, bénéficiant du soutien du Haut-commissariat de la République en Polynésie Françaises ainsi que des Forces Armées de Polynésie Française qui ont assuré le soutien en logistique et  sécuritaire, la mission PASSION 2015 a permis à quatorze scientifiques, venus des outre-mer français, de métropole et du Mexique, de réaliser un inventaire de la biodiversité terrestre, lagonaire et récifale de Clipperton.

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Forte de l’important soutien financier de l’Agence française de développement (AFD) et de celui du Fond Pacifique du Ministère des Affaires étrangères et du Développement International (MAEDI), la mission PASSION 2015 est la plus importante mission conjointe de scientifiques et militaires réalisée à Clipperton depuis les missions dites « Bougainville » (1966/1969) mises en œuvre à Clipperton il y a presque 50 ans par le Général de Gaulle.

« CLIPPERTON NE DOIT PAS RESTER EN JACHÈRE ! »

L’entretien de Christian Jost et Philippe Folliot au palais de l’Elysée a également permis de souligner au plus niveau de l’État la nécessité de mener des études scientifiques à Clipperton, d’y assurer des missions de souveraineté plus régulières, mais surtout l’avenir de l’île de la Passion, ainsi baptisée par ses découvreurs français, un jour de vendredi saint en 1711.

Fort de sa visite de 36 heures à Clipperton – une première pour un élu de le République – Philippe Folliot a d’abord tenu, au cours de cette réunion au palais de l’Élysée, à rappeler à son interlocuteur les atouts de cet atoll situé à quelques 1 300 kilomètres des côtes mexicaines : « Clipperton ne doit pas rester en jachère. Il est important pour notre pays de valoriser ce territoire et ses richesses, d’y exercer notre souveraineté et de planifier son avenir. Nous nous devons de trouver des solutions viables et surtout innovantes. Ce bout de France, rappelons-le, confère à la France une souveraineté sur une Zone Economique Exclusive (ZEE), dont la superficie (336 000km²) est plus vaste que celle de la Métropole ».

CLIPPERTON : UN AVENIR À CONSTRUIRE

Ardent défenseur des outre-mer[1] et soutien actif de la mission PASSION 2015, Philippe Folliot en est convaincu : il faut penser « l’île de la Passion » (alias Clipperton) autant du point de vue écologique qu’économique ou culturel : « Clipperton ne doit plus être seulement l’apanage des passionnés, qu’ils soient scientifiques, radios-amateurs, adeptes de plongée sous-marine ou de pêche au gros. Il faut également sortir des missions scientifiques qui se répètent. Le principal enjeu pour Clipperton, c’est bien sa souveraineté. La protection de ses ressources, notamment celles en thonidés, est à étudier et rentabiliser en exerçant des droits de pêche qui nous permettront de constituer une ligne de budget Clipperton. Pour penser à l’avenir de ce territoire d’intérêt général, il faut également sortir du calcul politicien. Clipperton est à la croisée des chemins.C’est une chance rare pour la France que de disposer d’une île isolée et inhabitée, un véritable laboratoire à ciel ouvert. Avec Clipperton, la France a une page vierge à écrire ! Des questions peuvent être vite résolues comme celle de son statut juridique. Il faut également que notre pays entreprenne, à court terme, une importante campagne de nettoyage des plages de Clipperton, jonchées de déchets et de plastique. À plus long terme, nous devons penser aux moyens à déployer pour surveiller et continuer à étudier cette île, à l’instar de celles des Terres Australes et Antarctiques Françaises. Du fait de sa position, Clipperton est un observatoire de l’environnement océanique idéal».Clipper 2

« CLIPPERTON EST UNE MICRO-PLANÈTE »

Pour le géographe Christian Jost, cet entretien à l’Élysée a également été l’occasion d’évoquer les premiers résultats de l’expédition PASSION 2015 : « Bien qu’isolé et inhabité, Clipperton est une micro-planète. Cette île est le reflet en tout petit de ce qui passe à l’échelle du globe. L’érosion de son littoral, la lutte pour la survie, la suprématie changeante d’une communauté d’espèce au détriment des autres, les poissons projetés plus fréquemment par l’océan dans le lagon fermé, la reconquête par la végétation en moins de dix ans de plus de la moitié des 200 hectares de terre émergée, le platier raboté en permanence par les blocs et les galets arrachés à la côte et charriés par le ressac… Clipperton illustre de façon très parlante les pressions toujours plus fortes et leurs impacts sur les écosystèmes marins, insulaires et littoraux. Clipperton traduit ainsi les changements que connaît aujourd’hui la planète ».

Etudes de la faune et de la flore du récif corallien, réalisation d’une carte géomorphologique et de relief de l’atoll, cartographie précise et inventaire de la végétation, étude du lagon, collecte des insectes, inventaire des vestiges et des déchets… Les premiers résultats de la mission PASSION 2015 seront diffusés et communiqués, via un film et des reportages, lors du prochain sommet de la Terre (COP 21) qui se tiendra à Paris en décembre prochain. Une publication des résultats scientifiques complets sera réalisée ultérieurement.

À n’en pas douter, l’île de la Passion (alias Clipperton), pour l’instant connue des seuls initiés, ne va plus être un point minuscule sur une mappemonde, ni une simple curiosité administrative, mais bien un territoire dont le futur se dessine enfin.

«  CLIPPERTON EST UNE CHANCE POUR LA FRANCE ! «

« Ses ressources halieutiques, la proximité de champs de nodules polymétalliques, sa faune ou sa flore, l’île de la Passion ne manque pas d’atouts. Clipperton, c’est une chance pour la France!  Les changements de son écosystème sont cependant palpables à Clipperton. L’évolution de son littoral sous l’impact d’une érosion accélérée par le changement climatique est préoccupante. Mais Clipperton ne va pas disparaître sous les eaux. À nous de construire son avenir…». Géographe professeur à l’Université de la Polynésie Française (UPF) et chef de la mission « Passion 2015 », Christian Jost est formel, en fin connaisseur de « l’île de la Passion », ce bout de France qui le passionne depuis 20 ans : « Il faut sauver la sentinelle Clipperton ! ».

Stéphane DUGAST

CONTACT

Christian Jost, président fondateur de l’association « Clipperton Projets d’Outre-Mer » (CPOM). Mail : president@cpom.fr ou christian.jost@upf.pf



[1] : Philippe Folliot est le co-auteur de l’ouvrage « France-sur-mer : un empire oublié » paru aux Editions du Rocher.

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