Tarahoi ne digère pas le ticket-restaurant Tama’a Maitai
L’examen du projet de loi du pays relatif à la mise en place de dispositifs favorisant une alimentation équilibrée et ancrée dans l’économie locale en faveur des salariés et des agents publics de l’administration de la Polynésie française et portant instauration du titre Tama’a Maita’i en Polynésie française, s’est soldé par un rejet du texte ce jeudi à Tarahoi.
Premier texte inscrit à l’ordre du jour des travaux parlementaires. Premier clash. Premier revers pour le pouvoir exécutif.
Coup de tonnerre, à 14h50, à la reprise des travaux, le président Brotherson a demandé le retrait du texte après le rejet de l’article LP 1 qui institue le dispositif.
En effet, par quarante-deux voix, la représentation territoriale s’est positionné farouchement contre le projet de ticket-restaurant, version polynésienne, proposé par le gouvernement Brotherson. Si chacun reconnaît que l’intention est louable, ne serait-ce que pour soulager le porte-monnaie des travailleurs à la pause médiane, qu’ils soient du secteur privé ou public, c’est surtout la mise en oeuvre du dispositif qui a été vertement critiquée. Mais avant de passer au vote, l’élue Tepuaraurii Teriitahi avait suggéré d’examiner le texte, article par article, et non en procédure simplifiée comme prévu au départ, pour voir dans quelle mesure il était possible de le corriger. Preuve s’il en est de la bonne volonté de la minorité, contrairement à ce que prétend le président Brotherson.
S’agissant tout d’abord de l’intitulé, il y a comme une erreur sur la marchandise ! Il est en effet question de « dispositifs favorisant une alimentation équilibrée et ancrée dans l’économie locale ». Sauf que l’objectif sanitaire ne tient pas la route si l’on se réfère à la seule part minimum de produits locaux que doivent intégrer les restaurateurs et autres snacks pour être éligibles. En réalité, c’est bien cet aspect sanitaire pour une alimentation plus vertueuse qui semble fragiliser l’ensemble du dispositif. Ce que conteste le ministre de l’Agriculture, Taivini Teai, bien silencieux jusqu’ici. Et celui-ci de déclarer: « Jusqu’ici, on a toujours agi sur l’offre. Pas sur la demande! » En d’autres termes, encourager la consommation de produits locaux ne peut que contribuer à accroître les productions…Mais à quel prix!
Crédit d’impôt pour les employeurs du privé
Ensuite, en instaurant la version maohi du ticket restaurant, le Pays vient créer une nouvelle charge financière pour les employeurs du privé. Mais également du public, c’est à dire nous tous, sans savoir exactement ce qu’il en coûtera chaque année à la collectivité. On parle de 450 à 900 millions par an. Sans plus de détails. En pratique, précisons que les travailleurs disposeront d’un ticket mensuel d’une valeur de 12 000 Fcfp dont la moitié sera financée par l’employeur. Sur ce volet fiscal, le ministre de l’Economie, Warren Dexter, a indiqué que les patrons seront incités à épouser le dispositif au travers la mise en place d’un crédit d’impôt dont le taux est actuellement soumis à arbitrage.
Toujours est-il que le chef de l’exécutif local n’a pas beaucoup apprécié le positionnement des uns et des autres sur ce texte, exception faite du nouveau groupe A fano Tia, seul à l’approuver. Dans le collimateur, le groupe Tavini qui, par la voix de Maurea Maamaatuaiahutapu, n’a pas été tendre non plus. « Que le Tavini ne veuille pas voter, ça me surprend, ça me déçoit même…qu’est ce qui a motivé ce changement ? » s’est interrogé Moetai Brotherson. Et d’ajouter: « Dans ces conditions, déposez une motion de défiance avec vos nouveaux amis (ndlr: Tapura et AHIP) pour venir prendre notre place ».
On l’a bien compris: sans majorité (à qui la faute ?), le gouvernement Brotherson risque de voir dans les semaines et mois à venir, nombre de textes passer à la trappe. Soit, parce qu’ils sont mal ficelés. Soit pour des questions de « politique politicienne » dixit le chef de l’exécutif local en personne. Un long calvaire en perspective. Mais dans ce cas de figure, le gendre d’Oscar Temaru ne peut que s’en prendre à ses « anciens amis » du Tavini avec lesquels il vient de se fâcher. Pour de bon.
Illustration: DR
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