Le Tournoi des Six Nations aura bien lieu

Le variant britannique du coronavirus ne remet pas en cause le Tournoi des Six Nations : c’est ce qu’assure Bernard Laporte, le président de la Fédération française de rugby (FFR), dans un entretien exclusif à franceinfo, jeudi 14 février.
Et il est très clair : « Je comprends que certains soient sceptiques, mais il aura lieu. » La Fédération remet ce jeudi au ministère des Sports un protocole sanitaire détaillé du Comité des Six Nations, avec des équipes nationales placées dans des bulles, avec des tests encore renforcés et des « Covid managers » pour chaque nation.

Lundi, les Coupes d’Europe de rugby, qui engagent les clubs, ont été suspendues « au moins jusqu’à début février » en raison du contexte sanitaire. Et mardi, le gouvernement français avait réclamé plus de garanties sanitaires de la part des Britanniques avant d’autoriser le XV de France de Fabien Galthié à se rendre en Irlande (dimanche 14 février) puis en Angleterre (samedi 13 mars). Le premier match des Bleus, le 6 février en Italie, n’est à ce stade pas remis en cause. Et pour Bernard Laporte, le protcole mis en place permettra bien la tenue du Tournoi.

franceinfo : Mercredi, le comité organisateur a annoncé le report du Tournoi des Six Nations féminin, et celui des moins de 20 ans. Le Tournoi des Six Nations masculin aura-t-il lieu ?

Bernard Laporte : Bien sûr que le Tournoi aura lieu. Je comprends que certains soient sceptiques, mais il aura lieu. D’abord parce que nous avions, durant l’automne, mis en place un protocole qui a très, très bien fonctionné. La preuve, c’est que dès que dans une équipe, en l’occurrence les Fidji, ont été détectés des cas Covid, ils ont été hors compétition. Cela a bien fonctionné. Il va y avoir un protocole des Six Nations. Tout cela fait, encore une fois, que nous sommes très optimistes. Cela a fonctionné à l’automne. Je ne vois pas pourquoi ça ne fonctionnerait pas. Il y aura des modifications, on ira plus loin, il y aura encore plus de tests : prévenir (du sanitaire), détecter (beaucoup de tests) et circonscrire. C’est le triptyque du protocole.

La bulle sera encore plus stricte que lors de la Coupe d’automne des nations ?

Il y aura encore plus de tests, effectivement. On s’adapte aux conditions, mais c’est le même principe : une véritable bulle sanitaire. Le danger, c’est quand un joueur s’en va et qu’il revient : il faut faire très attention parce qu’il rentre dans cette bulle où tout le monde est protégé et il ne faut pas qu’il contamine les autres.

Voilà : beaucoup d’organisation, beaucoup de prévoyance, avec un « Covid-manager » dans chaque nation. Pour nous c’est Serge Simon, qui est médecin en l’occurence. Je le répète, ça a bien fonctionné à l’automne. Ça fonctionnera bien durant ce temps des Six Nations.

Ce sont les exigences du ministère des Sports et du ministère de la Santé pour que le Tournoi ait lieu ?

Mais bien sûr. Ils ont été refroidis par ce qui s’est passé avec l’EPCR [European Professional Club Rugby, l’organisateur de la Coupe d’Europe des clubs]. Je ne veux pas jeter la pierre à l’EPCR, mais effectivement, le protocole était moins strict. Et là, les six équipes seront dans des bulles sanitaires. Donc le danger, encore une fois, c’est quand des joueurs vont sortir des bulles sanitaires, ceux qui vont repartir dans leurs clubs : quand ils reviennent, il faut être très, très exigeant. Et surtout, des tests renforcés, bien sûr, parce que c’est dans l’intérêt de tout le monde. Imaginez si demain il arrive à une nation ce qui est arrivé aux Fidji, qu’on lui dise : vous sortez de la compétition… C’est dramatique. Économiquement parlant, ce n’est pas possible.

Le maintien du Tournoi, c’est vital ?

Oui, c’est vital. Économiquement parlant, c’est beaucoup d’argent, de droits, télés et autres pour chaque nation. Donc oui, c’est vital, même si on sait très bien qu’on jouera devant personne. Le manque à gagner de la billetterie existera quand même.

Où en sont les finances à la Fédération française ?

On a perdu 27 millions d’euros nets avec cette tournée automnale sans recettes de billetterie. C’est comme ça. On a la chance d’avoir une fédération solide. Il faut s’adapter : on a aidé les clubs avec un plan de relance de 35 millions d’euros. La chance de la Fédération française de rugby, c’est qu’on a deux matelas. D’abord, un fonds d’investissement qui va rentrer avec les Six Nations. Pour la Fédération française de rugby, c’est aux alentours de 70 millions d’euros. Et puis il y a surtout une Coupe du monde dont on espère qu’elle laissera là aussi 70 à 80 millions d’euros. Toutes les fédérations n’ont pas cet avantage-là. C’est vraiment deux matelas considérables.

Le Tournoi des Six Nations féminin, et celui des moins de 20 ans, ce n’était pas possible de les maintenir ?

Il était trop compliqué d’avoir trois bulles sanitaires. On a décidé de les suspendre et de les reporter. Là aussi, il y aura une réunion la semaine prochaine. Chacun donne son avis, ce qui est logique, dans chaque fédération. Et ensuite, on fera une analyse de tout ça. Mais ce ne sera pas avant avril, ça c’est sûr. D’abord, c’est vital pour les filles pour qu’elles jouent. Il y a la Coupe du monde [en septembre-octobre, en Nouvelle-Zélande]. Et puis, il y a des qualifications aussi. Pour les moins de 20 ans, c’est un outil de formation. Ils n’ont déjà pas eu de Coupe du monde l’an dernier, il n’y a pas de Coupe du monde cette année. Il faut des compétitions.

Avec les contraintes sanitaires, les confinements, le couvre-feu à 20 heures puis 18 heures, le rugby amateur est en souffrance ?

Oui, c’est une souffrance. Quand on prend une licence, c’est pour pratiquer sa passion. Je comprends tout à fait cette souffrance mentale de se dire : ce n’est pas possible, on ne va pas jouer au rugby ! On va tout faire pour qu’il n’y ait pas de saison blanche. Maintenant, nous sommes tributaires des recommandations gouvernementales. Ce qui est logique. Notre volonté, c’est vraiment de ne pas faire une seconde saison blanche, mais ça les plombe. D’abord parce qu’ils ne peuvent pas s’entraîner. Ce sont des gens, dans le monde amateur, qui travaillent et qui s’entraînent le soir. C’était déjà compliqué à 18 heures dans certains départements. Maintenant, il va falloir remodeler les compétitions, puisqu’on avait envisagé de reprendre début février. Ce sera compliqué, on ne pourra pas faire comme on l’avait imaginé. Il n’y aura pas assez de dates. Il va falloir recréer quelque chose pour que ça rejoue.

C’est une évidence, ce sont des circonstances qui ne peuvent que nous faire perdre des licenciés. On n’en gagnera pas dans les circonstances d’aujourd’hui. Mais la chance que nous avons, c’est qu’on est aujourd’hui à moins 5%, moins 6% de licenciés. Quand je vois certains sports qui sont à moins 20%, moins 25%… On a eu la chance d’être un sport de plein air, au départ, puis d’avoir rouvert les écoles de rugby au mois de juin, ce qui a créé une certaine dynamique. Et les jeunes se sont réinscrits. Mais maintenant, c’est vrai qu’il faut que ça rouvre parce que tout le monde a besoin de jouer et de s’épanouir.

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source: Yahoo actualités

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