Six milliards d’euros d’économies pour compenser le coût de la guerre
Le gouvernement français a annoncé mardi que six milliards d’euros d’économies sur les dépenses pourraient être réalisées en 2026 pour compenser le coût de la guerre au Moyen-Orient.
Le ministre de l’Action et des Comptes publics David Amiel a indiqué que l’effort pèserait pour quatre milliards d’euros sur l’Etat, et deux milliards d’euros dans « la sphère sociale ».
Cela pourra prendre la forme de gels de crédits ou d' »annulations ciblées », mais le détail de ces décisions n’est pas arbitré, a-t-il dit. Un « point d’étape » sur les mesures envisagées sera fait « avant le prochain comité d’alerte », qui aura lieu en juin, a précisé Bercy.
Ces annonces ont été faites à l’issue d’un comité d’alerte des finances publiques à Bercy, réuni autour de David Amiel et du ministre de l’Economie Roland Lescure, en présence de parlementaires. Etaient également présents des représentants d’élus locaux, de la Sécurité sociale ou des partenaires sociaux.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu avait auparavant demandé mardi à son gouvernement, dans un courrier, de mettre en oeuvre pour quatre milliards d’euros de « mesures supplémentaires de freinage de la dépense » au sein des budgets ministériels.
En fin d’après-midi, M. Lecornu a annoncé la création prochaine d’un « dispositif d’accompagnement » pour quelque trois millions de « grands rouleurs » touchés par la hausse du prix du carburant, ainsi que le renforcement des aides pour les pêcheurs et agriculteurs.
Coût « à date »
La guerre au Moyen-Orient a entraîné une hausse de la charge de la dette à hauteur d’environ 3,6 milliards d’euros, a rappelé le ministre de l’Economie mardi. Celle-ci s’élèverait à 64 milliards d’euros en 2026, soit plus que le budget de l’Education nationale (hors pensions), a précisé Bercy.
Au total, en prenant en compte aussi l’impact de l’inflation sur les allégements de cotisations sociales et les dépenses indexées prises en charge par l’Etat, ou encore les dépenses liées aux armées, « le coût total de cette crise pourrait donc représenter au moins 6 milliards d’euros, à date », a détaillé Sébastien Lecornu dans son courrier aux ministres.
David Amiel avait déjà prévenu que « toute dépense publique nouvelle qui pourrait être rendue nécessaire par la crise » énergétique entraînerait « une annulation d’une dépense qui était prévue, à l’euro près », afin de « tenir (les) objectifs pour 2026 ».
Le gouvernement a déjà engagé 150 millions d’euros de dépenses de soutien face à la crise, dont 90 millions d’euros d’aides sectorielles et 60 millions pour renforcer le chèque énergie, a détaillé Bercy. Sous l’effet de la crise énergétique, le gouvernement a en outre dû revoir à la baisse la semaine dernière sa prévision de croissance, à 0,9% en 2026. Il a maintenu en revanche son objectif de 5% de déficit cette année, mais prévenu que la « vigilance » restait de mise.
« Prisme du budget »
A l’issue de la réunion, le président de la commission des Finances de l’Assemblée Eric Coquerel a critiqué que l’effort annoncé par le gouvernement semble plutôt porter sur les dépenses, « aggravant le mal », et pas sur les recettes. « La situation ne peut être regardée au seul prisme du budget » et « toutes les solutions ne seront pas purement budgétaires », a réagi la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon. Du côté du patronat, on s’est en revanche inquiété d’un risque de remise en cause des allègements de cotisations patronales sur les plus bas salaires.
« Ces économies nécessaires ne doivent en aucun cas remettre en cause le mécanisme des allègements de charges qui ont déjà été réduits à deux reprises », a estimé le Medef, pour qui « tout prélèvement nouveau, quel que soit sa forme, ne pourra qu’accroître la baisse d’activité, les destructions d’emplois et donc le déficit budgétaire ». De même pour le président de la CPME Amir Reza-Tofighi, selon lequel ce sont « malheureusement les salariés qui vont payer » une éventuelle baisse des allègements, car « les augmentations de salaires seront plus faibles ».
Le comité d’alerte des finances publiques s’était réuni pour la première fois en avril 2025. Il avait ensuite annoncé en juin un coup de frein supplémentaire de cinq milliards d’euros sur les dépenses publiques.
source: Boursorama
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