17 juillet 2026

Le Tavini huira’atira dénonce « l’imposture politique » de Moetai Brotherson

0

Dans un communiqué que nous reproduisons ci-dessous in-extenso, le Tavini huira’atira canal historique, s’attaque frontalement au président Moetai Brotherson en dénonçant « l’imposture souverainiste d’un autonomiste ».

Depuis sa fondation en 1977 par Oscar Manutahi Temaru, le Tavini Huira’atira porte un combat unique, constant et sans ambiguïté : l’accession du peuple polynésien à la pleine souveraineté. Ce combat a été consacré le 17 mai 2013 par la résolution 67/265 de l’Assemblée générale des Nations Unies, qui a réinscrit la Polynésie française sur la liste des territoires non autonomes à décoloniser au titre de l’article 73 de la Charte.

C’est sur ce mandat que le peuple polynésien a porté nos listes à la victoire le 30 avril 2023. Trois ans plus tard, le Tavini Huira’atira est contraint de dresser un constat accablant : les prises de position répétées de Moetai Brotherson sur les relations entre l’État français et la Polynésie française ne relèvent pas du combat souverainiste qui l’a fait élire, mais bien d’une gestion autonomiste non assumée, drapée dans un vocabulaire indépendantiste vidé de sa substance.

Dès septembre 2023, devant l’Assemblée de la Polynésie française, Moetai Brotherson revendiquait avoir « tissé des relations fortes avec l’État », qu’il qualifiait de « partenaire ». Or l’État français n’est actuellement pas un partenaire : il est, au regard du droit international, la puissance administrante d’un territoire à décoloniser, laquelle est débitrice d’obligations envers le peuple polynésien, dont l’organisation d’un processus de décolonisation refusée obstinément depuis 2013.

Assimiler la puissance administrante à un partenaire, c’est renoncer au cadre onusien que plus de trois décennies de lutte pacifique et légale du Tavini Huira’atira ont permis d’arracher en 2013.

Se déclarant « profondément républicain et démocrate », puis se positionnant en octobre 2025 comme « indépendantiste républicain », Moetai Brotherson a inventé une catégorie politique qui n’existe dans aucun texte du Tavini Huira’atira.
On ne peut pas, dans le même souffle, se réclamer de la décolonisation d’un peuple et de la République qui le colonise.
Cette formule, complaisamment reprise à Paris, n’a qu’une fonction : rassurer l’État français sur le fait que l’indépendance ne viendra pas de M. Moetai Brotherson, et qu’il fera même tout pour l’empêcher.

Lors du congrès du Tavini Huira’atira d’avril 2025 à Faa’a, Moetai Brotherson s’est ouvertement démarqué des fondamentaux portés par notre président Metua, allant jusqu’à déclarer : « Si le but c’est juste d’atteindre l’indépendance, ça ne m’intéresse pas. »

En avril 2026, il précisait ne pas voir l’indépendance « comme une fin en soi », mais comme une simple « étape ».
Chaque mois qui passe apporte une nouvelle formule de relativisation : l’indépendance devient conditionnelle, différée, subordonnée à des préalables économiques dont le calendrier n’est jamais fixé, soit exactement le discours attendu par l’État français.

Pendant ce temps, aucune avancée concrète n’a été obtenue de l’État français sur l’ouverture d’un dialogue de décolonisation conforme aux résolutions onusiennes. Pire, l’actuel président du Pays se félicite de sa relation avec l’Élysée quand l’État français annonçait amputer de 160 millions d’euros ses engagements budgétaires envers les Outre-mer pour 2026, et continue d’ignorer les travaux de la Quatrième Commission des Nations Unies.

Le bilan des relations entre le gouvernement Brotherson et l’État français est celui d’un exécutif autonomiste ordinaire : négociation de conventions, quête de financements étatiques, gestion des transferts de compétences dans le strict cadre de la loi organique du 27 février 2004, ce statut d’autonomie que le Tavini Huira’atira a toujours dénoncé comme instrument de perpétuation de la tutelle coloniale.

À aucun moment l’actuel président du Pays n’a mis la question de la décolonisation au centre du rapport de force institutionnel et légal avec Paris. Il en a fait un élément de langage pour les tribunes médiatiques, jamais un objet de négociation ancré dans le réel.

Le Tavini Huira’atira dénonce solennellement l’imposture politique de Moetai Brotherson envers le combat souverainiste historique du parti. Se réclamer de l’héritage de M. Oscar Manutahi Temaru et des militants qui ont porté légalement la réinscription de la Polynésie française à l’ONU, tout en qualifiant la puissance coloniale de « partenaire » et l’indépendance de simple « étape » sans échéance, c’est trahir la parole donnée au peuple polynésien.

Le Tavini Huira’atira appelle M. Moetai Brotherson à un exercice élémentaire de vérité : qu’il reconnaisse devant le peuple polynésien que le combat politique qu’il mène est un combat autonomiste, et qu’il cesse de tromper l’électorat polynésien en se parant des couleurs de la liberté et de la souveraineté.

Le peuple polynésien a le droit de savoir qui le gouverne aujourd’hui : un gestionnaire de sa dépendance. Le combat pour la pleine souveraineté de Ma’ohi Nui continue, car il ne s’arrêtera ni aux calculs politiciens d’un homme au service d’intérêts extérieurs, ni aux commodités d’un mandat électoral dévoyé.

Photo en date du 15 mai 2023

Loading

Laisser un commentaire