Inflation: à qui la faute ? (point de vue)

Il ne passe pas une journée sans que l’on constate, chacun à son niveau et dans tous les domaines, une envolée des prix. Tentative d’explications…

L’inflation est de retour. Elle revient, elle galope même. Sans savoir comment l’arrêter. Pour autant, cette valse des étiquettes dans les magasins est-elle justifiée ? Repose t-elle sur des éléments concrets ? Pas sûr.

Seule exception à la règle: le prix du pétrole et de ses dérivés (essence, gas-oil, gaz etc). De tout temps, cette matière première fait l’objet de vives tensions sur les marchés internationaux. Quand ce n’est pas la guerre qui fait rage, c’est la reprise économique, tirée principalement par le géant chinois, qui accroît sensiblement la demande au détriment de l’offre des pays producteurs. C’est cette rareté qui fait le prix.

Fort heureusement pour les consommateurs polynésiens, le prix des hydrocarbures à la pompe reste encore relativement maîtrisé dans nos îles. L’intervention de la puissance publique y est pour quelque chose, même si, in fine, le coût sera à la charge du budget de la collectivité. On parle déjà d’une facture de plusieurs milliards de Fcfp…Mais comparativement à la métropole où le prix du litre tourne autour de 2 euros (soit 240 Fcfp contre 150 Fcfp ici), nous sommes encore épargnés. Pourvu que ça dure!…

Pour les autres produits, il nous faut d’abord distinguer les « importés » de ceux produits localement!

Tout ce qui vient de l’extérieur, principalement par bateau, subit plusieurs phénomènes: un courant inflationniste sur les marchés extérieurs (4% durant le seul mois de mars en France), auquel s’ajoute le coût des transports maritimes et des containers qui constituent ces jours-ci une denrée rare. Ce  n’est pas pour rien que le géant CMA-CGM vient d’afficher un bénéfice record en 2021, à l’instar du pétrolier Total…Dans ce contexte, on voit mal comment nos importateurs polynésiens (une dizaine de grandes familles qui ont pignon sur rue) ne pourraient pas profiter de la situation…Certaines marques comme la mayonnaise Bestfood ou le lait Anchor atteignent désormais un niveau de prix inégalé, alors même qu’ils sont produits chez nos voisins de la région: Australie, Nouvelle-Zélande ou Etats-Unis.

Et les produits « locaux » dans tout ça ? Globalement, ils suivent le mouvement. Prenez l’exemple des oeufs, leur prix a augmenté à plusieurs reprises ces trois dernières années. Un rattrapage, nous a t-on dit. Par rapport à quoi ? Le prix des aliments ? La ficelle est un peu grosse. Le traditionnel Paï, vendu 120 Fcfp sur les étals du marché de Papeete, se retrouve aujourd’hui à 150 Fcfp. Un avant-goût du prochain arrivage en provenance d’Ukraine ? Et ne parlons même pas des légumes (tomates, courgettes etc) vendus à prix d’or, supérieur à 1000 Fcfp le kilo dans le second cas. Les maraîchers ne pourront pas invoquer les dégâts causés par les inondations, les soleil brille depuis près d’un mois.

Tout ça pour dire, à la veille d’une manifestation contre l’entrée en vigueur de la « TVA sociale » à compter du 1er avril – ponction de 1,5% sur tous les produits (hors PPN) destinée à sauvegarder notre protection sociale généralisée – que l’inflation en Polynésie, comme probablement dans le reste du monde, est aussi et surtout le fait de comportements irresponsables, voire malveillants, de la part d’acteurs économiques qui ne pensent qu’à conforter leurs bénéfices. Les mêmes qui, comme par hasard, s’affichent sans vergogne au volant d’une grosse cylindrée récemment acquise. Comme quoi, la crise n’est pas pour tout le monde. Mais ils oublient au passage que ce qu’ils gagnent de la main droite, ils devront le restituer de la gauche, sous l’effet, notamment, de l’augmentation automatique du salaire minimum Smig). Même si cette revalorisation ne compense jamais en totalité la perte subie dans le panier de la ménagère.

Aussi, peut-être serait-il temps de restaurer certaines « limites » raisonnables à la liberté du commerce ?

 

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