Voeux 2016 à l’adresse des responsables des structures publiques

Retrouvez, dans son intégralité, l’allocution prononcée par le président Edouard Fritch devant les responsables des structures publiques du Pays.

L’an passé, je vous avais invité tardivement, le 29 janvier, pour vous présenter, en mon nom et au nom de mon gouvernement, les vœux de bonne et heureuse année.

Cette fois, comme vous pouvez le constater, j’ai choisi de vous mobiliser au plus tôt. Je ne veux pas perdre un instant pour vous rappeler le cap à tenir et vous donner le tempo de l’action pour toujours mieux servir le citoyen.

Vous tous, ici réunis cet après-midi, êtes les managers du service public polynésien, depuis son cœur, formé par l’administration, jusqu’à sa périphérie, avec les sociétés d’économie mixte et autres organisations de statut privé ayant reçu mission d’intervention dans le secteur public.

Le service public est le ciment d’une société. C’est par lui que les différents ensembles restent soudés et cohérents. L’image du ciment, s’il donne la notion de solidité, doit toutefois être complétée d’une notion fluide comme celle de la lymphe, car, par cet élément transite également les échanges, la redistribution, les moyens d’entraide et de solidarité des uns envers les autres.

Les récents évènements climatiques sur la côte Est de Tahiti, jetant à la rue une centaine de familles, et les élans spontanés de solidarité qui se sont manifestés aussitôt après, ont souligné, encore une fois, l’utilité du service public et à quel point nous tenons tous à cette valeur d’entraide et de partage.

Et si, bien sûr, nous déplorons les pertes occasionnées et compatissons avec les victimes (nous aurions tous préféré que ces catastrophes dramatiques n’arrivent pas), nous pouvons en revanche nous réjouir, et même nous enorgueillir, de la générosité des Polynésiens et de l’engagement des services publics du Pays, des communes et de l’Etat.

Cependant, la générosité, l’entraide et le partage atteignent vite des limites opérationnelles quand ils sont portés par de simples bonnes volontés individuelles. Dans de petites communautés, nul besoin de structures, de programmes et d’organisations lourdes et compliquées. Mais à partir d’un certain seuil, il faut, impérativement, organiser, planifier et structurer : c’est une fonction majeure du service public, dont nous, les politiques, sommes les donneurs d’ordre, et vous, les managers.

Le 29 janvier 2015, je vous ai longuement exposé les enjeux de la modernisation de l’administration et du service public tout entier. Le cap est fixé, et je le rappelle en quelques mots : nos concitoyens sont dans une attente, et même une exigence, légitime, d’un service public de qualité, simple, accessible, sachant s’adapter en permanence, efficace et économe.

J’ai détaillé les orientations stratégiques, énoncé les actions réalisées et en cours du gouvernement et précisé ce que j’attendais de vous. Reprenez ce discours, ainsi que celui que je prononçais devant les chefs de service le 28 octobre 2014. Voyez aussi les quelques circulaires que j’ai adressées à l’administration (services et établissements publics) en 2015. Et vous serez complètement renseignés sur la démarche permanente d’amélioration de notre action publique que je conduis, en m’appuyant sur les membres de mon gouvernement et en comptant sur vous, chacun en ce qui concerne ses pouvoirs et les responsabilités qui les sous-tendent.

Ces orientations stratégiques restent totalement d’actualité en 2016, et il nous faut pousser plus loin encore la modernisation entamée de notre administration. Et même accélérer le pas…

Quelques mots sur le chemin parcouru en 2015.

D’abord, pour vous dire que cette année ne fut pas une période facile à vivre, d’abord pour le gouvernement, et par rebond, pour vous et les acteurs socio-économiques du Pays. J’en ai bien eu conscience au cours de ces douze mois écoulés. Ma préoccupation constante fut de chercher à vous épargner les difficultés majeures et à tenir bon le cap pour que la Polynésie française s’inscrive malgré tout dans la voie du redressement. L’absence d’une majorité stable et les coups de Jarnac nous ont empêchés de déployer notre action dans la sérénité et avec la diligence que j’aurais souhaitée personnellement.

