Entre 2019 et 2021, +11% de cancers enregistrés par l’ICPF
La ministre de la Santé a présenté au Conseil des ministres le dernier rapport du Registre des cancers de Polynésie française, portant sur la période 2019-2021.
Cet outil de référence de santé publique permet de suivre précisément l’évolution des cancers en Polynésie française, d’identifier les priorités d’action et de mesurer, dans la durée, l’impact des mesures de prévention et de dépistage. Ces données serviront directement à orienter le futur Plan cancer, qui doit définir la stratégie du Pays pour mieux prévenir, dépister et prendre en charge ces maladies. Ndlr: curieusement, il n’est aucunement fait état de maladies radio-induites consécutives à la campagne d’expérimentations nucléaires en Polynésie française trente années durant. En revanche, le rapport insiste, fort justement, sur les comportements déviants comme le tabagisme ou encore l’obésité qui favorisent également la survenance de cancers. Ici comme ailleurs.
Un outil de santé publique reconnu
Créé en 1984, le Registre des cancers enregistre de façon exhaustive et continue tous les nouveaux cas de cancers diagnostiqués en Polynésie française. Il constitue la seule source de données fiable permettant de mesurer le nombre de nouveaux cas par an au niveau local, d’en suivre l’évolution et d’orienter les politiques de prévention et de dépistage.
D’abord géré par la Direction de la santé, le registre a obtenu dès 1999 la reconnaissance du réseau français des registres des cancers (Francim). Sa gestion a été reprise en 2022 par l’Institut du Cancer de Polynésie française (ICPF). Ses données bénéficient d’une reconnaissance scientifique nationale et internationale, grâce à une méthodologie rigoureuse : croisement de plusieurs sources d’information, classification standardisée reconnue à l’international, et double vérification de la qualité des données.
Une hausse du nombre de cas à mettre en perspective
Sur la période 2019-2021, le nombre de cancers enregistrés a augmente de 11 % par rapport à la période 2015-2019. Cette hausse régulière, observée depuis 1985, s’explique par plusieurs facteurs : le vieillissement de la population (d’ici 2040, un quart des Polynésiens aura plus de 65 ans), la baisse d’autres causes de mortalité, l’amélioration du recueil des cas par le registre, ainsi que l’évolution des modes de vie. Le lien avec les essais nucléaires (1966-1996) reste à établir de façon formelle et fait l’objet d’un cadre spécifique dans le cadre de la loi Morin.
Des facteurs de risque comportementaux très présents
Plusieurs facteurs de risque évitables restent très répandus au sein de la population polynésienne :
| Facteur de risque (population adulte > 18 ans) | Part de la population concernée |
| Sédentarité | 57,9 % |
| Tabagisme | 32,8 % |
| Consommation insuffisante de fruits et légumes | 49,5 % |
| Obésité (indice de masse corporelle supérieur ou égal à 30) | 51,1 % |
Les cancers les plus fréquents chez la femme
Le cancer du sein reste le plus fréquent chez les femmes, avec 198 cas par an, une incidence en hausse de 7 % par an depuis 2015, et un quart des cas diagnostiqués à un stade avancé. Le dépistage organisé, actuellement proposé entre 50 et 74 ans, touche environ 38,5 % de la population concernée, soit près de 6 400 mammographies par an. Il s’agit de la première cause de décès par cancer chez les femmes. Les principaux facteurs de risque identifiés sont l’obésité, la consommation d’alcool, les antécédents familiaux et certaines mutations génétiques.
Le cancer du corps de l’utérus arrive en deuxième position chez la femme, avec 44 cas par an, dont un tiers survenant avant 50 ans. Son incidence est stable depuis 2015 et son principal facteur de risque est l’obésité.
Le cancer du col de l’utérus, moins fréquent (16 cas par an), présente néanmoins un taux plus élevé qu’en métropole, avec près de deux tiers des cas diagnostiqués à un stade avancé. Le dépistage par frottis, proposé entre 25 et 64 ans, touche environ 43,2 % de la population cible. Les principaux facteurs de risque sont le papillomavirus humain (HPV) et le tabac.
Le cancer de la thyroïde touche davantage les femmes que les hommes, mais son incidence recule nettement (-11 % par an chez la femme, -16 % chez l’homme), avec une mortalité très faible.
Les cancers les plus fréquents chez l’homme
Le cancer de la prostate est le plus fréquent chez l’homme, avec 139 cas par an et une incidence en hausse de 4,4 % par an. Près de 30 % des cas sont diagnostiqués à un stade avancé. Il constitue la deuxième cause de décès par cancer chez l’homme. Les principaux facteurs de risque sont l’âge et les antécédents familiaux.
Le cancer du poumon touche 90 hommes et 43 femmes par an. Il s’agit de la première cause de décès par cancer chez l’homme et de la deuxième chez la femme, avec près de 64 % des cas diagnostiqués à un stade avancé. Le tabac et la pollution en sont les principaux facteurs de risque.
Le cancer colorectal touche 47 hommes et 26 femmes par an, avec une incidence en hausse chez l’homme. Ses principaux facteurs de risque sont l’obésité, la sédentarité, une alimentation déséquilibrée, l’alcool, le tabac et les antécédents familiaux.
Le cancer des lèvres, de la bouche et du pharynx touche principalement les hommes (23 cas par an), avec le tabac, l’alcool et le HPV comme facteurs de risque principaux.
Renforcer la prévention
Ces résultats confirment la nécessité de renforcer la prévention, le dépistage et la prise en charge des cancers en Polynésie française. Plusieurs mesures ont déjà été engagées dans la perspective du futur Plan cancer.
L’âge de prise en charge à 100 % des mammographies a été abaissé à 45 ans. Le développement de la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV), principal moyen de prévention du cancer du col de l’utérus, se poursuit, avec une étude à venir sur un schéma vaccinal en une seule dose. Une réflexion est également engagée sur la mise en place d’un programme organisé de dépistage du cancer colorectal.
Le Gouvernement poursuit par ailleurs son action sur les principaux facteurs de risque évitables. La récente loi du Pays renforçant l’encadrement des produits du tabac et du vapotage constitue une avancée majeure dans la lutte contre le tabagisme. Ces mesures seront complétées par le futur Plan de prévention et de promotion de la santé 2026-2036, qui fixera la stratégie du Pays pour améliorer durablement l’état de santé de la population.
source: Gouvernement
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