Crise ouverte au sein du groupe Tavini à Tarahoi

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Au lendemain de l’annonce de la démission de Tematai Legayic du groupe Tavini huiraatira à l’assemblée de la Polynésie française, la crise est officiellement ouverte dans les rangs bleus.

Ouverture, ce mercredi matin, de la première séance de la session extraordinaire provoquée à la demande du gouvernement Brotherson pour présenter en urgence son premier collectif budgétaire censée « lutter » contre les effets de la guerre au Moyen-Orient. Une convocation qui n’a visiblement pas mobilisé la majorité puisque lors de l’appel des représentants par la secrétaire générale, le Tavini huiraatira ne comptait que vingt-cinq élus, soit dix de moins que le vivier restant après le départ de Hinamoeura Cross, Odette Homai et Tematai Legayic.

Pas de majorité dans l’hémicycle

Comment faut-il interpréter une telle désaffection sur un dossier aussi important ? La question mérite d’être posée aux cadres du parti indépendantiste invités par ailleurs à « régler leurs problèmes internes ». Toujours est-il que c’est grâce à la minorité Tapura-AHIP que le quorum a pu être officiellement constaté et que les travaux se sont déroulés.

Preuve encore que le pouvoir exécutif polynésien va désormais devoir avancer à tâtons, sous peine d’un rejet par l’assemblée d’une partie de ses textes, le second dossier inscrit à l’ordre du jour des travaux, à savoir celui sur le titre « Tama’a Maita’i » (ticket restaurant, version maohi), a été purement et simplement retiré. Encore un projet gouvernemental qui ne fait pas consensus, y compris au sein du Cesec, tant il impose une nouvelle charge financière aux patrons…

En liminaire, la séance a pris une tournure très politique sous forme d’un échange entre Edouard Fritch et Oscar Temaru, le premier tirant les enseignements des dernières Municipales marquées par une déroute électorale du Tavini huiraatira, le second – réélu à la tête de la commune de Faa’a pour un huitième mandat consécutif – estimant au contraire que « les Municipales ne sont pas représentatives de ce qui se passe dans notre Pays ». A l’évidence, le Metua n’a toujours pas compris le message adressé par les électeurs. Son discours ne varie pas: tout est de la faute de la France ! A l’en croire, « notre pays est dirigé par M. Macron, voilà pourquoi notre Pays souffre aujourd’hui ». En revanche, le leader indépendantiste a rapidement évacué le cas Legayic: « J’ai pris connaissance de la lettre (ndlr: de démission); je n’en suis pas offusqué ». Circulez, il n’y a rien à voir.

Quant à Nuihau Laurey pour AHIP, lui se cantonne dans son rôle d’arbitre, au dessus de la mêlée: « J’espère que les deux ans qui viennent seront meilleures que les trois ans qui viennent de s’écouler! » Et d’annoncer sur le seul texte en débat: « Nous allons voter ce collectif par nécessité et non par conviction ».

Un coup de Com’ de Moetai Brotherson

Bien plus critique, le président du Tapura huiraatira, Edouard Fritch, a estimé sur la forme tout d’abord « qu’il n’y avait pas urgence à organiser une session extraordinaire puisque la session ordinaire commence dans quinze jours, et que ce délai aurait pu être mis à profit pour affiner les prévisions en fonction de l’évolution du conflit. Mais, comme à votre habitude, vous avez voulu faire un coup de com pour bien marquer votre capacité d’anticipation et de réponse à ce que vous présentez comme une urgence. Oui, ce n’est que de la com car nous n’avons aucune analyse substantielle pour étayer les mesures que vous proposez. »

Sur le fond à présent, il s’interroge sur la rallonge budgétaire accordée au FRPH qui, selon lui, « est pour le moins étonnante. Elle est étonnante puisque dans la réforme du mode de financement du Fonds que notre assemblée a adopté l’an dernier, malgré notre opposition, vous nous aviez assuré que votre démarche était fondée sur le fait que le FRPH devait fonctionner de manière autonome, sans avoir besoin de le réabonder en cours d’année au moyen de collectifs budgétaires. Vous nous aviez donc annoncé que le Fonds serait financé de manière autonome par l’affectation de la taxe spécifique exceptionnelle sur certains hydrocarbures (TSE), d’une partie de la taxe de consommation sur les hydrocarbures (TCH) et de la taxe sur les équipements électriques importés (TEEI), ainsi que par les « recettes de régulation ». Il n’y avait donc lors du vote du compte spécial au primitif aucune recette provenant du budget général. Trois mois plus tard, on fait plus que doubler la mise en puisant dans nos réserves budgétaires. Fini le financement autonome promis ! Il n’y a aucune cohérence dans votre politique et nous constatons que votre réforme n’a pas du tout atteint les objectifs annoncés et que, cette fois encore, la réalité a balayé la communication, renvoyant la mise en scène au rang de fiction. »

Quant à la dotation exceptionnelle de 2,4 milliards à Air Tahiti Nui, « il faut arrêter de nous balader », a lancé Edouard Fritch. Et d’expliquer: « Loin de répondre aux perturbations sur les prix des carburants, cette subvention sert à compenser la nouvelle perte enregistrée par la compagnie au titre de 2025, d’autant qu’elle a déjà perçu 3,5 milliards l’an passé. Vous-même le dites dans l’exposé des motifs, pour compenser les augmentations des prix des carburants, Air Tahiti Nui a déjà procédé à la mise en place d’une « surcharge carburant » sur les billets vendus qui est de 30 000 F CFP par billet émis. Mais contrairement aux autres compagnies internationales, elle ne s’en est pas vantée. »

 

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