« Le meilleur déchet, c’est celui que l’on ne produit pas ! »

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Retrouvez l’analyse de la mairesse de Papara, Sonia Taae, élue du groupe Tapura huiraatira, sur le projet de délibération portant approbation du Schéma territorial de prévention et de gestion des déchets de la Polynésie française (STPGD) examiné et adopté jeudi après-midi à Tarahoi dans le cadre d’une session extraordinaire.

Si la problématique de la prévention, de la gestion ainsi que du traitement des déchets ménagers en Polynésie française se résumait à l’adage bien connu selon lequel « le meilleur déchet, c’est celui que l’on ne produit pas ! », nous n’aurions certainement pas passé plus de deux heures en commission législative le 30 juillet dernier pour débattre et finalement approuver le Schéma territorial du même nom.

Tout ça pour dire, mes chers collègues, que compte tenu de la complexité et de l’étendue du sujet qui mobilise diverses parties prenantes au premier rang desquelles les communes et le Pays, sans oublier les acteurs économiques comme les consommateurs, il faudra bien plus qu’un catalogue de belles et grandes intentions détaillées dans un document de 90 pages, hors annexes, pour aboutir à l’objectif recherché, à savoir : préserver -autant que faire se peut- notre environnement des effets de la société de consommation sur le modèle occidental.

Aussi, dans l’idéal, nous aurions naturellement souhaité que votre majorité honore l’une de ses nombreuses promesses faites pendant la campagne des Territoriales de 2023, aux fins que la collectivité reprenne à son compte la compétence sur le traitement des déchets. Car s’il est un point sur lequel tout le monde s’accorde, c’est pour dire que les communes n’ont pas la capacité financière pour supporter une telle charge. Elles n’ont surtout pas le pouvoir de contraindre les ménages à s’acquitter des dépenses de collecte, source de déséquilibres budgétaires régulièrement pointées du doigt par la chambre territoriale des comptes.

Un peu naïvement peut-être, nous pensions que ce point était acquis. La question avait été évoquée au congrès des communes à Teahupoo en septembre 2023. Un an plus tard, toujours devant les tavana réunis cette fois-ci à Tubuai, la ministre Vannina Crolas confirmait l’imminence d’un transfert de compétences, des communes vers le Pays. Or, à ce jour, rien n’est fait.

L’étude visant à établir un état des lieux avec à la clé plusieurs scénario, est toujours en cours. Et puisque la consigne officielle est « de ne pas se précipiter… », dixit le conseiller technique du ministère de l’Environnement, le suspens risque encore de durer. Aussi, permettez-moi de m’interroger : pourquoi soumettre à notre assemblée ce Schéma territorial de prévention et de gestion déchets si le rôle de la collectivité, et son implication financière, n’est toujours pas clairement définie ? …ce qui nous laisse à penser, qu’une fois de plus, le gouvernement met la charrue avant les bœufs !

Quant au Schéma en lui-même, reconnaissons a minima qu’il constitue un « document utile pour éclairer les consciences », à la fois des forces vives et des décideurs politiques, sur les enjeux globaux à relever ainsi que pour définir une véritable politique sectorielle à mener au cours des dix prochaines années.

Si la tâche est immense, elle n’en est pas moins extrêmement coûteuse. Selon les estimations, les actions diverses et variées à mener dans le cadre du STPGD sont susceptibles d’engendrer sur la période donnée (2025-2035) un niveau de dépenses compris entre 41 et 53 milliards de francs pacifiques. La moitié de cet investissement (entre 27 et 34 milliards) poursuit un objectif de valorisation des déchets, qu’il s’agisse de les transformer en compost agricole ou pour en faire de l’électricité. Une somme évaluée globalement « à la louche », et donc très fluctuante dans le temps, qu’il conviendra néanmoins de répartir entre la Polynésie française, les communes, l’Etat et les entreprises privées au nom du principe de « pollueur-payeur ». Dans quelles proportions ?…je vous laisse imaginer l’intensité des échanges à venir.

Toujours est-il que le Cesec dans son avis de janvier 2025 se montre extrêmement réservé, pour ne pas dire critique, sur l’épineuse question des finances pour savoir qui paie quoi ! Il considère notamment que « les pistes de réflexion ouvertes sur les modes de financement des actions du STPGD restent imprécises et à fiabiliser ». Et pour cause, ne serait-ce que pour les recettes fiscales déjà prélevées au travers de la Taxe pour l’environnement, l’agriculture et la pêche (TEAP), la Taxe sur les équipements électriques importés (TEEI) ou encore la Taxe d’enlèvement pour le recyclage pour les véhicules (TERV), pour un montant global supérieur à 4 milliards par an, une infime partie

En attendant, permettez-moi de rappeler à toutes fins utiles que les concepteurs du STPGD ne sont pas partis d’une page blanche ! Beaucoup de choses, en effet, ont été entreprises jusqu’ici pour inscrire Tahiti et ses îles dans une démarche plus vertueuse et exemplaire à bien des égards. Je citerai a minima la Déclaration de la Polynésie française sur la prévention des déchets du 9 décembre 2021, votée ici même à l’unanimité des représentants et malheureusement oubliée par les auteurs du document, comme ils l’ont reconnu en commission.

Aussi, parmi les initiatives les plus remarquables, retenons : la mise en service du Centre d’enfouissement technique de Paihoro et d’une seconde unité dédiée aux déchets toxiques, et notamment hospitaliers, sur les hauteurs de Nivee à Papenoo ; la création d’un Centre de recyclage et de transfert à Motu Uta, puis la fin programmée des sacs et autres matériels de restauration en plastique dont on connait le pouvoir de nuisance pour notre environnement. A terre comme en mer. Dans ce prolongement, à l’issue de la troisième conférence des Nations Unies sur l’Océan à laquelle la Polynésie a participé du 9 au 13 juin dernier, il a été décidé d’initier un programme de récupération et d’élimination des DCP dérivants dans le Pacifique ouest, ce qui va dans le bon sens pour préserver les intérêts de la filière pêche polynésienne.

En conclusion, et pour reprendre une expression employée en commission, dans ce domaine comme dans bien d’autres : « On ne vit pas dans le monde des bisounours ! » Autrement dit, entre la théorie avec des intentions parfaitement louables, et la pratique…, la mise en œuvre de ce schéma territorial promet bien des surprises et certainement des déconvenues auxquelles il nous faudra remédier ensemble si, au final, nous souhaitons conserver notre cadre de vie.

Photo d’archives

 

 

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