« Rétrofit » ATN: le pari osé du DG Lionel Guérin
Comme on pouvait s’y attendre, l’examen préliminaire du collectif budgétaire n°3, mercredi à l’assemblée de la Polynésie française, s’est focalisé en grande partie sur le prêt de 8,5 milliards de Fcfp que le gouvernement Brotherson entend consentir à Air Tahiti Nui pour réaménager les cabines de ses quatre appareils.
Allez, encore un effort! Et c’est promis, demain, tout ira mieux. C’est en substance le message résolument optimiste qu’a voulu faire passer le nouveau « commandant de bord » de la compagnie au tiare.
Une bonne nouvelle, tout d’abord: l’exercice 2026 devrait se clore sur un déficit de « seulement » 150 millions de Fcfp. Etant entendu que ce « bon » résultat est obtenu grâce au versement d’une (énième) subvention de 2,4 milliards Fcfp déjà octroyée à ATN. Et ce, alors même que le prix du carburant a flambé depuis le déclenchement de la guerre en Iran moyennant un Jet carburant à 140 dollars US le baril, en augmentation de 64%. La charge kérosène en 2026 devrait tourner autour de 14 milliards de Fcfp contre 8,7 milliards un an plut tôt.
Parallèlement, Lionel Guérin assure que l’entreprise consent déjà à des efforts en interne pour verrouiller les dépenses: les charges fixes sont stables, voire en diminution, il n’y a pas de nouveaux recrutements et des discussions sont en cours avec les pilotes de la compagnie pour accroître leur productivité.
Investir dans ce qui rapporte le plus
C’est pourtant dans ce contexte international plus qu’incertain que notre compagnie amorce une approche « high level » pour faire face à la concurrence d’Air France principalement. Le pari apparait d’autant plus osé, pour ne pas dire risqué (?), qu’il ne résume à une équation simple. A en croire le patron d’ATN, le simple fait d’ajouter huit sièges en « Business class », soit trente-deux au total pour toute la flotte, dans une nouvelle configuration plus moderne et confortable, devrait générer un profit estimé entre 3,5 et 4 milliards supplémentaires chaque année. De quoi remettre à l’équilibre les comptes de la société dès 2029. Ce sur quoi il s’est déjà engagé.
A ce jour, il faut savoir qu’Air Tahiti Nui génère 52% de son chiffre d’affaires en classe Economique – qui concentre le plus grand nombre de sièges – contre seulement 13% pour la Premium et 33% pour la « Business ». Il s’agit dorénavant d’investir dans ce qui rapporte le plus; un investissement qui s’accompagnera au passage d’un renchérissement, de l’ordre de 15%, du prix des billets d’avion pour ces passagers les mieux choyés, alors que la clientèle Eco sera épargnée, a assuré le directeur général devant les élus de l’assemblée.
En pratique, la compagnie est en passe de finaliser les conditions du « rétrofit » (opération qui consiste à remplacer des équipements anciens, usés ou obsolètes par des composants modernes et technologiques, tout en conservant la structure principale de l’objet ou de la machine): quel type de sièges ? Quelle configuration et surtout, quand la mise en chantier par les équipes de l’avionneur Boeing, ce qui nécessitera l’immobilisation d’au moins un appareil deux semaines durant. Selon les informations dont nous disposons, la rénovation des cabines interviendra fin 2028 – début 2029. Un premier décaissement de 300 millions de Fcfp est inscrit au collectif budgétaire n°3. Il ne reste plus qu’à officialiser le prêt avec la collectivité polynésienne. A un taux de 2,55% sur 10 ou 15 ans. Un financement jugé « peu coûteux » pour ATN. Quant au Pays, il en attend des intérêts cumulés de l’ordre de 1,2 à 1,8 milliard Fcfp durant toute la période de remboursement. Une bonne affaire ? On le verra à l’usage…
Il n’en reste pas moins une étape essentielle: l’assemblée de la Polynésie française donnera t-elle son feu vert à la contraction d’un tel prêt en faveur d’ATN ? Rien n’est moins sûr.
Photo d’archives
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