Y. Raffin: « Il est illusoire de croire que l’énergie renouvelable est moins chère… »

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Retrouvez de larges extraits de l’allocution prononcée hier par le ministre Yvonnic Raffin en clôture des 1ères Assises de la transition énergétique. Allocution dont il ressort un constat imparable, c’est que: « 2030, c’est demain. Il nous faut aller vite et bien si nous voulons atteindre nos objectifs d’autonomie énergétique et nos objectifs climatiques. C’est pourquoi nous avions besoin de vous entendre, de vous écouter, afin d’associer vos réflexions aux nôtres ».

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Nous avons collectivement remporté ce premier défi avec brio : rassembler un ensemble de partenaires et d’experts en un même lieu pour définir ensemble le futur paysage énergétique pour les générations à venir. Je ne doute pas que nous sommes parvenus, ensemble, à imaginer des voies et dessiner des pistes, pour renforcer la résilience de l’approvisionnement énergétique de notre Fenua de demain. Il n’y a pas de modèle unique, mais bien un modèle partagé qui devra répondre aux exigences auxquelles nous devons nous astreindre. C’est un devoir, c’est un mélange de vouloir et de désaccord.

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Notre projet commun est de garantir une égalité stricte dans l’accès à l’énergie pour nos concitoyens qu’ils se trouvent aux Australes, aux Marquises en passant par les Tuamotu et Tahiti. L’accès à l’énergie a un coût. Il est illusoire de croire que l’énergie renouvelable est moins chère, vous l’avez tous compris, c’est une fausse bonne idée. Cela nous a encore été confirmé par le Professeur Slaoui ce matin. Néanmoins, nous nous devons d’être proactif et apporter notre pierre à la construction du monde énergétique de demain.

L’égalité dans l’accès à l’énergie, est le point cardinal de nos politiques publiques en matière d’énergie. Nous ne pouvons pas nous dérober, nous devons même passer un cap, ce cap c’est l’horizon 2030.

Nous avons cette grande chance d’être en Polynésie. Faisons de notre petitesse, des atouts.

Nous devons poser les jalons d’une politique de souveraineté énergétique pour les dix prochaines années. Nous avons accumulé beaucoup trop de retard.

2030, c’est demain. Il nous faut aller vite et bien si nous voulons atteindre nos objectifs d’autonomie énergétique et nos objectifs climatiques. C’est pourquoi nous avions besoin de vous entendre, de vous écouter, afin d’associer vos réflexions aux nôtres.

De par votre investissement, vous contribuez à renforcer ce lien entre la société civile et la prise de décision. Nous ne pourrons pas faire sans vous, vous ne pourrez pas faire sans nous.

Depuis la construction des grandes infrastructures hydroélectriques des années 1980, nous nous sommes détournés du sujet de l’énergie renouvelable, tant le besoin en énergie étaient considérable. Mais nous nous rendons bien compte que cette posture n’est plus tenable durablement.

Depuis quelques années déjà, le Pays s’est saisi de ce sujet en raison de son importance stratégique, sans vraiment, il faut l’avouer atteindre les objectifs.

Poussés par un contexte mondial tendu et une hausse structurelle du coût des hydrocarbures, il nous faut sortir au plus vite de ces sources d’énergie qui nous coûtent chaque jour un peu plus, à la collectivité et par voie de conséquence au consommateur final, et nous maintiennent dans le passé.

A l’aune du conflit Russo-Ukrainien, il nous faut prendre toute la mesure de notre vulnérabilité énergétique et économique. Mettre 7 milliards sur la table chaque année pour compenser le prix des hydrocarbures n’est pas tenable, ni durable, et surtout n’est pas responsable.

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Pourrons-nous tous, demain, continuer à rouler en voiture pour venir au travail ? Certainement, mais je suis convaincu autrement.

En réalité, nous sommes à l’aube d’un changement anthropologique majeur, nos comportements alimentaires, nos déplacements, notre relation avec la nature seront, inexorablement modifiés.

Finalement, revenir à l’essentiel, c’est à dire à la nature, adopter des comportements alimentaires sains, n’est-ce pas revenir aux fondamentaux ?

Je ne dis pas qu’il faille revenir à l’époque de nos grands-parents, mais revenir à l’essentiel et penser autrement. Il n’est pas trop tard.

Mais alors quelles solutions faut-il que l’on mette en place pour que personne ne soit lésée ? Personne ne doit être laissé sur le chemin de la transition énergétique, nous voulons d’un modèle inclusif où toutes les strates de la population sont parties prenantes de ce mouvement, nous ne voulons pas d’une transition énergétique d’apparat, qui ne serait réservée qu’aux plus aisés. Nous faisons de cette transition énergétique un projet de société.

Faut-il déconcentrer davantage nos administrations pour éviter certains déplacements quotidiens, chronophages et usants pour ceux qui viennent de la Presqu’île chaque jour par exemple ? Faut-il revoir nos voiries, pour intégrer davantage les vélos et les transports en commun ?

La feuille de route pour l’énergie que nous sommes en train de co-construire, c’est notre itinéraire vers l’horizon 2030.

75% d’énergie renouvelable en 2030, c’est extrêmement ambitieux, peut-être trop. Nous avons accumulé trop de retard. Il nous faut oser et passer outre les critiques ou du « qu’on dira-t-on ? »

J’ai entendu que cela ne se résume pas à mettre des panneaux solaires sur tous les toits. Oui effectivement, ce serait trop réducteur.

Il nous faut avancer avec méthode et rigueur car un système électrique qui fait l’objet de coupures plusieurs fois par jour (je vous le concède la qualité de notre fourniture est plus que bonne), est un système que personne n’envisage aujourd’hui, c’est un système que nous avons connu il y a quarante ans, même si parfois il peut y avoir encore quelques interruptions d’approvisionnements en électricité à Tahiti et dans les îles. Beaucoup de progrès et de technicité ont été apporté au réseau de transport et de distribution d’électriques.

