« Gérer Air Tahiti Nui ne s’improvise pas »
Que se passe t-il au sein de la compagnie Air Tahiti Nui ? Apparemment, rien ne va plus !…Alors que son directeur général est poussé vers la sortie, c’est le PCA, Hiro Arbelot, le conjoint de la député Tavini, qui semble faire la pluie et le beau temps. Et pendant ce temps, le président du Pays, Moetai Brotherson, est aux abonnés absents.
Face à cette situation, le parti autonomiste Tapura Huiraatira, tire la sonnette d’alarme, appelant les pouvoirs publics à remettre un peu d’ordre dans la maison. Voici un communiqué adressé aux médias.
Le courrier d’alerte adressé par un collectif de salariés d’Air Tahiti Nui aux représentants de l’Assemblée de la Polynésie française est extrêmement préoccupant. Si les faits rapportés sont avérés, ils montrent les signes d’une compagnie stratégique plongée dans une crise profonde de gouvernance, de management et de vision, mettant en jeu à la fois la sécurité des vols, la cohésion sociale interne et la pérennité financière de l’entreprise.
Ce courrier fait état d’une confusion manifeste des rôles, d’un climat social délétère, de décisions organisationnelles ayant frôlé le retrait du certificat de transporteur aérien, et de choix industriels contestés, en contradiction avec les conclusions d’audits indépendants. Cela ne peut être pris à la légère.
Air Tahiti Nui est, et nous le savons tous, un pilier de l’économie polynésienne, un outil majeur du désenclavement et le socle de notre industrie touristique. La gérer exige compétence, rigueur, c’est respect des règles et clarté des responsabilités. Or, le courrier décrit une situation où le président du conseil d’administration, M. Hiro Arbelot, serait devenu un PDG de fait, s’immisçant directement et d’une manière autoritaire dans la gestion opérationnelle de la compagnie, au mépris des équilibres statutaires et du rôle du directeur général, mandataire social légal d’ATN.
Cette dérive est d’autant plus choquante que le statut même d’Air Tahiti Nui a été modifié par le gouvernement actuel pour permettre la nomination de M. Arbelot comme PCA indemnisé, à hauteur de quatre fois le SMIG, alors qu’une nomination comme PDG aurait entraîné la suspension de sa pension de retraite issue de la compagnie. Ce bricolage statutaire pose une question morale, une question financière, mais surtout une question de gouvernance publique.
Les salariés alertent également sur une volonté obsessionnelle de basculement vers des appareils Airbus, notamment l’A350, alors même qu’un audit du cabinet Arthur D. Little concluait à la parfaite adéquation des Boeing 787-9 avec le réseau actuel d’ATN. Un tel revirement stratégique, aux coûts considérables, interroge, tout comme le recours à des cabinets de conseil dont les antécédents nourrissent de sérieux doutes sur de possibles conflits d’intérêts.
À cela s’ajoutent des décisions précipitées, comme la fermeture de la ligne Seattle, dont les créneaux ont été récupérés en quelques heures par une compagnie concurrente, illustrant une improvisation stratégique dangereuse.
Plutôt que de remettre de l’ordre, le pouvoir en place semble poursuivre une logique de protection personnelle. Le directeur général actuel est poussé vers la sortie, tandis qu’une nouvelle nomination, celle de M. Lionel Guérin, nécessiterait à son tour une modification des règles internes, notamment en raison de la limite d’âge statutaire. Dans ce contexte, chacun comprend que le futur directeur général risquerait de ne disposer que d’une marge de manœuvre illusoire, sous la tutelle directe d’un PCA omniprésent et d’un exécutif politique de plus en plus intrusif.
Gérer Air Tahiti Nui ne s’improvise pas. Gérer un pays autonome ne s’improvise pas. Tout comme gérer une commune ne s’improvise pas non plus. L’argent public injecté dans ATN, avec plus de 11 milliards de francs entre 2021 et 2025, impose des exigences de transparence, de compétence et de responsabilité. Nous ne pouvons accepter que notre compagnie aérienne internationale devienne l’otage d’arrangements personnels, de luttes d’influence et de décisions improvisées.
Nous demandons solennellement au président Brotherson, porteur des parts sociales du Pays : le respect strict des règles de gouvernance, une clarification immédiate des rôles entre PCA et direction générale, l’arrêt des bricolages statutaires, et la mise en place d’une stratégie industrielle fondée sur l’intérêt général, les audits indépendants et la sécurité aérienne.
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