29 novembre 2021

Edouard Fritch: « Ce qui manque le plus aux femmes de Polynésie, c’est de la considération »

Nous publions de larges extraits de l’allocution prononcée ce jour par le président du Pays, Edouard Fritch, dans le cadre de la célébration de la Journée internationale des Droits des Femmes.

Soyez toutes et tous les bienvenus à la présidence de la Polynésie française.

(…)

Quand on regarde le monde, principalement le monde occidental, on peut dire que l’heure est venue où la femme acquiert une influence et un rayonnement dans la cité. C’est un constat partagé.

Nous vous respectons, car en regardant notre vie quotidienne, personne ne peut nier que vous avez toujours en partage la garde du foyer, le sens des berceaux et l’amour dans la famille.

Vous êtes nos premières éducatrices. Vous nous préparez aux mystères de la vie. En d’autres termes, vous nous préparez à l’avenir de notre espèce, l’espèce humaine.

C’est pourquoi, je suis particulièrement heureux d’accueillir les actrices qui, au quotidien, œuvrent et luttent pour restaurer chaque jour, un peu plus cette égalité entre les femmes et les hommes.

(…)

Chères amies, pour ma part, je ne peux séparer le sujet de la Femme, du sujet de la jeunesse. Je sais qu’en Polynésie, une femme n’est épanouie que si ses enfants sont sur de bons chemins. En d’autres termes, une femme n’est épanouie que si son foyer est épanoui.  

C’est donc avec une vision et une conception élargies qu’il faudrait célébrer cette journée du 8 mars en Polynésie. Nous devrions adapter cette célébration au contexte psycho-sociologique polynésien, en parlant, certes, des Droits de la Femme, mais de faire également un nécessaire focus, en ce 8 mars, sur les devoirs des hommes et des enfants. 

Je ne dis pas cela pour vous provoquer, mais pour ouvrir les horizons.

En effet, je crois sincèrement que les femmes en Polynésie ont acquis suffisamment de droits, au sens juridique et social du terme. En tant que collectivité de la République, les femmes polynésiennes ne sont pas en retard dans leurs droits, même si on peut toujours leur en donner plus.

Ce qui manque le plus aux femmes de Polynésie, c’est de la considération, c’est le respect de sa dignité.

Ce qui leur manque, c’est qu’en Polynésie, nous n’avons pas tous conscience que la femme est « un être vénérable ».

Oui, il faut redonner à la Femme une certaine dimension sacrée. La vie est un don de Dieu. Elle seule donne la vie.

Pour notre Seigneur, notre seul but sur terre est de vivre pour aimer. Cela semble si évident à le dire, mais je sais, ô combien, difficile à le mettre en actes.

Il ne s’agit pas de droits, il s’agit d’humanité. Il s’agit de changer notre regard sur les Femmes. Elles sont source de vie et d’amour. C’est notre défi.

Au fond, le Polynésien aime la femme mais ne sait malheureusement pas comment le dire à la femme, comment le traduire dans ses actes.  

Chères amies, quand on regarde le monde, l’humanité, le chemin de la femme n’a pas été de toute facilité. Ce parcours semé d’obstacles nous a vraisemblablement privé des bienfaits qu’elle pouvait nous apporter. C’est l’humanité entière qui a été privée d’authentiques richesses spirituelles. 

En effet, combien de femmes sont encore jugées sur leurs qualités physiques plus que sur leurs valeurs professionnelles, leur sensibilité, et en définitive sur leur dignité, la dignité de leur être, la dignité de leur genre.

C’est là, l’objet de votre combat, de notre combat à tous. C’est à vous que nous devons notre propre survie.

Il en découle pour la société de gommer ces discriminations et d’obtenir partout l’égalité effective, je veux parler de la parité des salaires pour un travail égal, la protection et l’accompagnement des mères qui travaillent, l’égalité des époux dans le droit de la famille. Il s’agit là d’un acte de première nécessité.