Mais malgré les embûches, nous avons quand même réussi, sans conflit social majeur, à faire aboutir ou avancer des dossiers importants, à l’image des deux contrats de projets, de la convention sur le financement du régime de solidarité territoriale ou encore des projets du Tahiti Mahana Beach et de la ferme aquacole de Hao.

Nous avons également et surtout mis à profit cette période pour préparer et concerter sur des réformes décisives, comme celle de notre protection sociale généralisée, la refonte de notre code des marchés publics, la mise au point du contrat de redynamisation des sites de la défense, englué depuis si longtemps, ou encore la mise en place de notre plan de transition énergétique et la production de vos projets de service.

Tous ces dossiers doivent maintenant trouver une suite opérationnelle en 2016. Ils nous mobiliserons tous encore beaucoup, mais nous serons alors dans l’action et dans un contexte politique qui devrait être plus stable.

Au cœur de toutes ces réformes, il y a donc pour le secteur public, pour chacun d’entre vous, un grand rôle d’accompagnement à jouer, en même temps qu’une redéfinition du périmètre d’action du service public, qui demeure encore un mouvement trop timidement amorcé.

Pour vous appuyer dans cette démarche, l’inscrire sur le long terme, j’ai institué en 2015 la direction de la modernisation et des réformes de l’administration qui, progressivement, monte actuellement en puissance et commence à déployer son action. Ce service est à mes yeux l’élément pivot de notre politique d’adaptation de notre sphère publique, qui ne peut se réduire à la seule dimension financière des choses, même si cela n’est évidemment pas à négliger. Appuyez-vous sur lui, mais ne vous déchargez pas de vos responsabilités propres sous le prétexte que ce service a des responsabilités particulières dans ce domaine.

Concernant l’effort de rationalisation demandé, je me réjouis évidemment du travail accompli au travers de la préparation des projets de service. 80% des structures de l’administration, services et établissements publics à caractère administratif se sont lancés dans leur processus d’élaboration. Les formateurs, deux experts du centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) qui ont accompagné la démarche, ont confirmé une bonne appropriation de la méthodologie, le sérieux des équipes impliquées et la qualité des projets produits.

Je tiens à vous féliciter pour cet engagement qui a mobilisé, j’en suis bien conscient, beaucoup d’énergie et de temps de votre part et de celles de vos collaborateurs.

A ceux restés en spectateur, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, je dis qu’il n’est pas trop tard pour bien faire. Hâtez-vous de vous y mettre !

Et aux ministres qui pourraient se montrer encore hésitants, voire réticents, peu impliqués ni motivés, je dis aussi que le statut quo dans un monde en évolution constante est un non sens qui leur sera reproché tôt ou tard. La population demande du changement, de la réforme, et non de l’immobilisme et du conservatisme. Laissez les volontés de réforme s’exprimer ; veillez à ce que vos cabinets, par vision courte et étroite, manque de courage, sinon de savoir, ne soient pas un frein à la réforme. Bref, soyez pour vos troupes un élément de motivation et d’entrainement. Faites preuve d’audace et de dynamisme !

Concernant les ressources humaines et la gestion prévisionnelle des emplois, des effectifs et des compétences (dite G-PEEC), nous avançons également. Mais la rigueur budgétaire rend les arbitrages particulièrement ardus. Face à cette difficulté d’envergure, le devoir de solidarité et de collégialité du gouvernement s’impose comme une évidence. C’est pourquoi mon gouvernement a décidé d’un comité interministériel dédié aux ressources humaines de l’administration. Il se tiendra demain et vous serez rapidement avertis des décisions qui en découleront.

Au-delà de ces items, projets de service et G-PEEC, qui concernent essentiellement l’administration, je sais que les autres structures publiques ont entendu l’exigence de modernisation, et nombreux sont les projets d’amélioration de la qualité et de l’efficience de l’action publique. Je vous remercie pour ces efforts. Je vous demande de continuer dans cette voie et je vous assure de mon total soutien.

