Lutte contre le tabagisme: la fin programmée du vapotage

Reprise des travaux, ce vendredi matin, à l’assemblée de la Polynésie française avec l’examen du projet de loi du pays relative à la lutte contre le tabagisme. Une discussion qui a pris une drôle de tournure puisque sur proposition de Lana Tetuanui et après une suspension de séance, la majorité Tavini mais pas seulement… a soutenu un nouvel amendement, sous amendé après tergiversations, aux fins d’interdire l’importation des produits de vapo et autres composants à compter du 1er juillet 2026.
Lors de la discussion générale, Heinui Le Caill pour le Tavini huiraatira, Teave Chaumette au nom de AHIP et Pascale Ahiti pour le compte du Tapura huiraatira, ont à tour de rôle partagé leur analyse sur cette réflexion interministérielle menée sous la conduite du ministre de la Santé, Cédric Mercadal.
« Ce projet de loi du pays a certes le mérite d’encadrer les « bonnes » pratiques en matière de tabagisme et de vapotage en Polynésie française. Mais il en faudra bien davantage pour obtenir des résultats tangibles au travers deux chantiers qui restent à mettre en œuvre : le sevrage tabagique pour celles et ceux qui veulent s’en sortir ainsi que l’arme fiscale qui, quoi qu’on en pense, est la plus dissuasive », a conclu Pascale Haiti. Sur ce dernier aspect, le gouvernement Brotherson a d’ores et déjà promis d’y remédier d’ici à la fin de l’année dans le cadre de la présentation du budget primitif 2026. Autrement dit, une taxation renforcée en perspective. Pour quel résultat au final ?
Place aux contrôles
Plus généralement, « il ne reste plus qu’à faire appliquer toutes ces belles dispositions ! Et là, permettez-moi d’émettre quelques sérieux doutes sur la capacité du Pays et même des communes à réaliser les contrôles nécessaires et si besoin est, à constater les infractions à la législation. Le seul témoignage de notre collègue Pauline Niva sur les difficultés rencontrées il y a quelques années à faire respecter les zones « fumeurs » dans l’enceinte de la seule mairie de Faa’a, en dit long sur la bonne volonté des citoyens à changer de comportement », a t’elle poursuivi.
Avant elle, Teave Chaumette, non-inscrite, s’était faite beaucoup plus critique: « Ou est la démocratisation des produits du sevrage ? » A ses yeux en effet, « il n’y a rien dans ce texte pour celles et ceux qui veulent arrêter de fumer ». De fait, elle soutient que le titre de ce texte est trompeur car trop règlementaire. Autant d’assertions qui n’ont visiblement pas été du goût du président du Pays, obligé d’apporter quelques corrections. Il n’en reste pas moins des trous dans la raquette! Et Maurea Maamaatuaiahutapu de déclarer: « On ne parle pas assez du Taho… » (ndlr: tabac à rouler dont les Polynésiens sont très friands) provenant des déchets du tabac et qui, selon les connaisseurs, est extrêmement nocif pour la santé.
AHIP opposé à l’interdiction
Fidèle à elle-même, la sénatrice Lana Tetuanui a préconisé une solution radicale en tant que mère de famille: « Prenons notre courage à deux mains. Interdisons l’importation des produits vapo et autres dérivés dans notre pays! » Une décision forte que le ministre des Finances, Warren Dexter, a voulu tempérer: « Au plan budgétaire, il n’y a aucun souci. Le vapotage n’a rapporté que 60 millions de Fcfp l’an dernier. En revanche, légalement, est-ce que c’est possible au regard du respect de la liberté du commerce…? » Le président Brotherson a déjà la réponse: « Ce sera forcément attaqué et très vraisemblablement retoqué ».
Toujours est-il que les débats ont été vifs sur l’opportunité -ou non- d’introduire l’interdiction du vapotage. Nuihau Laurey de AHIP s’y est fermement opposé, tout comme le tavana de Rangiroa, Tahuhu Maraeura, élu du Tapura. Mais Lana Tetuanui est restée droite dans ses baskets pour dire « stop » à la prolifération du vapotage, sous toutes ses formes, dans nos îles.
Quant au Cesec, il a regretté l’absence d’objectifs fixés dans ce texte. En effet, quelles conséquences peut-on attendre des nouvelles dispositions prises, par exemple, en matière de limitation des produits du vapotage ? Nous le saurons seulement dans cinq ans, dans le cadre d’un rapport quinquennal qui devra être établi, puis transmis à l’assemblée, pour juger de la bonne application de la loi du pays.
Au final, le texte amendé a été adopté par 51 voix « pour », 5 « contre » et 1 abstention.