Après le Venezuela, Trump va t’il s’attaquer à la Colombie ?
Personne ne connaît le degré de préparation de l’administration Trump quant à la suite des évènements au Venezuela, mais pour une partie du monde latino-américain, les faits survenus à Caracas ce week-end sonnent comme un coup de pied dans une fourmilière qui a de la mémoire, et où les fractures sont ancrées.
Le chef d’État de la Colombie voisine, l’ancien guérillero Gustavo Petro (photo), est désormais en mode « branle-bas de combat ». Premier président issu du marxisme dans ce pays historiquement très lié à Washington, il a lui-même été menacé par Donald Trump en des termes on ne peut moins diplomatiques.
Après lui avoir dit samedi qu’il devrait « faire gaffe à ses fesses », l’ami nord-américain est allé par la suite jusqu’à le qualifier d’« homme malade », qui « aime prendre de la cocaïne ». Il avait déjà accablé la Colombie pour ses laboratoires de production.
Dans sa réponse à Donald Trump, Gustavo Petro commence, quant à lui, par rappeler sa position sur les stupéfiants, et défend la politique menée par son gouvernement en la matière. Il s’indigne aussi de tout raccourci à son propos, suite aux allusions du président américain relatifs à sa supposée consommation de cocaïne. Mais la suite est d’une toute autre teneur : « J’ai juré de ne plus jamais toucher aux armes après l’Accord de paix de 1989, mais pour le bien de mon pays, je reprendrai les armes dont je ne veux plus », promet le chef de l’État, qui avait déjà décrété l’envoi de troupes colombiennes aux frontières avec le Venezuela.
Le président de la Colombie est le commandant suprême des forces armées et de police colombiennes, conformément à la Constitution. Une Constitution qui a 34 ans, à l’élaboration de laquelle mon mouvement a contribué après avoir déposé les armes.
Gustavo Petro ne se fait aucune illusion face à la complexité interne, structurelle, propre à son armée. Il prévient sans ambages : « À compter de cet instant, chaque soldat colombien a un ordre : tout commandant des forces armées qui préfère le drapeau américain au drapeau colombien sera immédiatement destitué. » J’ai une immense confiance en mon peuple, c’est pourquoi je lui ai demandé de défendre le président contre tout acte de violence illégitime. Pour me défendre, le pouvoir doit être pris dans chaque municipalité du pays. L’ordre donné aux forces de sécurité est de ne pas tirer sur la population, mais sur l’envahisseur.
« Je ne dis pas n’importe quoi, poursuit l’ancien maire de Bogota, j’ai confiance dans le peuple et dans l’histoire de la Colombie, que M. Rubio n’a pas lue », ajoute-t-il, dans une allusion au secrétaire d’État américain monté en première ligne depuis l’enlèvement de Nicolas Maduro, et dont les parents sont des émigrés cubains. Le chef d’État termine par le rappel de références communes : « J’ai confiance dans le soldat qui sait qu’il est un fils de Bolívar et de son drapeau tricolore. Qu’il sache donc qu’il a affaire à un commandant du peuple. Vive la Colombie libre ! Officiers de Bolivar, rompez les rangs et marchez d’un pas victorieux ! »
« Les bombardements sur le territoire vénézuélien et la capture de son président dépassent les limites de l’acceptable »
Bien au-delà de Cuba, l’annonce par Washington de frappes aériennes sur Caracas et de la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro a frappé bien des esprits en Amérique latine, du Mexique à l’Argentine et au Chili. Au-delà de la solidarité idéologique affichée par plusieurs gouvernements de gauche, cette opération réactive, dans la région, les craintes liées à l’interventionnisme des États-Unis, et avec elles de grands clivages.
« Les bombardements sur le territoire vénézuélien et la capture de son président dépassent les limites de l’acceptable », estime le président Lula, lui-même ancien résistant, au Brésil. Son homologue mexicaine Claudia Sheinbaum a rappelé la Charte de l’ONU : « Tous les membres de l’organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, ou de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations unies. »
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Indépendamment des dires de Gustavo Petro, dans son propre pays, les guérillas actives à la frontière du Venezuela ont pris la parole, dimanche. L’ELN a dit se joindre à « tous les patriotes, démocrates et révolutionnaires » pour « affronter les plans impériaux contre le Venezuela et les peuples du Sud », et les dissidents des FARC – désormais dissoutes – ont pour leur part averti qu’ils donneraient « jusqu’à la dernière goutte de sang en luttant contre l’empire », « si nécessaire ».
source: Yahoo actualités
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