Tarahoi donnera t-il son feu vert au prêt de 8,5 milliards Fcfp à Air Tahiti Nui ?

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Air Tahiti Nui A340-300 F-OSUN departing LAX

C’est une décision difficile, pour ne pas dire historique, que va devoir prendre la représentation territoriale demain, vendredi 28 août à Tarahoi, lors de l’examen du collectif budgétaire n°3 dans lequel figure un prêt de 8,5 milliards de Fcfp à Air Tahiti Nui.

Parmi tous les ajustements et autres corrections budgétaires présentés par le gouvernement Brotherson pour terminer l’exercice 2026, c’est en effet le point qui fait le plus débat parmi les élus, toutes tendances politiques confondues.

Si chacun est bien conscient de l’intérêt que revêt le « rétrofit » (réaménagement complet des cabines) des quatre appareils de la flotte, dix ans après leur mise en service en 2028 et ce, face à une concurrence accrue dans le ciel polynésien, toute la question est de savoir si la collectivité polynésienne est bien dans son rôle ? Quand bien même elle est l’actionnaire ultra-majoritaire de la compagnie au tiare…A l’heure des choix budgétaires, nombre de représentants se demandent en effet si cet argent public n’aurait pas été plus utile ailleurs. Pour le logement social par exemple ou encore, dans la lutte contre la cherté de la vie. Ils s’interrogent également sur le caractère « urgent » de l’opération soumise à leur approbation avec, quelque part, le sentiment d’avoir été mis au pied du mur.

Raison pour laquelle une impressionnante délégation d’ATN conduite par son directeur général, Lionel Guérin, avait rendez-vous mercredi après-midi dans la salle Sonia Agneiray de l’assemblée de la Polynésie française pour tenter de convaincre, une fois de plus, les élus sur la pertinence du plan de transformation et de redressement 2026-2029 de la compagnie. Un plan qui part d’un constat accablant: en l’espace de quelques années, la part de marché en nombre de passagers transportés au départ de Tahiti-Faa’a a chuté, passant de 61 à seulement 42%. Pire encore, 75% du chiffre d’affaires passagers est réalisé sur les marchés extérieurs, principalement d’Amérique du nord et d’Europe, ce qui induit une extrême dépendance.

Retour à l’équilibre en 2029

Ce nouveau challenge à relever, qui vise un retour à l’équilibre financier de la compagnie en l’espace de trois ans, repose sur toute une série d’innovations complémentaires: des sièges plus confortables, plus nombreux en Business, mais également un bond technologique avec l’arrivée du réseau Starlink (un investissement de 112 millions de Fcfp par appareil), un surcroît d’activité de l’ordre de 15% avec l’ouverture de la nouvelle liaison Papeete-Sydney à partir de décembre 2026, une extension de la desserte sur Tokyo-Narita ou encore des liaisons supplémentaires sur Los Angeles et Paris. Le tout en maîtrisant, autant que faire se peut, la masse salariale (actuellement plus de 7 milliards Fcfp par an), étant entendu qu’il faudra bien recourir à de nouveaux PNC, même en CDD.

Dans ce contexte, les dirigeants soutiennent que le « rétrofit », « ce n’est pas une dépense de maintenance mais un investissement de différenciation économique ». Une attention toute particulière que ne manqueront pas d’apprécier les 273 passagers (38 en classe Affaire, 28 en Premium, 30 en Eco+ et 177 classe Economique) dans une nouvelle configuration savamment repensée avec les équipes de Boeing. Et il faut dire que le temps presse!

Car si ATN veut mener à bien le réaménagement complet de ses cabines dans l’espoir de dégager de nouvelles marges de manoeuvre financières, elle devra le faire en deux ans seulement, au lieu de trois généralement. « C’est possible! » martèlent les intéressés. Il ne reste plus qu’à sélectionner le fabriquant des sièges, les principaux fournisseurs, verser un premier acompte de 300 millions de Fcfp – d’où l’inscription d’un crédit de paiement au collectif n°3 – et le tour est joué. Là, en revanche, où les élus font part de leur scepticisme , c’est dans la capacité d’ATN à générer plus de 4 milliards de Fcfp supplémentaires grâce au simple ajout de 8 sièges supplémentaires en Business, soit 32 pour l’ensemble de la flotte. Surtout quand on sait que les passagers les plus fortunés devront payer 15% plus cher pour voyager en Business…

Convention d’objectifs

Une chose est sûre: la proposition de prêt à ATN sur une durée de 10 ou 15 ans, émane du Pays. Cette solution a été jugée préférable à une autre procédure, notamment le « Sale and lease back » (SLB) qui aurait obligé la compagnie à vendre deux de ses appareils alors que les deux autres sont déjà en location. Par ailleurs, le gouvernement confirme qu’il n’a pas eu le temps de « sonder » les banques de la place mais qu’en l’état actuel des choses, Air Tahiti Nui n’est pas « bankable ». En contrepartie, la Polynésie française compte bien demander des garanties de remboursement sous la forme d’une convention d’objectifs à signer rapidement. Un genre de « pacte social » qui devrait également permettre aux élus de suivre l’évolution de la société dans son effort de redressement.

C’est donc sur la base de toutes ces informations que les représentants du peuple vont devoir se prononcer. Doivent-ils, oui ou non, autoriser le gouvernement Brotherson à prêter la somme de 8,5 milliards de Fcfp à ATN sur une durée aussi longue ?

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