« On va tous mourir riches mais tout nus »
C’est probablement la déclaration politique la plus marquante et la plus juste des débats tenus ce jeudi matin à Tarahoi, s’agissant de l’examen du projet de délibération portant règlement du budget général 2025 de la collectivité.
Cette phrase est à mettre au crédit du représentant non-inscrit, Nuihau Laurey, qui, à sa manière, n’a pas été tendre avec la gestion actuelle du gouvernement Brotherson. Elle résume en quelque sorte ce que nos dirigeants ont fait de l’argent des Polynésiens l’an dernier.
Car oui, si les recettes fiscales ont atteint un « niveau stratosphérique », du fait principalement de l’inflation persistante qui continue d’affecter le panier de la ménagère, le représentant a eu des mots durs envers le ministre de l’Economie qui, selon lui, est « un spécialiste de l’impôt ». Alors qu’à l’en croire, le moment est venu d’accélérer le désendettement et d’investir dans des équipements structurants. Or, le constat est affligeant: seulement « 4 francs sur 10 inscrits et mobilisés, sont réellement dépensés ».
Autrement dit, « c’est une bonne gestion de la DBF (Direction du budget et des finances) » mais Nuihau Laurey prévient: « Les conseillers ne sont pas les payeurs! ». Que chacun reste donc à sa place.
Avant lui, c’est son collègue, président du Tapura huiraatira, Edouard Fritch, qui avait décoché les premières flèches. Et celui de déclarer dans son intervention: « Ainsi, sur 2025, le montant des CP reportés est de 41,8 milliards. L’enveloppe prévisionnelle des CP (ndlr: Crédits de paiements) pour l’année 2026 atteint donc désormais 90,987milliards. Les CP reportés de 2025 ne servent pas à financer de nouvelles opérations ou urgences, comme c’était par exemple le cas au collectif numéro 1 avec la reprise partielle du résultat budgétaire et le financement supplémentaire du FRPH pour 3,5 milliards. En effet, dans le collectif numéro 2 que vous présentez, les CP sont juste répartis par missions, sans ventilation précise sur des opérations identifiées. La cagnotte ne fait que grossir sans être utilisée. »
Vous avez les moyens de baisser les taxes
Globalement, il est reproché au gouvernement de thésauriser plutôt que d’investir. Pourtant, soutient E. Fritch, « la marge de manœuvre est réelle, disponible, mobilisable dès aujourd’hui. Baisser la pression fiscale sur la consommation des ménages, alléger les taxes qui pèsent sur le quotidien, redonner aux Polynésiens le pouvoir d’acheter, de vivre, de faire vivre leur propre économie — tout cela est possible. Maintenant. Avec les ressources que ce Pays a accumulées. Vous avez les moyens de baisser les taxes. Vous ne le faites pas. Vous avez les moyens de soutenir la consommation intérieure. Vous ne le faites pas. Vous avez les moyens de redistribuer cette richesse collective à ceux qui l’ont construite. Vous choisissez de ne pas le faire. Ce n’est pas de la prudence budgétaire. C’est de la rétention politique. »
Nous laisserons enfin le mot de la fin à Hinamoera Cross-Morgant qui en résumé, dira simplement: « Le Pays ira bien, quand les Polynésiens iront mieux ».
Peu avant 13 heures, le président de l’assemblée a finalement suspendu les débats pour une pause déjeuner amplement méritée, renvoyant à plus tard la procédure de vote. Mais à ce stade, rien ne dit que le compte administratif 2025 sera adopté.
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