N’oubliez jamais la posture essentielle de remise en question permanente de vos activités. Ce que j’engage est-il pertinent, efficace, efficient ?

Des missions dévolues à notre administration doivent être identifiées comme pouvant être confiées au secteur privé. Il faut une administration forte recentrée autour de ses missions et non une administration qui, à vouloir faire tout, fait tout mal. A cet égard, j’attends de vous des propositions plus hardies en matière de réduction du périmètre du service public. Vous êtes restés bien timides sur ce chapitre. Au point où je vais être contraint de prendre certaines décisions sans plus attendre vos projets.

Il me tient à cœur maintenant de vous parler d’un sujet grave auquel il convient de prêter une attention toute particulière : la complaisance coupable, voire la corruption.

Les mots choquent. On me dira que la Polynésie française n’est pas la Somalie, ni la Corée du Nord ni encore la Zambie, qui partagent le triste privilège d’être les pays les plus corrompus du monde. Mais le nivellement par le bas, ce n’est pas ma façon de faire. Se contenter du médiocre parce qu’il y a pire, ce n’est pas mon ambition pour mon Pays.

Qu’il s’agisse de détournement d’argent public, de trafic d’influence, ou de petits arrangements entre copains, des comportements malhonnêtes adviennent, malheureusement, au sein de nos structures. Ils n’ont pas été absents de l’année 2015, et j’ai toujours veillé à leur donner des suites judiciaires ou disciplinaires.

Mon propos n’est pas de vous mettre en accusation, mais d’appeler votre attention sur l’existence de ces réalités, auxquelles vous pouvez être confrontées, et sur ma position à leur égard.

Elles constituent une faute morale, laquelle, personnellement, me révulse d’autant plus que cela touche le bien public. Chaque franc détourné ou incorrectement employé est un franc de moins pour les actions de solidarité, pour les équipements publics, pour la santé ou l’éducation, et toutes autres actions que nous voudrions engager et pour lesquelles nous manquons de moyens.

Pour couvrir leurs turpitudes, les auteurs n’hésitent pas à utiliser du mensonge et de la calomnie, de la manipulation et même des menaces. Cela crée un climat délétère, décourageant pour la très grande majorité des agents publics, cadres et exécutants, qui œuvrent avec probité. Ce climat de suspicion provoque également un délitement de la confiance de nos concitoyens, et particulièrement des porteurs de projet et des investisseurs, et, l’écœurement, si ce n’est le désespoir, pour les plus démunis.

« Les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière », affirme l’évangéliste dans la parabole du gérant habile. Lisez ce court texte écrit il y a deux mille ans et vous serez surpris de son actualité. Effectivement, les serviteurs malhonnêtes sont habiles pour se soutenir mutuellement dans leurs malversations et ainsi mystifier les honnêtes gens.

Ainsi, moi-même, suis-je régulièrement induit en erreur et conduit à prendre des décisions inopportunes, mal fondées et injustes.

Cependant, si on la recherche avec sincérité, la vérité finit tôt ou tard par faire surface.

Le message que je vous adresse aujourd’hui a pour objectif de vous rassurer sur mes intentions et sur mon positionnement face aux comportements déviants. Sachez que mon seuil de tolérance en la matière est au niveau zéro. Il n’y a pas, à mes yeux, de petite ou de grande malhonnêteté. Cette dernière doit être combattue quel que soit son degré d’intensité ressenti ou estimé.

Aussi, dès lors que des faits sont établis objectivement et me sont révélés, je ne laisse rien passer. Ayez confiance que je ne soutiendrai jamais des actes malhonnêtes. C’est pourquoi, lorsque vous êtes confrontés à la découverte de tels agissements, vous ne devez pas avoir peur, et vous pouvez, sans craindre de représailles, m’en informer.