Il nous faut aujourd’hui dépasser nos habitudes de conception d’alimentation électrique, et sortir du cadre conventionnel. Le Professeur Slaoui nous en a fait une petite démonstration ce matin en présentant des solutions de demain, qui seraient adaptées à notre Pays. Ce dernier me disait il y a quelques temps, lors d’une conversation que nous avions ensemble, qu’il faut laisser les chercheurs chercher, c’est leur métier. Il ne faut pas réinventer le fil à couper le beurre. Il y a déjà des solutions qui existent et qui sont bien adaptées à notre environnement, encore faut-il le vouloir. La Polynésie ne doit pas être un champ d’expérimentation de nouvelles technologies.

Les différentes solutions de stockage qui existent aujourd’hui, doivent nous inciter à innover, car elles nous aideront à donner de la flexibilité au système. D’ailleurs le concessionnaire historique a emboîté le pas en installant une super batterie de stockage.

Ce n’est pas suffisant, il nous faut en effet concevoir un système électrique en mesure de s’adapter en temps réel aux variations de la météorologie et de la consommation électrique, et ce malgré les caractéristiques techniques, très particulières, de nos réseaux. Les initiés comprendront ce que je veux dire.

Il nous faut également optimiser l’exploitation de nos ressources locales, notamment le solaire, l’hydroélectricité. Nous allons renforcer notre réseau électrique pour permettre cela. Il nous faudra rebondir, plus haut, plus loin et plus vite.

Développer les énergies renouvelables c’est bien, mais où, comment et avec qui ?

Le Pays ne peut pas développer à lui seul les capacités nécessaires aux besoins de tous les usagers. Et très honnêtement, je ne pense pas que ce soit au Pays de le faire. Il y a des professionnels pour ça.

Un critique littéraire disait : « Pour être un savant ou un artiste, il ne suffit pas d’avoir le sens du beau ou du vrai, le génie de l’invention ; il faut avoir étudié patiemment les procédés, s’être fait une méthode, il faut en un mot savoir son métier »

Les communes ont aussi leur rôle à jouer afin que l’on puisse accélérer. Et elles le font déjà !

Nous avons besoin des entreprises, pour leur savoir-faire, pour leurs compétences et leur réactivité. Elles-mêmes sont confrontées à ces problématiques, l’énergie représente bien souvent une part significative de leurs charges.

Il faut pouvoir accompagner et aider les entreprises volontaires dans leur démarche de transition car tout le monde y gagnera.

Si maintenir des prix bas de manière artificielle n’est pas souhaitable, accompagner les investissements qui permettront de réduire leur consommation d’énergie devient une nécessité.

Réduire nos consommations d’énergie… Quand on parle de transition énergétique, on entend souvent « panneaux solaires, hydroélectricité, bientôt SWAC… » Accélérer cette démarche de réduction afin qu’elle soit planifiée et maîtrisée. C’est bien, mais comment ?

S’il y a bien une chose qu’il faut comprendre aujourd’hui, c’est que la transition énergétique repose sur trois piliers fondamentaux : la décarbonation, la réduction de la consommation d’énergie et le développement des énergies renouvelables.

Ces paramètres pris séparément rendent la transition vouée à l’échec. Il faut être capable de se remettre en question, et se poser les bonnes questions. Pourquoi ça ne fonctionne pas ? Où avons-nous pêché ?

Il nous faut répondre à ces questions fondamentales, simples, mais essentielles. Si nous ne le faisons pas, la raréfaction des ressources fossiles nous le rappellera de manière brutale tôt au tard, avec des pleurs et des larmes, et ça n’est pas souhaitable.

La tâche à accomplir est ardue tellement cela nécessite de bousculer nos habitudes, notre manière de faire et de penser les choses.

Il nous faut écouter les signaux faibles, pour leur ouvrir les portes, les accompagner, les aider à monter en puissance.

Je pense notamment à la filière bois ! Nous avons la chance d’avoir une ressource en bois en Polynésie, utilisons la pour construire et rénover nos Fare et nos quartiers !

Je pense aussi aux industries liées à la décarbonation par les océans. Nous avons la chance, en Polynésie, d’avoir une étendue de mer de 5 000 000 km², qui contribue à l’absorption du gaz carbonique à l’échelle planétaire.

Ce n’est pas simple, je l’entends, mais ensemble, faisons-en sorte que cela le devienne en levant les freins existants.

Le BCI qui se tiendra dans dix jours en Polynésie permettra, je l’espère d’éveiller les consciences et d’accompagner, sous une autre forme, cette transition énergétique par l’absorption du carbone par les océans, car ne nous leurrons pas, cela passera forcément par cette voie. C’est l’économie de demain. On le voit déjà aujourd’hui dans les critères retenus par les bailleurs de fonds, critères qui sont aussi retenus dans les appels à Manifestations d’Intérêts (AMI), que nous avons déjà lancés dans certains secteurs d’activités, et qui en appellera d’autres.

Partout où nous pourrons, il nous faudra identifier et exploiter les leviers qui nous transporteront vers des technologies et industries d’avenir. Cela s’applique à tous les secteurs, la mobilité, l’industrie, l’habitat, le tourisme et même l’agriculture ! Tous les secteurs consomment de l’énergie et émettent du carbone, donc tous les secteurs sont concernés. C’est d’ailleurs dans cet optique que nous élaborons le futur Plan Climat de la Polynésie française 2022-2030, qui touchera tous les secteurs afin de mesurer leur trajectoire carbone.

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