10 juillet 2026

Nouveau rejet des collectifs budgétaires n°2: c’est toujours l’impasse à Tarahoi

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Le séance à l’assemblée de la Polynésie française qui s’est ouverte « de plein droit » ce vendredi 10 juillet 2026 a, une fois de plus, donné lieu à de vifs échanges dans l’hémicycle, démontrant, si besoin était, l’impasse politique dans laquelle se trouve le gouvernement de Moetai Brotherson. Au final, les deux projets de délibération visant à formaliser le report des crédits de paiement (CP) de 2025 sur 2026 ont encore été rejetés par 21 voix, 17 « pour » et 18 abstentions, obligeant de facto l’exécutif à engager sa responsabilité. Explications.

Retour à la case départ donc pour l’exécutif local qui, après le vote de rejet du 26 juin dernier, s’est vu contraint de redéposer les deux dossiers en question à Tarahoi dans l’espoir de les faire adopter. le problème, c’est que, contrairement à ce qui avait été demandé par la « minorité », le gouvernement n’a pas changé une virgule à sa première mouture.

En d’autres termes, et comme l’a indiqué l’élu non-inscrit, Nuihau Laurey, dans son intervention, le bras de fer engagé par le gouvernement n’offrait alors à l’assemblée que deux voies possibles: se soumettre ou renverser l’exécutif ! Quand bien même, « le problème vient de votre groupe (ndlr: le Tavini huiraatira aujourd’hui divisé) et c’est à vous de le résoudre », a précisé la représentante-sénatrice Lana Tetuanui au nom du Tapura huiraatira.

Près de deux durant, plusieurs intervenants ont pris la parole pour donner leur sentiment sur la scène presque irréaliste, digne du Bourgeois Gentilhomme – célèbre pièce de théâtre de Molière – qui se joue actuellement à Tarahoi. Une partie de « poker-menteur » dans laquelle excellerait le président Brotherson et dont le mépris affiché pour les élus n’est pas du goût de la non-inscrite Teave Chaumette.

« Il faut rendre la parole au peuple souverain »

Dans la même verve, et de manière plus factuelle, son collègue Nuihau Laurey a poussé plus loin l’analyse. Aussi, dans le prolongement du « C’est moi ou le chaos! », il a appelé le président Brotherson à « rendre la parole au peuple souverain » en activant l’article 157-1 de la loi organique qui prévoit, en de telles circonstances, de demander au président de la République un retour aux urnes anticipé et ce, dans un délai de trois mois. A ses yeux, en effet, « cette situation n’est pas un accident. Elle résulte de trois années d’errance ». Mais en tout état de cause, a t-il indiqué, « ce rejet n’est pas un acte de sabotage » (ndlr: comme le soutien le chef de l’exécutif local), mais il résulte d’un message clair selon lequel il n’a plus de majorité à l’assemblée pour gouverner.

Dans un registre différent mais tout aussi percutant, le président du groupe Tapura, Edouard Fritch, a fait la démonstration que le rejet des deux délibérations n’avait pas pour conséquence un « blocage » de la vie économique du Pays. En effet, la lecture des derniers arrêtés d’affectation des crédits de paiement démontre le contraire…jusqu’au financement des deux bassins démontables prévus dans le cadre des épreuves de natation pour les prochains Jeux du Pacifique – Tahiti 2027. Il a également fait état d’un « problème de délai » s’agissant du dépôt des deux textes. Douze jours après, et non dix comme la loi le stipule. Sur le fond, Edouard Fritch l’a redit: « Vous foulez la démocratie (…) votre collectif budgétaire n°2 ne répond pas aux aspirations de la population ».

Mais la prise de parole que chacun attendait, c’était celle du Tavini huiraatira! Il n’en fallait pas davantage pour que le président de l’institution, Antony Géros, abandonne provisoirement le perchoir pour « taper dans le tas ». Avec gravité et franchise, sans jamais regarder le président du Pays, il a eu des mots durs envers celui avec qui il a cheminé trois années durant et qui aujourd’hui, ne figure plus parmi les membres du Tavini. Et pour cause, Moetai Brotherson a été officiellement « démissionné d’office » la veille. Mais plus que tout, Tony Géros n’a pas digéré « le couteau » que le groupe A Fano Ti’a lui a planté « dans le dos » après avoir divulgué dans la presse la teneur de la réunion informelle tenue deux jours plus tôt avec Oscar Temaru. Aussi, il s’est exclamé: « Nous sommes arrivés au moment où nous n’en pouvons plus! » Mais en dépit de tous ces reproches, le président du groupe Tavini à l’APF a indiqué que lui et ses collègues (22 au total) allait s’abstenir.

Demande de retour aux urnes: Niet, répond Moetai Brotherson

Après une pause de trente minutes demandée par Lana Tetuanui, la séance a repris. Dans la même ambiance.

En réponse à ce qu’il considère comme un « lynchage », le président Brotherson s’est dit « effaré par tout ce qui se passe depuis quelques semaines ». A l’en croire, le moment n’est pas venu de remettre en cause cet « acte purement technique », ce qui serait une « première » dans cette institution. Une analyse qui lui aurait été confirmée par ses juristes et par ceux du haut-commissariat, faute d’amendements déposés dans les temps le 26 juin dernier. Mais il s’est engagé à en discuter lors de la présentation du collectif n°3 dans les semaines à venir. Quant à la possibilité qui lui est offerte de recourir à l’article 157-1 pour de nouvelles élections anticipées, « je ne le ferai pas! » a déclaré Moetai Brotherson. Auquel cas Nuihau Laurey lui a rétorqué: « Dans ces conditions, on va continuer à bidouiller les textes… » et à perdre du temps. Enfin, dans l’hypothèse d’un nouveau rejet des deux projets de délibération en question, le président du Pays a confirmé qu’il engagerait bien la responsabilité de son gouvernement comme les textes le prévoient.

Durant le scrutin, à noter que le représentant paumotu du Tapura, Tahuhu Maraeura, a voté « pour », de même qu’Oscar Temaru, leader historique du Tavini qui s’est visiblement désolidarisé de l’abstention prônée par son groupe. En revanche, Maurea Maamaatuaihutapu a voté « contre ».

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