Ouverture de la session administrative: si loin des attentes des Polynésiens…
Ambiance presque surréaliste ce jeudi matin à l’assemblée de la Polynésie française, jour de la séance d’ouverture de la session administrative.
Plusieurs dizaines de militants et sympathisants du Tavini huiraatira (parti indépendantiste d’Oscar Temaru), ont investi de bonne heure le hall René Leboucher de l’institution. Non pour célébrer dans la joie et la bonne humeur cette troisième année du mandat de Moetai Brotherson qui s’achève, début mai, mais plutôt pour l’inviter à quitter la présidence du Pays.

Pour ces contestataires – originaires en grande partie de la commune de Paea (côte Ouest de Tahiti), celle administrée il ya peu encore par Antony Géros – il s’agissait alors de crier leur colère et leur incompréhension après la démission de quinze élus regroupés désormais sous la bannière d’un nouveau groupe baptisé « A Fano Tia ». A leurs yeux, pas de doute: tout est orchestré par le président Brotherson dont ils réclament le départ.

Chacun a donc pu suivre en direct, sur place ou à la télévision, le déroulement de la séance solennelle ponctuée des deux discours habituels, ceux prononcés par Antony Géros et Moetai Brotherson, avant la suspension des travaux jusqu’à cet après-midi, 15 heures, pour cause de décès dans les rangs du Tavini, canal historique. Face à eux, désormais, trois groupes: 22 élus pour le Tavini en bleu, 16 pour le Tapura en rouge et 15 pour A Fano Tia en blanc, sans oublier les quatre non-inscrits. Un décor tricolore à savourer sans modération.

L’actuel locataire du perchoir, numéro 2 du Tavini, a « ouvert le bal » en reprochant au gouvernement, de manière assez subtile, de n’avoir tiré aucun enseignement des trois colloques organisés par Tarahoi sur des thèmes essentiels comme la vie chère, le foncier ou encore la transition énergétique. « De véritables espaces de réflexion collective (…) pour préparer l’avenir de ce pays », avec à la clé, des recommandations opérationnelles, dont le gouvernement n’a – pour l’heure – nullement tenu compte. En d’autres termes, le président de l’assemblée réaffirme le voeu de travailler plus étroitement, en cohérence, avec le pouvoir exécutif. Par ailleurs, Antony Géros n’a pas manqué d’évoquer « la situation interne de notre assemblée », en référence à la constitution d’un nouveau groupe dissidents. Un bouleversement qui ne semble pas l’inquiéter outre mesure, estimant que par le passé (1957, 1993, 2004-2011), d’autres événements de ce type ont émaillé la vie de l’institution. Mais il n’a pas manqué d’ironiser quant aux divergences de vue apparues dernièrement sur les conditions d’accès à la pleine souveraineté de « maohi nui »: trois ans, c’est long quand même!
Changement de registre avec la prise de parole de Moetai Brotherson. « Je l’ai trouvé très poétique ce matin », a indiqué le député Rohfritsch, allusion au va’a et au fare pote soutenu par cinq piliers qui sont autant de fondations essentielles à ses yeux. Lui, en tous cas, plaide non coupable dans la crise qui secoue le parti indépendantiste. A l’en croire, en effet, « le gouvernement a tenu sa parole dans ce qu’il est humainement possible de réaliser dans ce laps de temps (ndlr: 3 ans) ». En revanche, ne lui demandez pas de suivre aveuglément le metua Oscar Temaru. Sinon, comment comprendre ces petites piques assénées dans son discours: « La vraie liberté illumine les sentiers », « sans démocratie, il n’y a pas de souveraineté véritable » ou encore « n’ayons pas de rêve fou ou solitaire ».
Toujours est-il que pour le Tapura huiraatira, mouvement autonomiste présidé par Edouard Fritch, le spectacle n’en est pas moins affligeant ! Et d’écrire dans un communiqué: « L’ouverture solennelle de la session administrative de l’Assemblée de la Polynésie française est devenue ce matin le lieu de règlement de comptes interne entre les représentants qui ont été élus en mai 2023 sur la liste du Tavini Huiraatira ». Avant d’ajouter: « C’est un moment d’indignité politique, car autant le président de l’Assemblée que le président du Pays ont oublié le peuple qu’ils prétendaient servir lors de leur élection. La tribune officielle de notre assemblée a été confisquée par deux factions rivales pour y dérouler un programme politique en vue des prochaines élections territoriales, au mépris des institutions du Pays et de la population qui attend toujours que l’on s’occupe de ses problèmes ».
Même son de cloche de la part du député Teva Rohfritsh, également présent sur place dans les rangs des officiels, pour qui: « Nous sommes loin des attentes des Polynésiens. C’est l’actualité politique polynésienne qui a mobilisé les discours… » au risque que le Pays n’entre, une fois de plus, dans une nouvelle période d’instabilité.
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