La présence sociale de la femme sera précieuse face aux graves problèmes qui font l’objet de débat pour notre société : la qualité de la vie les services sociaux, la délinquance, la drogue, les violences conjugales.

A mon sens, elle sera précieuse car elle contribuera, plus que nous les hommes, à relever les contradictions d’une société organisée sur les seuls critères de l’efficacité et de la productivité.

(…)

Concernant plus particulièrement cette Journée internationale des droits de la femme, je souhaitais tous vous féliciter pour votre volonté de contribuer à la célébration du 8 mars, à travers la thématique phare de cette édition 2021 qui porte sur l’autonomie corporelle.

Grâce à votre concours, plusieurs ateliers ont été définis en concertation avec le milieu associatif ainsi que les acteurs institutionnels – Contrat de ville, direction de la santé – pour aborder toutes les implications de ce sujet d’importance pour la Femme et notamment en premier lieu par la maîtrise responsable de son corps. 

Tous les sujets en lien avec cette thématique seront, j’en suis certain, abordés et traités sans tabou, avec gravité et responsabilité.

Ils donneront lieu à une restitution des travaux réalisés en fin de journée. La parole est libre et doit être partagée avec toutes et tous.

Par ailleurs, je puis vous assurer que le thème sur l’égalité des genres, est en droite ligne des priorités que nous estimons indispensables à l’atteinte des objectifs d’intégration sous-régionale. En effet, le choix a été porté sur cette thématique pour faire lien avec les travaux qui sont actuellement en cours avec nos partenaires du Pacifique.

Ainsi, je souhaitais à l’occasion de cette journée, vous annoncer que nous accueillerons cette année, les Triennales de la condition féminine. Cet évènement majeur de la région Pacifique, qui se tient tous les trois ans, sera présidé par la Polynésie française et se définira par deux grandes manifestations : la Conférence régionale des femmes du Pacifique du 27 au 29 avril et la réunion des ministres de la condition féminine le 4 mai prochain.

Ces réunions constituent le seul espace régional de réflexion sur les défis à relever pour faire progresser l’égalité entre femmes et hommes.

Aussi, je voudrais inciter chacun d’entre nous, à réfléchir à l’utilisation proactive que nous pouvons avoir de cet espace, afin de faire avancer nos efforts territoriaux et régionaux en faveur de l’égalité des sexes, ici dans notre pays, mais aussi à l’échelon régional et international.

En effet, si le monde a réalisé des avancées sans précédent, aucun pays n’a encore atteint l’égalité des sexes. Il nous appartient d’écrire l’avenir et de faire en sorte que les prochaines années marquent leur différence pour les femmes et les filles de tous les pays.

Votre participation aux différentes consultations portant sur les axes de réflexion prioritaires qui seront engagées d’ici peu par le Ministère en charge de la condition féminine est très attendue.

Je tiens particulièrement à remercier Madame la Ministre en charge de la condition féminine d’avoir eu l’initiative d’associer l’Art à la Femme sur cette thématique en prévoyant la participation de 4 artistes issus du festival ONO’U qui ont su mettre leurs talents au service de la Femme en créant 4 œuvres originales : « Le baiser transcendant » par TAFE qui soulève la question du droit à la sexualité pour tous, « Aito Vahine » par Mme Sarah VIAULT qui aborde par le graphisme la violence faite aux femmes, « Hirioro » par VASHEE qui traite du désir de grossesse dans le couple et enfin Mme Tiffany VAHINETUA qui entend mettre fin aux préjugés portant sur l’hygiène corporelle.

Cette journée permettra également la création d’une œuvre collective géante qui sera réalisée en direct tout au long de la matinée où avec des espaces collaboratifs permettant à tout un chacun de collaborer ensemble à la défense d’une cause commune des droits des femmes et valoriser leur résilience, comme on le sait, à toutes les situations.

Vive les femmes !

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