Evidemment, j’insiste sur la nécessité d’agir avec rigueur et respect de la personne humaine. Il ne s’agit pas de dénoncer à tout va sans cause dûment vérifiée. Il est impératif d’avoir, à l’appui de ce que l’on avance, si ce n’est des preuves, au moins des indices sérieux et concordants.

Autant il me tient à cœur de combattre les malversations, autant il me répugne que l’on se permette de livrer quiconque, gratuitement, à la vindicte et à l’opprobre. La plus grande prudence et la plus stricte discrétion s’imposent donc dans ces affaires.

Il est trois autres thèmes sur lesquels je souhaite vous indiquer ma position : les demandes de prolongation d’activité, d’une part, le renouvellement indéfini des détachements des agents FEDA, d’autre part, la réforme des régimes indemnitaires, enfin.

Sur le premier sujet, je suis souvent confronté à des demandes qui ont pour fondement des justifications personnelles étrangères soit à un complément de cotisation en vue d’obtenir une retraite à taux plein, soit à des besoins caractérisés exprimés à la base par notre administration, donc par vous-même, pour garantir, pendant un temps limité, en général un an, la continuité du service public.

Hormis ces deux situations, j’ai pour politique de ne pas donner suite aux demandes exprimées, car le renouvellement des générations est pour moi une donnée importante pour introduire du sang neuf parmi les effectifs, renouveler les comportements, dynamiser les choses et permettre à nos jeunes de pouvoir avoir la chance de s’insérer dans l’emploi public.

Je suis par ailleurs très attaché à ce que l’emploi public aille prioritairement aux Polynésiens, d’origine ou de cœur, et que le visage de notre administration soit toujours plus à l’image de la population de ce pays. Ceci signifie en toute logique que le recours à des agents FEDA en position de détachement doit être limité dans le temps et répondre à des besoins en expertise que nous ne sommes pas en mesure de satisfaire par nous-mêmes, le temps nécessaire que ces experts extérieurs assure la formation effective de nos propres élites et celle de leur relève.

Je souhaite d’ailleurs que vous soyez très sourcilleux sur ce point, car je ne saurai admettre de m’entendre dire plus longtemps, par certains chefs de service, qu’après dix ans de séjour ce transfert de compétence n’est pas encore effectif et débutera, promis juré, à partir de demain.

Ainsi, les justifications initiales de cette procédure ont été perdues de vue. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé au ministre de la fonction publique de rapidement soumettre au conseil des ministres les actes qui clarifieront et limiteront les choses et pourront permettre que ces fonctionnaires en détachement puissent faire l’objet d’une intégration dans le droit commun de notre fonction publique s’ils souhaitent poursuivre leur activité au sein de notre administration. Il n’y a en effet aucune justification de maintenir un régime particulier pour ceux qui, après déjà plusieurs séjours, ont fait le choix de s’établir définitivement parmi nous et de s’assimiler en fait à des Polynésiens.

L’année 2016 doit également nous permettre d’engager la réforme des régimes indemnitaires et leur modernisation dans un sens de plus d’équité et d’incitation à la mobilité entre les services.

Pour finir mon propos sur des perspectives réjouissantes, mais non moins essentielles et profondes, je réitère mes vœux, adressés dès le jour de l’An, à toute la population, que nos cœurs soient purifiés de tout esprit de vanité.

Car l’humilité vraie nous donne la force d’accomplir ce qui est en notre pouvoir et la grâce d’accepter avec sérénité ce qui nous dépasse.

Que 2016 nous apprenne encore plus que les années précédentes à entretenir l’espérance, à consolider la confiance en soi de chaque Polynésien et la fierté d’appartenir à ce beau Pays d’îles riantes et parfumées.

Que cette année vous apporte santé et joie de vivre.

Télécharger l'article en PDF

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En naviguant sur notre site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer une navigation optimale et nous permettre de réaliser des statistiques de visites. En savoir +

The cookie settings on this website are set to "allow cookies" to give you the best browsing experience possible. If you continue to use this website without changing your cookie settings or you click "Accept" below then you are consenting to this.

Close